la vie de ma voix intérieure

En totale reconstruction après deux années abominables passées en Lozère où j'ai appris que seuls les humains ne sont pas humains, je continue à partager ma passion de la lecture. Vous pouvez apprendre à me connaître à travers les citations.

Une femme dans la nuit polaire

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Christiane Ritter

ISBN : 2207140288

Éditeur : DENOËL (04/01/2018)

Traducteur : Max Roth




 

4ème de couverture :

 

Fuyant les tracas de sa vie quotidienne en Autriche, Hermann Ritter part s’établir au pôle Nord pour y mener une vie de trappeur. Son épouse, Christiane, parfaite ménagère des années 1930, décide alors de troquer son statut de femme au foyer pour celui d’aventurière du Grand Nord.

Malgré la réticence de ses proches, Christiane débarque à l’été 1933 sur les côtes du Spitzberg, une île de l’Arctique, pour rejoindre son mari dans une pauvre cabane, isolée sur une terre hostile et déserte. Après l’angoisse des premiers jours, Christiane fait l’expérience indélébile d’un quotidien intense, entre extase et survie : sur cette terre aux paysages fantastiques, elle découvre la chasse au phoque, affronte le froid polaire et la violence des tempêtes, et se prépare pour l’hiver et son interminable nuit noire… Progressivement, elle développe une véritable relation de tendresse avec cette nature capricieuse qui orchestre chaque instant de la vie, et offre parfois le spectacle d’une aurore boréale ou d’une famille d’ours polaires.

Avec ce récit ensorcelant sur la vie dans le Grand Nord, Christiane Ritter s’inscrit dans la lignée des aventurières flamboyantes telles que Karen Blixen, Alexandra David-Néel ou Isabelle Eberhardt.



Extraits :

 

“Seulement, pour moi, comme pour tout européen calfeutré dans son existence confortable, un séjour prolongé dans les régions polaires signifiait alors une double misère : un froid sibérien, dans le sens littéral du mot, et une solitude pesante, continuelle, intolérable.”

“J'étais bien décidée à débarquer dans l'Arctique avec un équipement archicomplet, afin de contempler la splendeur de l'univers polaire à peu près comme le spectateur qui, de son fauteuil, dans un cinéma bien chauffé, regarde défiler sur l'écran les images d'un monde lointain.”

“À présent, je suis certaine que, dans l'Arctique, c'est surtout la force morale, la résistance de la volonté qui décident de la vie ou de la mort de l'homme.”

“En somme, l'homme ne s'évade jamais tout à fait de la prison de ses petites servitudes.”

“Si vous voulez passer un hiver relativement confortable, suivez ces trois recommandations : chaque jour une promenade, même pendant la nuit polaire, même pendant la tempête. C’est aussi important que la nourriture. Secundo : gardez toujours votre bonne humeur, considérez l’existence avec humour. Et tertio : ne soyez jamais inquiète, n’allez pas au devant des soucis. Alors tout ira bien.”



Mon avis :

 

Je ne sais toujours pas ce qui me pousse à choisir des histoires sur le froid alors que j’ai une phobie de la neige depuis mon séjour de 17 mois en Lozère. Je suis une petite joueuse à côté de Christiane, l’auteure, il ne faisait que -30° l’hiver dans les congères entourant la maison, -5° dans la maison hors rayonnement de l’unique poêle à bois.

Je ne regrette pas, le récit est passionnant. Mettez le bonnet, l’écharpe, les mouffles, préparez-vous une boisson très chaude et en avant pour l’aventure !

Le palace de Christiane sur son île est de 9m2 et ils sont trois à vivre dedans. La crasse, le poêle qui refoule (ah, je connais bien), la suie sur les murs et l’alimentation différente, c’est  son premier choc. Le froid qui saisi et pénètre jusqu’aux os (jusqu’à -45°),la neige qui enterre la cabane, la chasse pour les hommes et c’est son deuxième choc. 

L’eau pour la vaisselle et la toilette, l’eau potable, la lessive, le moindre geste qui est facile pour nous peut prendre une journée là-bas. Des kilomètres en skis, avec des seaux ou bidons. Mais Christiane n'abandonnera jamais pour la propreté, quitte à ce que l'intérieur de la cabane gèle au grand désespoir de son mari. 

Et puis il y a le beau, le merveilleux qui se mérite. Il faudra attendre le départ du brouillard, des tempêtes et de la nuit polaire, mais d’après Christiane cela en valait la peine. 

J’ai adoré son récit, son courage et sa ténacité. Il faisait un peu froid cette semaine, non ?

 

Un grand merci à Masse critique de Babelio et aux Éditions Denoël

 

 

 

 

 

 

 

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La fonte des glaces

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Joël Baqué

ISBN : 2818013917

Éditeur : P.O.L. (17/08/2017)




4ème de couverture :

 

Un homme traverse une brocante.

Il se laisse tenter.

On emballe son achat dans de vieux journaux.

Les choses s’enchaînent.

Il devient une icône de la cause écologique.

 

 

Extraits :

 

"L'horizon n'était qu'une ligne de soudure entre ciel et glace."

 

"Cet épisode avait radicalisé sa méfiance envers tout ce qui s'écartait du bon sens."

 

"Louis s'enfonce dans son duvet, goûtant le simple fait de vivre. Il comprend qu'il a vraiment frôlé l'anéantissement."

 

"Le commencement d'une histoire d'amour en est la meilleure part et toute vraie passion est un commencement toujours renouvelé. C'est pourquoi les vraies passions ne se terminent jamais, mais cessent un jour de commencer."

 

"Deux êtres humains progressant en ligne droite en ne laissant derrière eux qu'une légère éfraflure dans la neige vierge, dérisoire et précaire paraphe. Deux créatures en équilibre sur le fil tranchant de froid, pouvant à tout moment basculer dans le silence absolu, sans retour possible."

 

“Le temps semblait piégé dans la glace tel un cours d’eau gelé.”

 

 

Mon avis :

 

Louis est veuf et retraité. Ancien charcutier, il a mené une vie paisible avec son épouse. Il habite Toulon où il fait si chaud. Louis a des habitudes pour tromper l’ennui.

Jusqu'au jour où il traverse une brocante, ouvre une armoire et découvre un manchot empereur empaillé. Il a un coup de foudre pour cet animal qu’il achète et ramène chez lui comme un trésor. Il va passer des jours à l’admirer puis décide d’aménager le grenier en pièce froide pour reconstituer l'habitat naturel de son manchot et lui achète sur internet quelques copains.

Louis passe tout son temps dans le grenier avec ses manchots. Quand il sort c’est pour aller à la médiathèque étudier la vie et l’habitat naturel de ses protégés. Puis il décide de se rendre sur place en Antarctique.

L’aventure commence. Et cet homme, à l’âge où on attend plus ou moins la mort, débute une deuxième vie mouvementée, pleine de rebondissements, va être une star sur les réseaux sociaux,  prendra cause pour l’écologie. Mais avec un père qui a tout quitté pour cultiver les bananes en Afrique et qui est mort sous les pattes d’un éléphant, il ne pouvait pas en être autrement.

C’est aussi une histoire sur la surconsommation, même bio, notre crédulité à croire n’importe quoi, l’utilisation des réseaux sociaux, bref, une prose poétique et drôle sur notre stupidité.

 

 

 

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Tout homme est une nuit

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Lydie Salvayre

ISBN : 2021173704

Éditeur : SEUIL (05/10/2017)




4ème de couverture :

 

Des hommes retournent sur d’autres la brutalité d’un ordre dont ils souffrent. Ils s’inventent à peu de frais de commodes ennemis. Certaines frayeurs en eux les agissent.

Des questions vieilles comme le monde mais d’une brûlante actualité, auxquelles SYlvie Salvayre donne ici forme littéraire.

Un roman, donc, et d’une causticité jubilatoire, où vont se faire face, d’une part : un solitaire, un lettré, un pas-tout-à-fait-pareil, un pas-tout-à-fait-conforme, un homme malade qui a choisi de se retirer dans un lieu de beauté, et de l’autre : les habitant d’un paisible village que l’arrivé de ce nouveau, cet intrus, bouscule et profondément déconcerte.

Très vite surgiront, entre l’un et les autres, l'incompréhension et la méfiance, puis les malentendus et les soupçons mauvais, puis les grandes peurs infondées et les violences que sourdement elles sécrètent. Puisque tout homme est une nuit.



Extraits :

 

“J'avais ce sentiment que si ma vie devait être brève, je la voulais sinon heureuse, tout du moins adoucie.”

 

“Les gens d'ici n'étaient rien pour moi et je ne souhaitais pas faire partie de leur monde.”

 

“Alors que je m'évertuais à n'exister qu'à peine, j'avais la pénible impression que, pour les gens d'ici, je n'existais que trop.”

 

“Et cette mauvaiseté, cette rosserie, cette vacherie, cette saloperie des hommes, cette disposition à nuire, à meurtrir, à briser, à salir, à rabaisser qui est en chacun paraît-il à des doses diverses et sous des noms divers, cette saloperie, ils la vomirent sur la gueule des autres. Pour l’épuiser. Pour en finir.”

 

 

Mon avis :

 

C’est l’histoire du racisme ordinaire dans un village français. Pas la peine de regarder la couleur de peau ou l’origine, on est toujours l’étranger de quelqu’un et je peux vous en parler. L’écrivain Serge Joncour écrit : “Où qu'on aille on est d'ailleurs, et c'est sans fin qu'on n'est pas d'ici.” Tout est dit, quand on ne veut pas s’abaisser à raconter les détails de la bêtise humaine.

Anas, malade, vient se réfugier dans ce petit village du sud de la france pour adoucir ce mauvais moment qu’il traverse. Il ne veut rien, ne demande rien.

Dans ce petit village, Marcelin tient le café des Sports. Et ce lieu qui pourrait être convivial est un concentré d’êtres mauvais. Bon vous me direz, la chasse, l’alcool et l’idiotie font bon ménage et de la frustration à l'intolérance il n’y a pas grand chose sinon la haine. C’est un endroit où  des hommes désoeuvrés et malheureux en ménage se retrouvent et passent le plus clair de leur temps en buvant.

Anas nous raconte son histoire dramatique et son effort pour se faire accepter des villageois et  nous avons droit au récit des habitués du bistrot avec un sectarisme bien prononcé. Au début ces hommes gardent un peu de dignité, puis s’indignent, se révoltent devant cet étranger. Ils vont aller loin, très loin dans leur arriération mentale, on ne peut pas arrêter cette animosité.

Anas ira demander de l’aide au maire du village mais les maires ont toujours un ton affable en minimisant les faits.

Et le pire se produira.

C’est une histoire sordide mais bien représentative de la réalité.

 

 

 

 

 

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Un soir au club

 

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Christian Gailly

ISBN : 2707318841

Éditeur : EDITIONS DE MINUIT (15/09/2004)





 

 

4ème de couverture :

 

Sait-il, vraiment, Simon Nardis, qu’il rate son train pour ne pas laisser passer sa chance ? Une chance double, celle de retrouver la musique qu’il avait perdue et la femme qu’il n’espérait plus. Seulement voilà, qui dit train dit horaire, qui dit horaire dit morale, qui dit morale dit vie conjugale. Simon Nardis était déjà marié.



Extraits :

 

“C'est quand même autre chose, l'air qu'on respire dans une zone industrielle au bord de la mer.”

 

“C'est l'attente qui l'épuise. Brève attente pourtant. Elle ne dura que dix minutes. Epuisante cependant. Quand on attend depuis dix ans. Sans savoir qu'on attend. C'est encore plus tuant.”

 

“Il était soûl. Donc lucide. Soûl on voit très clair en soi.”

 

“Tout ça avait un certain goût de liberté. Tout ça c'est-à-dire être ailleurs. Dans une autre odeur. A une autre heure. Dans un lieu nouveau qui occupe les yeux.”



Mon avis :

 

Il suffit d’une fois, d’un jour, d’un soir pour voir tout basculer. Dix ans que la femme de Simon lui a sauvé la vie. Elle ne l’a pas laissé chavirer plus dans la déchéance, l’alcoolisme. Simon aurait certainement fini par se suicider. Depuis Simon, ancien musicien, n’écoute plus de jazz mais de la musique classique. Dix ans qu’il est devenu un autre homme menant une vie pépère faite d’habitudes.

 

Il ne pouvait pas savoir cet ingénieur qui l’invite dans une boite de jazz pour le remercier et le faire patienter jusqu’à son horaire de train.

 

Simon est rentré dans ce club et ses anciens démons sont revenus de suite. L’envie de boire un verre, de toucher les instruments de musique, puis de jouer avec les musiciens. Dix ans, dix minutes qu’il attendait ça. Et cette femme si belle dont il tombe amoureux dans la seconde.

 

C’est son ami qui nous raconte cette histoire tragique et si belle. La vie a fait un pied de nez au destin, elle est plus forte que tout. La mort a fait un pied de nez à la vie, c’est comme ça.

 

Je n’en raconterai pas plus, c’est une très belle histoire, et il s’en passe des choses dans cette petite ville du bord de  mer.

 

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La tresse

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Laetitia Colombani

ISBN : 2246813883

Éditeur : GRASSET (10/05/2017)





4ème de couverture :

 

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté. Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l'école. Sicile. Giulia travaille dans l'atelier de son père. Lorsqu'il est victime d'un accident, elle découvre que l'entreprise familiale est ruinée. Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu'elle est gravement malade. Liées sans le savoir parce qu'elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est réservé et décident de se battre. Vibrantes d'humanité, leurs histoires tissent une tresse d'espoir et de solidarité.



Extraits :

 

“La culpabilité était sa vieille compagne, qui s'imposait partout sans y être invitée. Elle était là. Il fallait faire avec.”

“Elle a parfois l'impression qu'ici, le temps s'est arrêté. Il continue sa course dehors, mais à l'intérieur de ces murs, elle se sent protégée. C'est un sentiment doux, rassurant, la certitude d'une étrange permanence des choses.”

 

“Devant les épreuves que la vie leur a imposées, elle n'a jamais flanché, jamais cédé, c'est une femme forte et volontaire. Mais pas aujourd'hui.”

 

“Sa révolte est silencieuse, inaudible, presque invisible. Mais elle est là.”

 

“Partir, fuir cet endroit. C'est la seule issue.”

 

“Cet effet auquel elle n'était pas préparée, et qu'aucune ordonnance ne viendra soigner, c'est l'exclusion qui va de pair avec la maladie, cette lente et douloureuse mise à l'écart.”

 

“Elle se voyait du bon côté de la barrière, dans un monde civilisé. Elle se trompait.”



Mon avis :

 

Quand j’ai fini ce livre, une petite phrase revenait insidieusement dans mon cerveau. Petite phrase  d’une jeune journaliste féministe, Titiou Lecoq, lue il y a quelques semaines : “c’est déjà difficile d’être soi, si en plus il faut être une femme, ça relève de l’impossible.” C’est comme ça que je vois cette histoire.

Trois femmes, trois combattantes qui se battent contre leur destin et qui sont reliées par le lien des cheveux, même si elles ne se connaissent pas.

En Inde, Smita l’intouchable dont le travail est de ramasser les excréments des autres, ne veut pas de cette vie pour sa fille. Elle a réussi à convaincre son compagnon de payer pour que Lalita puisse aller à l’école du village. La suite ne se passera pas bien et Smita décide de fuir cette vie avec sa fille. Si elle réussit elle fera don de sa chevelure, l’offrande des pauvres.

En Italie, Giulia plie sous le poids de sa famille, enfin surtout celui de sa mère, et des traditions. Son père a eu un accident et elle doit reprendre l’atelier de perruques. Son père mourra sans reprendre connaissance, l'atelier est en faillite et Giulia devra se battre, d’une part, pour ne pas épouser celui qui pourrait sauver de la ruine sa mère et ses soeurs, mais surtout pour convaincre tout ce beau petit monde qu’il faut changer le mode de fonctionnement de l’entreprise familiale et acheter en Inde de vrais cheveux.

Sarah, belle et libre canadienne est avocate dans un monde de requins. Battante elle a caché ses grossesses et sépare consciencieusement sa vie privée et sa vie professionnelle, c’est le prix de la réussite. Mais Sarah tombe malade et ce genre de maladie ne se cache pas longtemps. Elle apprendra qu’on met toujours un malade à l’écart. L’exclusion, la maladie, vont mettre Sarah à rude épreuve, elle devra faire des choix de vie, mais va d’abord s’acheter une perruque pour cacher les ravages de la chimio.

Alors, vous préférez quel destin ? Je suis sympa, je vous laisse choisir !

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En route

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Pierre Bergounioux

ISBN : 9791091365345

Éditeur : LE REALGAR (28/04/2016)





4ème de couverture :

 

Enfant de l’après-guerre, Pierre Bergounioux dut très tôt, pour comprendre le monde, mieux l’éprouver peut-être, emprunter la route qui, l’éloignant de la cité natale, Brive, lui permettrait de côtoyer les centres du savoir comme de l’expression littéraire. Distance prise, la plus grande partie d’un temps souvent ingrat consacrée à l’étude, la même route devait pourtant le reconduire avec obstination au lieu de l’origine, l’éloignement, au fil des jours, forgeant la clé susceptible d’ouvrir enfin la porte des années décisives. Auteur de nombreux récits, de carnets et d’essais d’une rare acuité, Pierre Bergounioux, faut-il le rappeler, est l’un des écrivains majeurs de notre époque.



Extraits :

 

“On ne percevait pas la distance qui séparait notre existence de celles qu'on menait plus loin. Ou bien on la mesurait et l'avait trouvée si grande qu'on l'avait jugée infranchissable.”

 

“L'essentiel de ce qui se donne pour la réalité est dépourvu d'attrait, d'intérêt quand il n'est pas déprimant, obscur, exaspérant.”

 

“Il y a trois heures qu'on roule, tendu vers la destination finale, et la vie semble ici, plus qu'ailleurs, baignée d'une lenteur, d'une aménité qu'on croit se rappeler. On a connu tout au début, cette paix de ne rien savoir ni vouloir qui ne soit facile, accessible.”

 

“Par un étrange renversement, c’est la vie première, le temps d’avant qui ont pris un caractère d’étrangeté.”

 

 

Mon avis :

 

Les photos sont tellement réalistes, elles empêchent la rêverie et de toute façon ces paysages sont durs, gris. Ce sont des photos de la campagne profonde et des petites routes qui ménent à la ville.

La route comme un parcours de vie. Au début le village, la foire aux bétails sur la place, une certaine protection contre l'inattendu, l’inconnu, peut être la culture. Puis le temps fait son oeuvre, la place du village est transformée en parking, les enfants vont à l’internat en ville. Les adultes partiront travailler ailleurs.

Alors il y a la route que l’on prend dans un sens puis l’autre selon les congés, pendant des années.

Les villages désertés le sont encore plus à l’ouverture des autoroutes. Les bâtisses abandonnées bordent les routes et autoroutes. Le progrès est là, la campagne se meurt.

Un style poétique, peut être désuet pour les plus jeunes mais combien savoureux pour moi.

Un grand merci à Babelio et aux Éditions Le Réalgar pour cette pépite.

 

 

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À fleur de sel

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Oliver/Mireille

ISBN : 2354140398

Éditeur : NOUVELLES PRESSES DU LANGUEDOC (01/06/2008)





 

4ème de couverture :

 

Elle est morte la Fernande, et son rocambolesque enterrement semble sorti tout droit d’un Pagnol inédit. Il est mort Bernard, à une centaine de kilomètres de là, gisant dans l’eau rose des Salins du Midi. Mais, ces deux-là, aussi secrets l’un que l’autre, étaient bien loin de ce que pensaient d’eux leurs voisinages respectifs.

Elle est vivante, Aude, quoique un peu cabossée par la vie, et débarque dans la région pour un reportage sur l’industrie du sel. Elle va en apprendre, pêle-mêle, bien plus que ce qu’elle note sur son ordinateur portable, le soir, à l’hôtel… Sur ces mystérieux disparus, sur les effets du vent audois, sur le prémonitions  qui parfois la visitent, sur l’harmonie, rose, blanc, vert dans les paysages, sur les diverse faces du mensonge, sur la bourride d’anguille longuement cuisinée, sur l’homme qu’elle a laissé à Paris, sur l’ivresse du carnaval de Venise, sur l’amour en général et l’amour maternel en particulier…

Un roman d’aujourd’hui, plein de suspense et de sensibilité, où un secret peut en cacher un autre, jusqu’au coup de théâtre final, celui-ci parfaitement inattendu.



Extraits :

 

"Mais la vie, même dans le malheur, paraît parfois bien ficelée."

 

"Jolie femme au premier abord, sur qui on ne se retourne pas, mais qui nous laisse, si on croise par hasard et par bonheur ses yeux, une sensation de paix."

 

"La vie de chacun est un livre, lorsqu'elle est bien racontée."

 

"Je ne peux me permettre de vous donner des conseils, je veux juste vous dire que lorsqu'on pense, au plus profond de soi, une chose, et qu'en apparence on veut se convaincre d'une autre, le corps s'il n'est pas du même avis, le fait dire par un signe."



Mon avis :

 

Pas de bons choix de lecture, du moins pas des choix correspondant à mon état d’esprit de cette fin d’année. j’ai réussi à lire cette histoire qui se déroule dans ma région, dans un coin que j’aime. Aude, l’héroïne, était bien sympathique et réagissait bien aux différents malheurs que lui faisait vivre l’auteure. J’ai apprécié aussi les autres personnages. J’ai envié cette sensation d’arriver au bon endroit et de se sentir chez soi alors que l’on voit et respire ces paysages pour la première fois. Bon un petit résumé : Aude a été renversée par une voiture en sortant de chez elle, dans la région parisienne. Plusieurs mois à l’hôpital, une rééducation intense, accompagnée par sa mère, elle s’en sort avec une fine cicatrice sur le visage et une légère claudication. Son compagnon, très influencé par l’apparence lui demande de changer de travail car jusque là elle était la chargée de communication de sa société. Grâce à des amis, elle trouve un job de journaliste. L'histoire de salins du midi est le premier reportage qu’elle doit écrire.Arrivée à Gruissan, elle a cette impression de rentrer chez elle, et des visions viennent la troubler. Ce reportage va révéler aussi des secrets de famille. En état de sidération, Aude va devoir reconstruire sa vie et prendre des décisions radicales.

 

Belle et sereine année à toutes et tous

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Manuel à l'usage des femmes de ménage

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Lucia Berlin

ISBN : 2246857821

Éditeur : GRASSET (04/01/2017)

Traductrice : Valérie Malfoy




4ème de couverture :

 

La publication de Manuel à l’usage des femmes de ménage révèle un grand auteur et un destin exceptionnel : Lucia Berlin, mariée trois fois, mère de quatre garçons, nous raconte ses multiples vies en quarante-trois épisodes. Élevée dans les camps miniers d’Alaska et du Midwest, elle a été successivement une enfant solitaire au Texas durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune fille riche et privilégiée à Santiago du Chili, une artiste bohème vivant dans un loft new-yorkais au milieu des années 50 et une infirmière aux urgences d’Oakland. Avec un délicat mélange d’humour, d’esprit et de mélancolie, Berlin saisit les miracles du quotidien jusque dans les centres de désintoxication du sud-ouest des États-Unis, elle égrène ses conseils avisés et loufoques tirés de ses propres expériences d’enseignante, standardiste, réceptionniste, ou encore femme de ménage.

Dix ans après la mort de l’auteur, la découverte de Manuel à l’usage des femmes de ménage a constitué un événement littéraire majeur aux États-Unis, puis dans le monde entier. Comparée par la critique américaine à Raymond Carver et Alice Munro, Lucia Berlin est un grand écrivain injustement méconnu, un maître de la narration qui se nourrit du réel pour émerveiller son lecteur.



Extraits :

 

“Quiconque prétend savoir ce que ressent quelqu'un d'autre est un imbécile.” (Lavomatic Angel's)

 

“De plus loin qu'il m'en souvienne, j'ai toujours fait mauvaise impression.” (Des étoiles et des saints)

 

“Ce jour-là, dans la cour de récréation, je compris que jamais dans ma vie je ne parviendrais à m'intégrer. Pas juste à m'adapter, m'intégrer.” (Des étoiles et des saints)

 

"La plupart du temps, ça ne m'embête pas de vieillir."

 

“Cette impression d'être acceptée, ce n'était pas parce qu'on l'appréciait, ni parce qu'elle s'intégrait.” (Toda Luna todo aňo)

 

“Si j'ai réussi à vivre aussi longtemps, c'est uniquement parce que je ne m'accroche pas au passé. Je ferme la porte sur les chagrins, les regrets, les remords.”



“Maman, tu voyais la laideur et le mal partout, en chacun, en tout lieu. Etais-tu folle ou clairvoyante ? Dans tous les cas, je ne peux pas supporter l'idée de devenir comme toi.”


"Toute ma vie j'avais eu l'impression que je n'existais pas vraiment." (Laisse moi voir ton sourire)

 

Mon avis :

 

Un recueil de nouvelles avec beaucoup de personnages : des enfants, des adultes dans des régions ou pays différents. De la misère à une vie plus clémente, une multitude de métiers, des lieux de rencontre comme la laverie ou l’arrêt de bus, des lieux de vie comme de jolies maisons ou des mobil-homes. L’alcoolisme et ses dérives, des vies sans attaches ou avec trop d’attaches. Des vies qui bouillonnent, avec des pleurs, des deuils mais aussi de la joie. On fonce, on déménage, on change de métier, on se fait de nouveaux amis et on recommence.

Toutes ses vies si attachantes et désespérantes, si tristes et si gaies, dans l’acceptation, toujours, du passé et du temps qui passe ne concerne qu’une seule personne : l’auteure, Lucia. Des moments de sa propre vie, en marge, de ses vies, comme un puzzle que le lecteur peut reconstituer.

Un style déroutant, de l’humour malgré les coups bas de l’existence, une acceptation de son sort et la lutte contre son addiction. Un mode d’emploi d’un destin hors du commun.

 

 

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Repose-toi sur moi

Repose-toi-sur-moi

 

 

Serge Joncour

ISBN : 2081393980

Éditeur : FLAMMARION (17/08/2016)





4ème de couverture :

 

Aurore est une styliste reconnue et Ludovic un agriculteur reconverti dans le recouvrement des dettes. Ils n’ont rien en commun si ce n’est un curieux problème : des corbeaux ont élu domicile dans la cour de leur immeuble parisien. Elle en a une peur bleue, alors que son inflammable voisin saurait, lui, comment s’en débarrasser. Pour cette jeune femme, qui tout à la fois l’intimide et le rebute, il va les tuer. Ce premier pas les conduira sur un chemin périlleux qui, de la complicité à l’égarement amoureux, les éloignera peu à peu de leur raisonnable quotidien.

Dans ce grand roman de l’amour et du désordre, Serge Joncour porte loin son regard : en faisant entrer en collision le monde contemporain et l’univers intime, il met en scène nos aspirations contraires, la ville et la campagne, la solidarité et l’égoïsme, dans un contexte de dérèglement général de la société où, finalement aimer semble être la dernière façon de résister.



Extraits :

 

“Pourtant, c'est rude parfois, c'est rude de tout comprendre des autres, de tout en ressentir immédiatement.”

“Parfois, à des carrefours inattendus de la vie, on découvre que depuis un bon bout de temps déjà on avance sur un fil, depuis des années on est parti sur sa lancée, sans l'assurance qu'il y ait vraiment quelque chose de solide en dessous, ni quelqu'un, pas uniquement du vide.”

“Ce n'est jamais facile de regarder les choses en face.”

“On est si petit au regard d'une peur qui ne finit pas de croître en nous.”

“Parfois on croit s'intéresser aux autres alors qu'on ne fait que s'en servir.”

“C’était cette même sensation qui l’assaillait, cette impression d’être surplombée, et ça l’affolait.”

“Son coup de sonnette eut l'effet d'une douche froide. C'est la jeune femme qui vint lui ouvrir. C'était souvent les femmes qui lui ouvraient, ce sont elles qui vont au-devant des choses, pas trop les hommes.”



Mon avis :

 

C’est une impression bizarre de lire des ressentis de deux personnages qui ressemblent aux tiens du moment. Tu as l’impression d’être avec eux dans leur histoire à moins que ce ne soit l’écriture raffinée de l’auteur  qui n’épargne aucun détail.

Ludovic vit à Paris dans la partie de l’immeuble qui n’est pas rénovée, celle des courants d’air dans l’escalier, celle des petits logements occupés par des gens vieillissants. Son physique est imposant, rassurant, lui, l’ancien joueur de rugby, qui se doit d’être toujours fort. Il vient de la campagne, est veuf, et descend régulièrement dans la ferme familiale qu’il a laissé à sa soeur et son beau-frère. Il constate l’étendue des dégâts des pesticides, sa femme en est morte, les absences de sa mère qu’on traîne comme un légume du fauteuil au lit. Il fait face Ludovic, dans sa famille, dans son boulot, quand il aide ses voisines âgées. Il est bienveillant Ludovic.

Aurore est l’opposé de Ludovic. Elle vit à Paris, dans la partie de l’immeuble rénovée, confortable, dans un grand appartement avec son mari et ses enfants. Elle est délicate, un peu bourgeoise, dans une vie agréable mais depuis quelques temps se sent bien seule. L’impression de marcher sur un fil, d’être au bout de tout, même de ses enfants, parfois. Aurore a des angoisses, des peurs, des phobies.

La rencontre de ces deux êtres est celle de deux mondes différents, opposés. La petite fragile parisienne et le grand bonhomme protecteur, la campagne et la ville, le clinquant et l’authentique.

Une brève histoire d’amour, de manipulation, de traumatismes.

Les deux mondes s’échangent voyant dans l’autre, dans un moment de clairvoyance, les ratés, les gentilles manigances aux conséquences désastreuses. Le grand protecteur, avec sa violence latente, est un être fragile, et la délicate angoissée un être manipulateur. Et si c’était un peu plus compliqué ?

L’épilogue est savoureux ! Je ne vous raconte que les personnages, je vous laisse découvrir cette histoire clairvoyante qui représente bien notre société.






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Nos vies

9782283029763

 

 

Marie-Hélène Lafon

ISBN : 2283030498

Éditeur : BUCHET-CHASTEL (17/05/2017)





 

 

4ème de couverture :

 

"J'ai l'oeil, je n'oublie à peu près rien, ce que j'ai oublié, je l'invente.J'ai toujours fait ça, comme ça, c'était mon rôle dans la famille, jusqu'à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d'autre pour lui raconter, elle disait qu'avec moi elle voyait mieux qu'avant son attaque." Le Franprix de la rue du Rendez-Vous, à Paris. Une femme, que l'on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L'homme encore jeune qui s'obstine à venir chaque vendredi matin... Silencieusement elle dévide l'écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.Nos vies est le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon. Il aurait pour sujet la ville et ses solitudes.Marie-Hélène Lafon est professeur de lettres classiques à Paris. Tous ses romans sont publiés chez Buchet/Chastel.



Extraits :

 

“On ne la voit pas sourire. On imagine. On reste au bord de ce que doit-être ailleurs, dans une autre vie.”



“J'ai tenu et j'ai continué et, pendant des années, j'ai sousvécu, juste au ras des gestes et des choses, à peine à la surface, à peine la tête hors de l'eau.”

“J'ai l'oeil, je n'oublie à peu près rien, ce que j'ai oublié, je l'invente.”

 

“C’est de la mort, de la maladie, de la perte,de la trahison, de l’absence qui commence pour toujours ou pour longtemps, on ne sait pas, on tient, on fait face, on attend et on s’arrange plus ou moins, on vieillit, on dure.”



Mon avis :

 

Jeanne est à la retraite et elle vit dans sa solitude comme dans une armure. Son amour est parti ou plutôt a disparu il y a bien longtemps. Son père n’a jamais accepté son compagnon de culture différente et elle était un peu isolée déjà. Elle va deux fois par semaine au franprix de son quartier. Elle observe les gens et leur invente une vie, comme elle l’a fait quarante ans durant, en prenant le métro.

Sa première victime est Gordana. Le mot est fort mais le prénom aussi est fort particulier. Gordana est caissière au Franprix. Elle a une poitrine généreuse que l’on ne peut éviter, du moins du regard, que l’on soit homme ou femme.

Et puis il y a Horacio qui passe toujours à la caisse de Gordana.

On découvre leur vie inventée par Jeanne en même temps que ses confidences sur sa propre vie, ses souvenirs, sa famille.

Elle les a voulus étrangers comme son compagnon et elle raconte aussi leur existence d’immigrés. Gordana a peut être un enfant laissé au pays.

Puis on découvre que Gordana au buste si généreux et au visage si beau a un pied bot. Les clients ne le voient pas et essaient souvent de charmer cette jeune personne qui les repousse d’un regard ou en les ignorant.

Le point commun entre ces trois personnages est la solitude ressentie dans une grande ville, loin de la famille, sans personne sur qui compter.

Les mots de l’auteure sont poétiques. Elle part dans son imagination, et c’est un plaisir de la lire.

 

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