la vie de ma voix intérieure

En totale reconstruction après deux années abominables passées en Lozère où j'ai appris que seuls les humains ne sont pas humains, je continue à partager ma passion de la lecture. Vous pouvez apprendre à me connaître à travers les citations.

Sous le même toit

 

Sous le même toit par Moyes

 

Jojo Moyes

ISBN : 2811218912

Éditeur : MILADY (17/02/2017)

Traductrice : Emmanuelle Ghez



4ème de couverture :

Lorsque son mari meurt prématurément, laissant derrière lui une montagne de dettes, Isabel doit radicalement changer de train de vie. Elle n’a d’autre choix que de quitter Londres pour s’installer à la campagne avec ses deux enfants, dans une maison de famille délabrée dont elle hérite de façon inattendue. Elle espère pouvoir compter sur le soutien de ses voisins, mais sa présence au village ne fait pas l’unanimité, et la maison qu’elle occupe attire bien des convoitises. Se reconstruire ici sera plus difficile que prévu, mais Isabel n’est pas du genre à renoncer.

 

Extraits :

“Elle fut stupéfaite de la rapidité à laquelle on pouvait se sentir jugée ; une demi-seconde suffisait.”

 

“Elle aperçut les points de repère à présent familiers, église et maisons, vit la grand-rue apparaître entre les arbres, les bordures et les haies vives verdoyants, et se demanda ce qu'il fallait pour se sentir chez soi quelque part.”

 

“Elle a ce truc dans les yeux, cette étincelle, comme juste avant d’éclater de rire. Et puis elle n’en parle plus et passe à quelque chose de plus intéressant.”

 

“Et puis, une maison ne peut être la cause de tout. Les gens sont responsables de leur destin.”

 

Mon avis :

Inutile de tergiverser, j’ai détesté cette histoire. Oui, je sais, j’ai mis quatre étoiles parce que je n’ai pas lâché le livre avant la dernière page.

Isabel brillante violoniste ne vit que pour son art qui est aussi son métier. Son mari a tout pris en charge : les enfants, la maison et les finances. Quand ce dernier meurt, Kitty, adolescente de 15 ans essaie de persuader sa mère d’ouvrir le courrier, surtout des factures, et de faire face, en vain. Il est trop tard quand Isabel s’aperçoit qu’elle croule sous les dettes laissées par son mari. Elle vend la maison et part vivre dans une maison héritée au bon moment. Le déni et le deuil étaient assez difficiles à lire et l’envie de secouer cette femme ne me quittait pas. Ce n’était rien. La famille arrive, ou ce qu’il en reste, dans une maison délabrée, jamais entretenue, et pourtant convoitée par certains voisins peu scrupuleux. La descente aux enfers peut commencer.  Kitty adolescente dégourdie allège le fardeau de sa mère, Thierry petit garçon au lourd secret décide de ne plus parler. L’inconséquence et la crédulité d’Isabel vont influencer gravement sa vie et celles de ses enfants. 

J’ai espéré tout du long que leur situation s’améliore parce que bon avoir la poisse à ce point relève de l’inexplicable, mais la descente n’avait pas de fin.

Résultat : je finis le week-end stressée et cette histoire me trotte dans la tête. C’est très bien écrit : assez pour ferrer le lecteur. Quoi ? L'épilogue ? Vous ne croyez quand même pas que je vais vous le révéler ?

 

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Les dernières heures

 

Les dernières heures par Walters

 

Minette Walters

ISBN : 222121711X

Éditeur : ROBERT LAFFONT (19/09/2019

Traductrice : Odile Demange





4ème de couverture :

Mois de juin de l’an 1348 : une épidémie monstrueuse s’abat sur le Dorset et décime peu à peu les habitants. Nobles et serfs meurent par milliers dans d’atroces souffrances.

Quand la pestilence frappe Develish, Lady Anne a l’audace de nommer un esclave comme régisseur. Ensemble, ils décident de mettre le domaine en quarantaine pour le protéger.

Bientôt, les stocks de vivres s’amenuisent et des tensions montent car l’isolement s’éternise. Les villageois craignent pour leur sécurité lorsqu’un événement terrible menace le fragile équilibre. Les gens de Develish sont en vie, mais pour combien de temps encore ? Et que découvriront-ils quand le temps sera venu pour eux de passer les douves ?

 

Extraits :

“Il y avait une limite à l'accumulation de soucis qu'un être pouvait supporter avant d'être écrasé sous leur poids.”

 

“Je suis lasse de votre habitude d'essayer de vous mettre en avant aux dépens d'autrui.”

 

“Dieu avait donné un cerveau aux hommes dans un dessein précis : seuls les ignorants et les obstinés refusaient de s’en servir.”

 


Mon avis :

Je connaissais Minette Walters pour ses polars que j’apprécie et j’étais curieuse de lire sa saga historique même si ce n’est pas mon genre préféré. Si l’intrigue se passe au moyen-âge et dans une période de pestilence noire, l’auteure a privilégié le roman à l’histoire détaillée et rébarbative.

Sir Richard, seigneur de Develish, décide de se rendre dans un autre domaine pour offrir la dot de sa fille au futur mari. Malheureusement pour lui, il revient malade et Lady Anne le laisse à la porte du domaine pour préserver la santé de ses gens. Il mourra ainsi que sa garde de la pestilence noire.

Lady Anne peut enfin organiser le royaume à sa guise, pour la survie de tous, malgré le confinement. Elle le faisait déjà dans le dos de son mari, ivrogne et ignare, apprenant l’hygiène aux serfs, les soignant avec des plantes et leur apprenant à lire et écrire.

Cette femme, bien en avance sur son temps, donne un bel exemple de pouvoir bienveillant et elle se base sur l’éducation pour rendre les gens plus aptes à prendre leur destin en mains.

Eleanor, sa fille, voue une haine féroce à sa mère et ne se remet pas de la mort de son père sans les derniers sacrements. Aussi ignare que ce dernier, elle est violente dans ses propos et ses gestes. Se sentant supérieure à tous, elle ne comprend pas le comportement de sa mère.

Intrigues, secrets de famille, peur de l’inconnu, attaque du domaine, pestilence, pas une minute d’ennui dans cette saga.

De beaux portraits de femmes au Moyen Âge.

Un grand merci à Masse critique de babelio et aux Éditions Robert Laffont pour cette jolie découverte.

 

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La beauté des jours

La beauté des jours par Gallay

Claudie Gallay

ISBN : 2330081766

Éditeur : ACTES SUD (16/08/2017)

 

4ème de couverture :

Jeanne mène une vie rythmée par la douceur de l’habitude. Elle était jeune quand elle a épousé Rémy, ils ont eu des jumelles, sont heureux ensemble et font des projets raisonnables. Fascinée par Marina Abramovic, l’artiste-performeuse célèbre pour avoir, dans son travail, mis en jeu son existence et ses amours, Jeanne aime aussi les surprises de l’inattendu, et veut croire qu’il est possible de risquer une part de soi pour vivre autrement. Cet été-là, le hasard se glisse dans son quotidien : plus que jamais songeuse et fantasque, elle est prête à laisser les courants d’air bousculer la quiétude des jours.

 

Extraits :

“Ils avaient construit leur vie sans jamais se quitter. À force de quotidien, ils s'étaient un peu confondus.”

 

“Une histoire d'erreurs à comprendre, parce que dans la vie tout va très vite aussi, si on se trompe ça fait mal.”

 

“On devient artiste parce qu'on est sensible et parce qu'on est mal dans le monde. Ce n'est pas une question de don mais d'incapacité à vivre avec les autres. Et cette incapacité à vivre créé le don.”

 

“Entravée. Empêchée. Prévisible. Elle l'a pensé, qu'elle subissait sa vie plus qu'elle ne la décidait.”

 

“L'image, l'apparence, ça se contourne et, sur la durée, les chances se répartissent autrement. À force de vouloir ressembler aux autres, on disparaît dans le paysage.”

 

“On a l’image qu’on nous donne.”

 

“Un jour, on relève la tête et on se rend compte que les autres vivent, et que nous, on est arrêtés.”



Mon avis :

J’ai retrouvé la plume de l’Auteure avec plaisir, j’ai déposé les armes, enfilé les chaussons pour me plonger dans l’histoire de Jeanne.

Sa vie est tellement rythmée par les habitudes que pendant la description détaillée de ses journées, je me demandais si Jeanne n’était pas différente, si ses rituels étaient pour se rassurer. S’installer dans son jardin à 18h00 pour voir le train passer et observer les voyageurs sur le quai de la gare est une occupation bizarre quand même. Les macarons que son mari lui ramène dans la semaine, toujours dans le même ordre, m’interpellaient aussi. Mais Jeanne  à une vie bien remplie entre son travail de postière derrière un guichet, sa maison qu’elle entretient avec son mari, sa meilleure amie dont le compagnon est parti pour une autre, ses filles qui reviennent le temps d’un week-end et son adoration pour cette artiste qui risque sa vie par amour de l’art. Pourtant Jeanne pense qu’on devient artiste parce qu’on est sensible (ça me poursuit) et que l’on est mal dans le monde, que ce n’est pas un don mais une incapacité à vivre avec les autres. Le dimanche c’est repas de famille à la ferme des parents et croyez-moi ce n’est pas banal non plus.

Cette femme est surprenante, dans ses pensées, mais aussi ses actes. Partir faire le guet au pied de l’appartement de l’ex-compagnon de son amie, suivre des inconnus, observer et écrire des lettres à son artiste préférée.

Puis un jour, Jeanne, telle la belle au bois dormant est réveillée par un inconnu qu’elle suit. C’est son premier amour, elle ne l’avait pas reconnu (enfin de dos, hein). Elle va changer, se poser des questions, se demander si elle ne s’oubliait pas avec sa vie bien rangée, son mari qu’elle connaît depuis si longtemps. 

Les  phrases sont courtes, aériennes, poétiques et malgré tout sacrément bien ancrées dans cette vie décrite d’une femme qui se demande un jour où se trouve son bonheur.

Mention spéciale pour Mémé qui décide à l’avance du jour de sa mort. 

C’est drôle et émouvant mais surtout ce récit est d’une douceur incomparable. J’ai adoré, mais je suis fan du style de Claudie Gallay depuis longtemps.

 

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La mise à nu

 

La mise à nu par Blondel

 

Jean-Philippe Blondel

ISBN : 207279062X

Éditeur : GALLIMARD (15/08/2019)

 

4ème de couverture :

Je reste quelques minutes interdit devant l’entrée de l’immeuble. Je n’ai pas traversé un tel melström d’émotions contradictoires depuis des années. Depuis la naissance de mes filles, peut-être. Je marche le long du trottoir. J’ai du mal à revenir au quotidien. Mais je ne pense pas que ce soit un mal. À l’intérieur, dans la cage thoracique, il y a un tambour comme j’en ai rarement connu. Cette impression de cheminer sur la corniche étroite d’une montagne. Et, curieusement, de ne pas avoir peur.

Je sais que je vais dire oui.



Extraits :

“Pour la première fois, j'ai besoin de mettre à distance ce qui vient de m'arriver. D'habitude, je me plante dans le sol, je baisse la tête, je tends la nuque, et je fais front.”

 

“On connaît si peu ses propres enfants, au fond. On connaît si peu les autres, en général. On ne fait que projeter sur eux les fantasmes qu’ils nous inspirent.”

 

"Je suis le maître d’un monde flottant. Je me laisse dériver et advienne que pourra. J’ai cherché à profiter du jour présent pendant des décennies sans jamais y parvenir, et j’y suis arrivé par inadvertance, une fois la cinquantaine passée. Je vis dans une atopie ironique."

 

“Quand est-ce qu’on s’arrête, qu’on s’assied un peu pour souffler et réfléchir à qui on est vraiment et à ce qu’on souhaite, au fond ? On passe notre temps à esquiver ces interrogations. On se laisse happer par l’espèce de course artificielle qu’on monte nous-mêmes de toutes pièces pour nous donner l’illusion d’appartenir à l’humanité.”

 

“Je laisse le temps au silence de retrouver ses marques.”

 

“Il y a bien longtemps que le hasard n’a pas frappé à ma porte.”

 

Mon avis :

Louis, 58 ans, professeur d’anglais, séparé, deux filles adultes, est enlisé dans une vie certes confortable mais un peu ennuyeuse. Ses filles le surveillent à distance comme s'il avait deux décennies de plus, son ex-épouse, mère de ses deux filles,  s’inquiète de son désert social.

Louis accepte une invitation à un vernissage dans sa petite ville de province et retrouve un ancien élève qui est l’artiste dont les oeuvres sont exposées : Alexandre Laudin. 

Ce dernier, alors qu’il était un élève solitaire qui rougissait à la moindre occasion, lui propose de réaliser son portrait.

Louis réfléchit puis accepte la proposition d’Alexandre, cela rompra la monotonie du temps. Il doit poser pendant de longues heures pendant lesquelles il repasse dans sa mémoire des souvenirs malheureux ou heureux selon les couleurs utilisées par Alexandre. Après les séances de pose il sort avec Alexandre le retrouvant souvent dans des restaurants. Son ex-épouse lui fait part de ses inquiétudes à cause de la réputation d’Alexandre ce qui fait bien rire Louis, ravi de tant d’attentions.

Cette période de mise à nu apparente et cérébrale  est touchante et drôle comme un individu passé la cinquantaine peut se permettre  cette mise à distance des événements et cette ironie. Les amours, les enfants, les amis, le travail, Louis fait le bilan et se cherche.

Je me retrouve toujours dans les écrits de l’auteur, notre année de naissance commune y est certainement pour beaucoup. Un excellent moment de lecture.

 

Un grand merci à Masse critique de Babelio et aux Éditions Gallimard

 

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Je m'appelle Lucy Barton

 

Je m'appelle Lucy Barton par Strout

Elizabeth Strout

ISBN : 2253074225 

Éditeur : LE LIVRE DE POCHE (28/08/2019)



4ème de couverture :

Hospitalisée à la suite d’une opération, Lucy Barton reçoit la visite impromptue de sa mère avec laquelle elle avait perdu tout contact. Tandis que celle-ci se perd en commérages, convoquant les fantômes du passé, Lucy se trouve plongée dans les souvenirs de son enfance dans une petite ville de l’Illinois – la pauvreté extrême, honteuse, la rudesse de son père, et pour finir son départ pour New York, qui l’a définitivement isolée des siens. Peu à peu, Lucy est amenée à évoquer son propre mariage, ses deux filles, et ses débuts de romancière dans le New York des années 1980. Une vie entière se déploie à travers son récit lucide et pétri d’humanité, tout en éclairant la relation entre une mère et sa fille.

 

Extraits :

“Et je me promettais qu'une fois sortie de l'hôpital, je ne marcherais plus jamais dans la rue sans être emplie de reconnaissance à l'idée de faire partie de ces gens.”

“L'existence semble tellement reposer sur des spéculations.”

“Sans doute me suis-je tue parce que, comme si souvent dans ma vie, j'ai préféré passer sous silence les erreurs des autres que ne sont même pas conscients de leur indélicatesse. J'agis ainsi, je crois, parce que très souvent j'ai été dans le même cas. J'ai le pressentiment, même aujourd'hui, que je me suis souvent mise dans des situations embarrassantes, et cette impression me renvoie toujours à l'enfance, à ces pans entiers de connaissance du monde qui me faisaient défaut et n'ont jamais pu trouver leur place.”

“Mais nous étions tellement sensibles, ma mère et moi. Constamment sous l'emprise du jugement du monde. Comment être sûres que nous n'allions pas nous sentir inférieures aux autres ?”

“Nous nous regardions avec le même air soupçonneux que nous posions sur le reste du monde.”

“La solitude est le premier goût que m’a laissé la vie, et il ne m’a jamais quittée, toujours tapi dans les interstices de ma bouche, comme un rappel.”

“Tout dans la vie m’éblouit.”

 

Mon avis :

Lucy est hospitalisée et entre deux sommeils fiévreux, elle a la surprise de voir sa mère à son chevet. Elle en est heureuse même si sa présence provoque beaucoup de questionnements.  Après une enfance misérable où la faim et les brimades faisaient partie du quotidien, elle a eu la volonté de partir pour New York. Au moment où elle est hospitalisée, Lucy est mariée, mère de deux petites filles et commence sa carrière d’écrivaine, elle n’a jamais revu ses parents et sa fratrie.

Sa mère qui ne dort que très peu, raconte de vieux commérages de sa ville natale à Lucy qui en parallèle repense à cette enfance si particulière. Elle se berce de la voix de cette femme qui est dans le déni du passé. Leur relation est pudique. Sans haine, ni rancune avec un amour certain sans les démonstrations. Les non-dits sont là entre elles, presque visibles, placés avec subtilité par l’auteure. 

Ces quelques jours passés avec sa mère à son chevet vont avoir une forte incidence sur la vie de Lucy.

L’enfance a toujours une influence sur notre vie d’adulte.

Une très belle histoire poignante toute en retenue.

 

 

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L'espoir des Neshov

 

L'espoir des Neshov par Ragde

Anne B. Ragde

ISBN : 226407308X

Éditeur : 10-18 (15/03/2018)

Traductrice : Hélène Hervieu



4ème de couverture :

Après des années de splendeur puis de misère, la ferme des Neshov est désormais à l’abandon et la famille éclatée. Seul à Trondheim, Margido s’est tourné vers Dieu et se voue à son entreprise de pompes funèbres, mais peine à s’épanouir dans sa vie privée. À Copenhague, pour son frère Erlend et son compagnon Krumme, désormais heureux parents de trois bambins, les journées ne connaissent aucun répit ; ils en viendraient presque à s’oublier eux-mêmes. Quant à leur nièce Torunn, installée à Oslo avec Christer, elle s’interroge sur l’avenir d’une relation dans laquelle tromperies et résignation ont succédé à un temps de folle passion. À quarante ans, les choix qui se profilent seront cruciaux. Mais après tout, la vie n’est-elle pas cette quête permanente portée par l’espoir de trouver sa plénitude ?



Extraits :

“Chaque geste est automatisé, pensa-t-il. En soi c'était une bonne chose. Cela lui évitait d'avoir à prendre des décisions avant même de quitter son appartement et de commencer sa journée de travail.”

 

“N'était-ce pas carrément dangereux d'être aussi heureux ? Bien sûr que oui. Il se produirait tôt ou tard quelque chose d'affreux. Forcément. Un événement affreux , voire pire qu'affreux, quelque chose de parfaitement horrible.”

 

“Il y a donc des personnes pour lesquelles il n'existe pas toujours de pardon, dit-elle en esquissant un sourire.”

 

“Mais pour une fois, je ne vais pas m’enfuir. Au contraire.”

 

Mon avis :

J’ai retrouvé la famille  Neshov avec plaisir. Les secrets de famille sont révélés, la place de chaque membre de la famille a changé, ceux qui sont morts, ceux qui ont fui et la ferme abandonnée.

Partir au fin fond de la Norvège, pas très loin d’un fjord était réjouissant pour moi vivant dans une région où la canicule et la sécheresse ont sévi cet été. J’en frisssonnais.

Torunn, quatre ans après avoir fui la ferme et la famille, après une passion amoureuse avec un infidèle, cherche sa place. À l’aube de ses quarante ans, elle ne peut plus vivre comme ça. La dernière tromperie de son compagnon l’a fait réagir, elle prend ses affaires, lui vole un chiot, trouve refuge chez sa meilleure amie et décide de retourner vivre à la ferme.

Torunn a repris contact avec son oncle Margido, qui ne trouve plus sa place, malgré son élan vers Dieu et son entreprise prospère et avec son grand-père qui coule des jours paisibles à la maison de retraite.

Erlend ne l’ennuiera plus avec sa vitalité débordante et son autorité naturelle, père de trois jeunes enfants, il a de quoi occuper ses journées. 

Il y a des histoires, comme celle-ci, qui n’ont l’air de rien et qui pourtant font du bien. La description d’un quotidien, de gestes tous simples mais d’une telle importance pour permettre aux cerveau de réfléchir sainement. De la propreté ou remise en état, un bon plat chaud, du bois dans le poêle, de quoi se faire un café, des bougies alignées sur le rebord des fenêtres et si c’était ça la sérénité ?

Se retrouver enfin.

 

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Maritima

 

Maritima par Vinson

 

 

 

Sigolène Vinson

ISBN : 9791032904442 

Éditeur : L'OBSERVATOIRE (06/03/2019)



4ème de couverture :

Les flammes des torchères de l'industrie pétrochimique brûlent dans les ciels immenses aux couleurs de peintres, les ocres de la Sainte-Victoire se distinguent au lointain.

De la fenêtre de son immeuble surplombant l'étang de Berre, Jessica passe ses journées à guetter les poissons, prête à alerter son grand-père Joseph et son vieil acolyte Emile qui tendent leurs filets de pêcheurs d'une rive à l'autre du chenal pour y prendre les bancs de muges.

La jeune femme pourrait pourtant faire autre chose de ses journées, s'intéresser à Ahmed, son compagnon ingénieur dans les usines voisines, ou à Antoine et Dylan, les singuliers petits-fils d'Emile; elle pourrait essayer d'aimer Sébastien, son fils de 5 ans, qui parle à peine et détourne rarement son attention de l'écran de son téléphone.

Les habitants de ce territoire mêlé d'odeurs d'industrie, de mer et d'étang semblent ne vouloir être nulle part ailleurs. Jessica rêve-t-elle d'un autre destin, par-delà l'horizon bouché par les usines, là où s'étend le large ?

Une année, tout bascule. Tragédie ou accident, rien ne sera plus comme avant.

 

Extraits :

“Qu'ils n'aient pas de parents l'impressionnait. Expulsés d'un fouillis autre qu'un ventre, nés d'une sortie de route, désincarcérés d'une voiture en feu, Jessica les considérait comme dépourvus d'hérédité et se persuadait que c'était là leur chance.”

“Au bout de leur canne à pêche, la main sur le moulinet, ils avaient tous la même gueule triste et ahurie, se demandant ce qui pouvait bien les pousser à ferrer le poisson là, au milieu des ordures et des rejets chimiques, sur un quai recouvert d'une couche blanche de calcium.”

“Le silence n'était pas une fatalité, mais une règle.”

“En face, le conduit sur le toit du cabanon crachait une fumée marron. Qui était en train de se réchauffer et au bois de quelle essence affreuse ? Était-ce seulement le vent qui retenait les gens au foyer?”

"On pouvait être à ce point malheureux ou heureux, qu'on serrait fort les autres, objets de nos passions, jusqu'à ne plus pouvoir s'extirper de la situation."

 

Mon avis :

Trois jours que je me demande ce que je peux vous dire sur cette histoire, que je cherche les mots pour vous exprimer mon ressenti : une tragédie dans laquelle on se sent bien.

Le décor pourrait être beau, il est sinistre malgré les touristes l’été. Le climat pourrait être agréable, il est extrême entre le soleil et le vent. Les personnages sont tous cabossés par la vie : Jessica à la limite de la normalité, Sébastien mal-aimé, Antoine et Dylan orphelins, élevés par leur grand-père Emile qui fait ce qu’il peut, Ahmed et sa leucémie, Joseph vieux pêcheur incontinent qui perd la parole, les vieilles tantes gitanes qui se prostituent, etc...Une comédie humaine remise au goût du jour.

L’Auteure plante le décor et ses personnages tranquillement, ses mots nous clouent au sol comme le cagnard ou nous emportent comme le mistral au fur et à mesure du temps et de l’histoire.

Ces gens ne veulent pas autre chose, n’ont pas de grand rêves, ne demandent rien, ont leur petite vie, leurs petits rituels et acceptent les coups du sort avec cette espèce de résilience naturelle qui fait de nous, lecteurs, des insatisfaits chroniques et malheureux. Leur secret ? Ils font avec.  

C’est beau et tragique. Une belle leçon de vie sur la simplicité, un oeil vif et bienveillant sur notre société, sur la misère sociale à notre époque. Merci Sigolène.

 

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Le joueur et son ombre

 

 Le joueur et son ombre par Matthieussent

 

 

Brice Matthieussent

ISBN : 2752912064 

Éditeur : PHÉBUS (15/08/2019)




4ème de couverture :

 A vingt ans, Chris Piriac est le meilleur joueur de tennis de sa génération. Un génie précoce formé à la dure par un père violent. Tandis que ce dernier exhibe ses bijoux ostentatoires dans les gradins, son fils passe pour un modèle d’équilibre et de modeste sur les courts. Au début de sa carrière, en tout cas.

 Car, bien vite, à chaque tournoi, la gratin local organise des réceptions en son honneur. Chris y goûte les plaisirs faciles de la célébrité : alcool, drogues et conquêtes. Son jeu s’en ressent. Les semelles de plomb, les jambes en coton, il perd ses matchs et sa concentration.

 Jusqu’où chutera-t-il ?



Extraits :

“La menace de mon père soulignait surtout son incapacité à concevoir une alternative à la violence - la sienne ou la mienne - en dehors du recours à une discipline de fer destinée à anéantir toute velléité de rébellion, à mater la bête immonde.”

 

“On aurait dit non seulement qu'il prenait sa revanche sur la médiocrité de sa vie passée, mais aussi qu'il se vengeait de l'ostracisme qu'à cause de sa fresque sanglante il avait subi en se faisant exclure des tournois.”

 

“Loin de me perturber ou de m’angoisser, l'absence de mon père m’a ôté d’un grand poids.”

 

“Certains jours il me semble que cette fadeur dénuée de passion, ennemie du changement, échappant même à toute volonté de concentration, à tout désir d’amélioration, vouée à la seule répétition du même geste banal abolit le temps.”

 

“J’en suis très heureux, je n’aspire pas à la grégarité.”

 

Mon avis :

Chris est un joueur de tennis qui connaît la gloire. Bien classé, poli et gentil, son avenir est tracé. Les apparences sont toujours trompeuses. Chris, invité par la haute société dans des fêtes de plus en plus décadentes va devenir alcoolique et drogué. Sur les courts de tennis il devient agressif voire violent. La chute va être rude.

Là où je me rends compte que mon métier prend beaucoup de place dans ma vie, c’est que je n’ai pas lu  lu l’histoire d'un sportif mais plutôt celle d’un gamin maltraité par son père. Un père qui obtient gain de cause avec la violence. Un homme lâche, un looser qui obtient argent et gloire à travers son fils. Aucun amour entre eux juste la peur d’un côté, la violence de l’autre. Et quand le fils devient comme le père, le père renie son fils. C’est violent, déroutant.

C’est Chris, le fils qui raconte leur histoire et quand gamin on n’a connu que la violence le ton ne peut être empathique. C’est un constat, juste les faits. 

Le vocabulaire est riche. Je n’aime pas le tennis, ni regarder des matchs, ni lire des histoires sur le sport, mais j’ai lu le récit de ce gamin d’une traite.

Ne rêvez pas, ce n’est pas un conte de fée, le gouffre est profond mais malgré cela Chris va retrouver un semblant de sérénité.

 Je remercie les Éditions Phébus et Masse Critique de Babelio pour cette émouvante découverte.

 

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La communication non violente au quotidien

 

La communication non-violente au quotidien par Rosenberg

 

Marshall B. Rosenberg

 

Simone Mouton di Giovanni (Traducteur)

ISBN : 2883533148 

Éditeur : JOUVENCE (15/06/2003)



4ème de couverture :

Communiquer, nous le faison tous constamment et tous les jours. Cependant peu sont celles et ceux qui connaissent les règles d’une communication réellement respectueuse de soi et de l’autre.

Dans ce livre, Marshall B. Rosenberg propose une méthode qui permet en toutes circonstances d'accroître la qualité de la relation, la compréhension et les rapports entre les personnes, mais aussi et surtout le respect de nos différences mutuelles.



Extraits :

 

"Nous nous créons beaucoup de problèmes en employant un langage statique pour faire face à un monde en perpétuel changement."

 

"Lorsque quelqu’un vous entend réellement sans vous juger, sans essayer de vous prendre en charge, ni de vous modeler, c’est délectable."

 

"La violence, entre nations ou membres d’une famille, a de plus fortes chances de survenir quand les gens ont appris à penser en termes de ce qui ne va pas chez les autres au lieu de ce qui se passe en eux."



Mon avis :

La communication non violente est la base de mon métier, enfin, dans un monde idéal. Je suis presque obligée d’être violente maintenant. En moyenne j’accueille téléphoniquement ou physiquement, dans un centre social, 14 personnes en une heure. Je dois écouter, évaluer l’urgence et orienter. Pendant que j’essaie d’écouter une personne, le téléphone sonne inlassablement et les autres usagers entrent et attendent, entendant les propos de la personne que je reçois.

Si je laisse la personne s’exprimer sans lui couper la parole, sans aucun autre bruit autour, elle mettra moins de deux minutes à exposer son problème mais ce n’est pas le cas.

Alors faire les exercices de ce petit livre m’a permis de retrouver un certain équilibre, de me remettre en question.

 

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Nous

 

Nous par Nicholls

 

David Nicholls

ISBN : 226406742X 

Éditeur : 10-18 (07/04/2016)

 

4ème de couverture :

Paris, Venise, musées, trattorias : un été bien chargé pour les Petersen. Douglas est ravi, mais il le sait, c’est sa dernière chance de prouver aux siens qu’il est attentionné et fun. Lasse de leur vie rangée, Connie, la mère rumine son passé. Quant au fils, Albie, entre fugues et flirts, il pense à s’émanciper. Crise de la cinquantaine, de couple, d’adolescence - et nouveau départ ? La vie, et les sentiments… Eux, c’est nous.

 

Extraits :

“On m'avait toujours laissé croire que vieillir était un processus lent et progressif, un glacier avançant en toute discrétion. Aujourd'hui je m'aperçois que ça vous tombe dessus très vite, comme la neige qui s'écroule d'un toit.”

“Seul est un mot dérangeant, on ne le balance pas comme ça sans façon. Trop souvent associé à toutes sortes d'adjectifs plus sombres, comme triste ou bizarre, il met les gens mal à l'aise.”

“L'intelligence émotionnelle. Un parfait oxymore.”

“Pourquoi, me demandais-je, les gens cherchaient-ils une représentation de ces mêmes expériences qui, dans la vraie vie, les rendraient fous de désespoir ?”

“Le verbe croire n’implique-t-il pas un certain doute, la possibilité d’une persuasion ?”

“On défend les gens qu’on aime. C’est comme ça, un point c’est tout.”

 

Mon avis :

Tout part d’une phrase prononcée par Connie, la femme de Douglas, une nuit : je crois que j’ai envie de te quitter. Connie explique à Douglas qu’elle l’aime toujours, qu’elle veut toujours partir en vacances avec Albie, leur fils, et lui et qu’elle prendra sa décision au retour. Albie est un adolescent de 17 ans, nonchalant, sale et voulant faire des études pour être photographe au grand désespoir de son père biologiste. Connie, une ex-artiste, ex-fêtarde, ex-droguée, profitant de la vie, protège son poussin.

Douglas pense avoir encore une chance de faire changer d’avis Connie. A lui d’être le mari et père protecteur et cool. 

Ils partent en train et à chaque ville visitée, Douglas nous raconte son histoire avec Connie, son couple improbable, les bons moments comme les mauvais. Cet homme aimerait le meilleur pour son fils, Albie pense qu’il n’est pas à la hauteur avec son père. Connie calme d’un côté, rassure de l’autre et nous continuons notre voyage. La vie de couple est disséquée, leur passé raconté jusqu’à ce jour où Albie rencontre une jeune femme rebelle qui joue de l’accordéon dans les rues d’Europe et il fugue avec elle. Ses parents se retrouvent seuls et ne supportant plus leur tête à tête, Connie prend la décision de rentrer.

Douglas se retrouve dans la peau d’un super héros et promet à Connie qu’il va retrouver leur fils et imagine surtout qu’il va sauver leur couple.

Le voyage continue et Douglas piètre voyageur va se retrouver dans des situations extrêmes et cocasses.

Si la première partie nous fait ressortir le mauvais côté des personnages, leur égoïsme, leur manque d’effort pour vivre harmonieusement, la suite est différente et fait ressortir l’humanité et l’authenticité de ces trois personnages. C’est un récit drôle, très drôle, tendre et pourtant construit avec une précision digne d’un chirurgien.

La crise de la cinquantaine vécue et racontée par cet homme, pas très doué, est jubilatoire. Connie va t-elle quitter Douglas ? Vous ne croyez quand même pas que je vais vous le dire !

 

Posté par pyrouette à 16:55 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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