la vie de ma voix intérieure

En totale reconstruction après deux années abominables passées en Lozère où j'ai appris que seuls les humains ne sont pas humains, je continue à partager ma passion de la lecture. Vous pouvez apprendre à me connaître à travers les citations.

Tropique de la violence

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Nathacha Appanah

ISBN : 2070197557

Éditeur : GALLIMARD (2016)



 

4ème de couverture :

 

«Ne t’endors pas, ne te repose pas, ne ferme pas les yeux, ce n’est pas terminé. Ils te cherchent. Tu entends ce bruit, on dirait le roulement des barriques vides, on dirait le tonnerre en janvier mais tu te trompes si tu crois que c’est ça. Écoute mon pays qui gronde, écoute la colère qui rampe et qui rappe jusqu’à nous. Tu entends cette musique, tu sens la braise contre ton visage balafré? Ils viennent pour toi.»

 

Tropique de la violence est une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.

 

 

Extraits :

 

“D'en haut et de loin, c'est vrai que ce n'est qu'une poussière ici mais cette poussière existe, elle est quelque chose. Quelque chose avec son envers et son endroit, son soleil et son ombre, sa vérité et son mensonge. Les vies sur cette terre valent autant que toutes les vies sur les autres terres, n'est-ce-pas ?”

 

“ Tu as peut-être oublié mais c’est dans ton inconscience mon petit. L’inconscience n’oublie jamais.”

 

“J’ai fermé les yeux. Peut-être avais-je l’espoir que tout cela ne se révèle un cauchemar.”

 

“Pourtant, il n’y a jamais rien qui change et j’ai parfois l’impression de vivre dans une dimension parallèle où ce qui se passe ici ne traverse jamais l’océan et n’atteint jamais personne.”

 

“Je me dis que mes paroles mortes peuvent se mêler aux vapeurs de ses rêves et qu’en se réveillant pour de bon, tout à l’heure, il pourra peut-être s’en souvenir.”

 

“Mais un jour j’ai vu Mo et il suffit parfois d’un moment de vérité pour que tout bascule.”

 

“Il faut me croire. De là où je vous parle, les mensonges et les faux-semblants ne servent à rien.”

 

“Je ne me souviens pas de toute ma vie car ici ne subsistent que le bord des choses et le bruit de ce qui n’est plus.”



Mon avis :

 

Je me demande si j’ai déjà lu un tel concentré de violence. J’ai refermé le livre en me disant que je ne lirai plus jamais un roman avec le mot violence dans le titre. J’étais sous le choc. Plus qu’un roman, Natacha Appanah nous livre un réel témoignage des conditions de vie à Mayotte, île française, dans l’océan indien.

 

Marie a quitté ses montagnes natales qu’elle ne supportait plus pour faire ses études d’infirmière dans une grande ville. Elle tombe amoureuse d’un collègue et le suit sur son île natale Mayotte. Elle aime cette île, y travaille mais il manque un enfant à son bonheur. Ce désir deviendra une phobie et son mari préfère la quitter.

 

Un jour, à l’hôpital, une poignée de clandestins et parmi eux, une très jeune femme qui ne veut pas garder son bébé car il a les yeux de couleur différente, ça porte malheur. Marie va se débrouiller pour l’adopter. Elle lui donne le nom de Moïse.

 

À l’adolescence Moïse réagit très mal à la révélation de sa naissance et se rebelle contre sa mère qu’il n’appellera plus Maman mais  Marie.  Celle-ci  meurt subitement un matin et Moïse ne préviendra personne, il prend son chien et part avec ses mauvaises fréquentations dans un quartier mal famé appelé Gaza.

 

Chaque personne ayant connu Moïse va donner son point de vue, son témoignage.Bruce, le jeune caïd de Gaza, le policier, l’éducateur.

 

Il n’y a pas de sortie de secours dans ce roman. Les mots percutent, les phrases t’enfoncent dans la boue, les chapitres te noient. Un style étourdissant révélant la beauté d’une île et sa violence.



Rentrée littéraire Août 2016 - Remerciements aux Éditions Gallimard et à Babelio

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Nous sommes l'eau

 

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Wally Lamb

ISBN : 2253045330

Éditeur : LE LIVRE DE POCHE (2016)




 

 

4ème de couverture :

 

Toute sa vie, Annie Oh a été terrifiée. Terrifiée à l'idée de tomber amoureuse ; de se dévoiler à Orion, son ex-mari psychologue si désespérément prêt à l'épauler ; de ne pas être une bonne mère pour ses trois enfants ; de ne pas savoir soulager les colères de son fils, les angoisses de ses filles ; d'affronter le souvenir des drames qui ont dévasté son enfance.

Cette terreur, Annie a tenté de l'évacuer dans ses sculptures, ses tableaux chargés de rage.

Alors qu'elle s'apprête à se remarier avec Viveca, charismatique galeriste new-yorkaise qui l'a rendue célèbre, la peur la saisit de nouveau. Comment avouer à la femme qu'elle aime les raisons qui l'empêchent de célébrer leurs noces à Three Rivers, Connecticut ? Comment lui révéler ce qui s'est réellement passé dans cette ville, un soir de 1963 ?

Chaque jour qui sépare Annie et les siens du mariage les rapproche de vérités terribles, indicibles, qu'ils devront faire éclater pour tenter de renaître, enfin.




Extraits :

 

"Est-ce cela aimer ? Sentir le besoin de leur retour quand ils ne sont pas là ? Un retour à la maison pour nous protéger ?"

 

"C'est en partie ce qui me donne du pouvoir ; je suis parfois capable de percer le secret des faiblesses d'autrui sans avoir à révéler les miennes."

 

"De trouver des façons de me défaire de cette amertume, de me pardonner, de pardonner aux autres et de recommencer."

"Plus on est plongé dans une situation, moins elle semble claire."

 

"Réconfortent les perturbés et perturbent le confort des autres."

 

“Parfois je travaille sur une composition pendant des semaines, des mois même, sans savoir ce que je recherche, ni d’ailleurs, une fois la toile achevée, ce que j’ai fini par résoudre. Après tout ce temps, je ne suis toujours pas capable d’expliquer complètement ce processus ; cette façon, quand on est pris par un travail, dont tout le reste de la pièce disparaît, tout sauf la chose devant vous qui vous appelle et prend vie. Comme si le sujet sur la toile était doué d’une volonté propre. Lorsque cela arrive, cela peut être très excitant, mais dérangeant aussi : vous, le peintre, n’avez pas le contrôle de votre peinture !”



Mon avis :

 

Pour un caprice de Viveca sa future épouse, Annie va revivre les drames et secrets de son enfance, pourtant bien enfouis dans sa mémoire. Dans ses oeuvres, elle met ses terreurs d’enfant, ses colères et ses frustrations.  Viveca veut simplement empiéter sur le domaine d’Orion, l’ex-mari d’Annie. Un peu de jalousie ne fait de mal à personne. Annie vit mal cette situation mais au lieu d’y mettre un terme et d’exprimer ses ressentis et désirs, elle subit et replonge malgré elle dans son passé. Son ex-mari, psychologue, à qui elle a réussi à cacher ses failles, ses enfants, complices de son mal être pendant des années, quitte à avoir leur propres fêlures à l’âge adulte, puis la mort de sa mère et de sa petite soeur lors d’une inondation, son placement en foyer à cause de l'alcoolisme de son père pourtant bienveillant.

 

Ce placement si difficile à supporter et pour de mauvaises raisons, le traumatisme n’étant pas là où l’on croyait lui permettra d’échapper à son bourreau. Sa vie d’adolescente, ses premiers salaires, ses fuites et bien sûr sa passivité dans les rapports aux autres.

 

On descend aux enfers en même temps qu’Annie, on remonte le fil d’une sale histoire et le tout très lentement au gré du courant du fleuve. Viveca n’est que le révélateur ou plutôt le déclencheur d’une vérité qui aurait peut-être mieux fait de rester enfouie. Ses enfants, son ex-mari vont devoir subir cette vérité de plein fouet, connaître enfin cette femme qui se cache sous un vernis qui craquelle de plus en plus.

 

Le bourreau revient dans cette histoire, avec son passé de gosse, lui aussi, comme pour mieux comprendre le mécanisme. Une partie de sa vie d’adulte, insupportable, glauque.

 

Puis le mariage se rapproche, les protagonistes sont tous en place dans cette scène du grand final. L’ignorance, le hasard, la délinquance, les failles, la résilience, le tout va se mélanger dans une tempête, un ouragan, un séisme ou alors une simple inondation qui sera pire puisque la noyade ne peut être évitée même si l'eau monte doucement.


Nous sommes l’eau.

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Les vieux ne pleurent jamais

 

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Céline Curiol

ISBN : 2330057903

Éditeur : ACTES SUD (2016)




4ème de couverture :

 

À soixante-dix ans, Judith Hogen vit désormais seule. Actrice à la retraite, elle a cessé de fréquenter les scènes artistiques new-yorkaises et se contente de la compagnie de sa voisine Janet Shebabi, une femme de son âge fantasque et malicieuse.

 

Trouvant un soir entre les pages d’un roman de Louis Ferdinand Céline une vieille photographie, Judith est transportée cinquante ans en arrière et soudain submergée de tendresse et de ressentiments. Face à ce visage longtemps aimé, elle se surprend à douter des choix du passé.

 

C’est ce moment que choisit Janet pour lui proposer de partir, de s’embarquer dans un voyage organisé aussi déroutant que burlesque au cours duquel  s’établit entre elles un compagnonnage heureux hors des convenances de l’âge.

 

De retour à Brooklyn, Judith doit bien admettre que la raisonnable passivité que lui impose la société devient insupportable. Elle décide de repartir en voyage, dans son pays natal, cette france quittée dans les années soixante, là où demeure cet homme, celui de la photo, ce héros.



Extraits :

 

“La rancoeur pesait si lourd chez les humains et écrasait sous son poids les souvenirs de conduites généreuses.”

“Tout était difficile à n'importe quel âge, quand on manquait de motivation.”

 

“Mettre une claque à ma douleur, la renverser par surprise.”

 

“Pendant tant d'années, j'avais voulu me préserver de cette manière de penser, s'occuper, comme si nous ne vivions qu'un long sursis dans l'illusion d'une existence véritable.”

 

“Je n'ai rien contre les mots. Pourtant lorsqu'ils cascadent de façon aussi imprévisible, j'ai l'impression d'être étourdie.”

 

“La jeunesse n'est jamais l'âge du doute mais de l'excès de certitudes.”

 

“C'est la vie et le temps s'amasse, fige, rend toute volte-face impensable et impossible.”

 

“Rien ne meurt avant d'avoir perdu toute possibilité d'être.”

 

“En manquant de suturer la blessure, j’en avais ravivé l’effet. Et ce qui m’avait donné de l’énergie de revenir se retournait à présent contre moi.”



Mon avis :

 

Judith, soixante-dix ans, s’est un peu laissée aller à une certaine routine depuis la maladie et la mort de son époux. Seule Janet sa voisine excentrique et joyeuse réussit à la sortir de sa torpeur. Allongée sur le canapé, un soir, Judith va faire une surprenante découverte : dans un roman de Louis Ferdinand Céline, voyage au bout de la nuit, elle trouve une photo remontant à une cinquantaine d’années. Est-ce son mari qui l’a cachée là, certain que Judith la trouverait ? Toujours est-il que cette photo ravive des souvenirs, certains agréables, d’autres moins.

Janet a trouvé la solution pour faire bouger Judith : un voyage organisé pendant deux jours. Si l’idée de voyager est excellente, les deux amies vont se rendre compte que les activités, repas, achats et pauses-pipi imposés à tout un groupe sont pesants. Le groupe est tenu d’une main ferme par une jeunette un peu trop autoritaire au goût de nos deux rebelles. Elles prennent conscience d’un coup qu’elles sont passées du côté obscur de la vieillesse et que la société n’a pas beaucoup de considérations pour les personnes dites âgées. Car elles ne sont pas prêtes nos deux compères à être considérées de la sorte, pour Janet c’est une évidence, pour Judith, cela va en devenir une au fil de l’histoire. La photo de la couverture du livre a toute son importance. Écouter à fond de la musique sous son casque, porter une robe légère, savourer le soleil sur son corps à travers le fin tissu, il n’y a pas d’âge pour le faire. On est vieux qu’à travers le regard des autres.

Ce mauvais moment va décider Judith à prendre une décision radicale : retourner en France pays où elle est née pour retrouver l’homme de la photo. Elle confie ses clés à Janet qui n’en revient pas et part régler ses comptes avec le passé.

Après un long voyage qu’elle a très bien supporté, le regard un peu triste sur les villes devenues un peu glauques, elle retrouve sa cousine qui ne lui fera aucun reproche. La mère de Judith est décédée depuis longtemps et la famille française n’a pas prévenu Judith. Aucun moyen de se réconcilier avec sa mère qui l’a jetée dehors pour un premier amour avec la mauvaise personne. Elle continue son périple et se rend chez son frère. Mais ce dernier est porté disparu depuis les dernières vacances en Corse avec son épouse, son cadavre sera retrouvé un peu plus tard. Elle fait connaissance avec sa nièce qui n’a jamais entendu parler d’elle. Judith était bien reniée par toute sa famille.

Elle prend conscience que le temps ne répare rien, qu’il n’y aura pas de pardon puisqu’il n’y a pas de survivant. Son crime était d’aimer Hilal et à cette époque-là, même si on habitait la même cité hlm, on ne se mélangeait pas.

Après l’enterrement de son frère, dans le quartier de son enfance où elle n’a vu aucun visage familier, au fond de l’église, puisque étrangère à cette famille, elle rentre.

C’est avec bonheur qu’elle va retrouver Janet qui l’attend à l’aéroport, puis sa maison si familière avec ce qu’elle aime. Il faudra encore un petit coup de pouce de Janet et une folie pour lui faire comprendre qu’elle n’est pas à la fin de sa vie mais dans la continuité de sa vie.

 

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Karoo

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Steve Tesich

ISBN : 9791090724020

Éditeur : MONSIEUR TOUSSAINT LOUVERTURE (2012)



 

 

4ème de couverture :

 

Achevé quelques jours avant la mort de Steve Tesich (1942- 1996), Karoo est le chant du cygne d'un auteur hors norme.

Ce roman est l'odyssée d'un riche consultant en scénario dans la cinquantaine, Saul "Doc" Karoo, gros fumeur et alcoolique, écrivaillon sans talent séparé de sa femme et traînant plusieurs tares émotionnelles. En tant que script Doctor pour Hollywood, Saul Karoo mutile et "sauve" le travail des autres.

En tant qu'homme, il applique le même genre de contrôle sournois à sa vie privée et se délecte de nombreuses névroses très particulières : son incapacité à se saouler quelle que soit la quantité d'alcool absorbée, sa fuite désespérée devant toute forme d'intimité, ou encore son inaptitude à maintenir à flot sa propre subjectivité.

Même s'il le voulait, il ne pourrait pas faire les choses correctement, et la plupart du temps, il ne le veut pas. Jusqu'à ce qu'une occasion unique se présente à lui: En visionnant un film, il fait une découverte qui l'incite à prendre des mesures extravagantes pour essayer, une fois pour toutes, de se racheter. Si Karoo est bien l'ambitieux portrait d'un homme sans coeur et à l'esprit tordu, c'est aussi un pur joyau qui raconte une chute vertigineuse avec un humour corrosif.

 

C'est cynique. C'est sans pitié. C'est terriblement remuant.



Extraits :

 

“La seule chose vraie qui restait entre ma mère et moi était le souvenir d'un moment unique. Pour ce que j'en savais, elle l'avait totalement oublié.”



“Mais le problème, avec cette nouvelle maladie exotique que j'ai contractée, c'est que pour faire quoi que ce soit, je dois d'abord décider de le faire. Je dois, en premier lieu, m'occuper de toute cette affaire de décision à prendre et ensuite, ayant décidé, je dois mener à bien la suite, qui consiste à m'en tenir à la décision que j'ai prise.”



“Les choses commencent vraiment à mal tourner quand vous n'avez plus que vous-même à renverser pour que votre vie s'améliore.”

 

“J'étais à l'âge où les choses se détériorent.”



“Désormais, la simple pensée d'avoir à faire face à mes soucis me donnait la nausée. Ce qui provoqua le chaos dans ma vie. Personnelle. Interpersonnelle. Professionnelle. Dans tous les domaines.”

 

“C'était un peu comme si j'avais été tiré au sort pour servir de refuge aux maladies, ou comme si je générais en moi un champ de gravité capable d'en attirer d'aussi nouvelles qu'étranges.”

 

“Dans la démocratie égalitaire de mon esprit règnent la tranquillité et une égalité totale. Rien que de la soupe.”



Mon avis :

 

Karoo est le type qu’il ne faut pas avoir dans sa vie. Il écume les soirées en faisant semblant d’être saoul, puisqu’il n’arrive plus à s'enivrer, regarde son épouse, presque ex, se pavaner dans de belles robes et évite son fils adoptif. Il n’oublie pas de souiller les sanitaires de ses hôtes pour être crédible, se fait agresser par son médecin qui lui reproche son état et sa prise de poids et part le dernier de la soirée.

 

Karoo est menteur, lâche, a peur de l’intimité quelle qu’elle soit, surtout celle avec son fils, bref un pur raté, un quinquagénaire qui traîne son mal de vivre dans les soirées ou en compagnie de son épouse presque ex. Il n’a plus d’assurance santé et s’en moque éperdument malgré les avertissements de son médecin. Son travail est de massacrer les chefs d’oeuvre du cinéma pour les faire rentrer dans des standards bien plus vendeurs.


En visionnant un film, il découvre une jeune femme qui va bouleverser sa vie. Il a déjà entendu sa voix, il en est certain et les souvenirs vont affluer. IL est persuadé pouvoir se racheter une conduite, enfin faire le bien, réunir deux personnes qu’il aime, devenir une sorte de héros. Et parce que je suis une femme lisant une histoire d’homme incapable d’anticiper, je me suis mise à râler mais aussi à rire jusqu’à la fin du livre. La chute de cet homme est vertigineuse, sans retour possible. C’est cynique, décapant, jouissif et terriblement dramatique. Un véritable chef d’oeuvre !

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Plateau

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Franck Bouysse

ISBN : 2358871214

Éditeur : MANUFACTURE DE LIVRE ÉDITIONS (2016




4ème de couverture :

 

Un hameau du plateau de millevaches où vivent Judith et Virgile. Le couple a élevé Georges, ce neveu dont les parents sont morts dans un accident de la route quand il avait cinq ans. Lorsqu’une jeune femme vient s’installer chez Georges ; lorsque Karl, ancien boxeur tiraillé entre pulsions sexuelles et croyance en Dieu, emménage dans une maison du même village ; et lorsque qu’un mystérieux chasseur sans visage rôde alentour, les masques s’effritent et des coups de feu résonnent sur le plateau.

 

 

Extraits :

 

"Ces secrets dont personne n'est véritablement dupe, mais qu'on garde pour se préserver, survivre tant bien que mal."

 

"Là-bas, ton regard finit toujours par buter sur un mur, ici y a rien qui l'arrête."

 

" Chacun demeura toujours à distance respectable, sûrement pour ne pas avoir trop à donner, ni trop à recevoir, et en quelque manière, se préserver ainsi de sa propre imposture."

 

"S'émerveiller du jour qui se lève. Passer de la folie au courage sans y perdre son âme."

 

 

Mon avis :

 

Il y a d’abord ce plateau, un paysage que je connais bien. Tu entends ce vent qui siffle et couvre tous les autres bruits, tu le sens ce froid glacial, tu la vois cette neige qui fige les jours en survie, ce plateau qui a droit de vie  et de mort sur tous les êtres y habitant ?  Il y a pourtant des hameaux désertés par les commerçants, seul le boulanger passe deux fois par semaine, mais habités par des gens qui savent que pour survivre dans un tel décor il faut y être né.

 

Dans ce hameau, Virgile vieux fermier qui perd la vue et son épouse Judith qui perd la mémoire malgré l’acharnement aux moments de lucidité. Plus loin, Georges leur neveu qu’ils ont élevé à la mort des parents, puis Karl  venu s’installer dans la ferme du voisin quand celui-ci est mort de froid dans sa cour. Karl malgré son air étrange a réussi à se faire accepter par Virgile. Cory jeune femme maltraitée, nièce de Judith, va se réfugier dans ce décor. Virgile ne veut pas l’héberger, elle ira vivre dans la caravane de Georges. Et puis il y a ce mystérieux chasseur qui surveille ce petit monde par la lorgnette de son fusil, tue des animaux, les mange, campe dans les bois.

Six personnages qui souffrent de solitude, qui laissent les secrets de leur vie les tuer à petit feu. Six personnages qui vont aller au bout d’eux-mêmes, qui vont devoir se surpasser pour survivre ou mourir.


L’auteur alterne des phrases longues, poétiques, remplies de métaphores et de termes techniques pour décrire les paysages, avec les dialogues courts, des mots réfléchis, choisis des personnages. Le tout est impressionnant de vérité, qu’il en soit ainsi.  Un monde rural à découvrir.

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Des milliers d'années...

Des milliers d'années que l'homme se trompe, à se croire roi de ce territoire impossible à domestiquer. Des fermes en caravansérails abandonnés, mirages flottant sur de déplorables oasis sanctifiés par d'annuelles oboles faite à une végétation rapportée. Humains voyageurs poussés à une sédentarité par la peur de l'inconnu. Proies immobiles faciles à mettre en joue. Suppliciés volontaires, qui se résument à la somme de vide qu'ils étreignent toute leur vie. À penser que leur sillage demeurera gravé dans la terre, qu'elle n'en finira jamais de plaider leur cause, et que leur travail y suffira. À se croire ainsi utile à quelque immense projet. À se croire si forts, qu'ils en oublient précisément d'être inutiles: leur humaine mesure. Cette dérisoire lutte qu'ils mènent contre eux-mêmes sans le savoir, et qui les mène à l'oubli. 
Qu'il en soit ainsi.

 

Lecture en cours :Plateau de Franck Bouysse

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Carambole

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Jens Steiner

ISBN : 2371190004

Éditeur : PIRANHA (2014)




4ème de couverture :

 

Un village écrasé par une chaleur estivale précoce. Trois adolescents désoeuvrés errent en se lamentant qu'il ne s'y passe jamais rien; une mystérieuse troïka se réunit régulièrement pour manger, boire et jouer au carambole; un étrange vagabond apparaît là où personne ne l'attend pour disparaître aussitôt.

Chacun des douze tableaux qui composent ce roman suit un ou plusieurs personnages que le lecteur attentif retrouve ensuite à l'arrière-plan ou hors champ. Leurs histoires anodines forment un kaléidoscope et font apparaître un tableau peint par petites touches dans lequel la torpeur et l'indolence qui se sont emparées des habitants du village masquent mal les frustrations de personnages parvenus au point de rupture.

Pourtant, les événements s'enchaînent : une explosion de voiture dans une usine, une star du tennis qui disparaît, un terrible accident de voiture, un flirt entre adolescents qui tourne mal, une mort inexpliquée...

 

 

Extraits :

 

“Si j'ai appris quelque chose dans ma fichue vie, c'est ceci : être rigoureux avec soi-même, sinon il est trop tôt trop tard.” (Le dos au mur)

 

“Il ne faut pas la diaboliser, la servitude. C'est le mot seulement qui sonne si fort l'inhumain.”(Le dos au mur)



“Il faut être large d'esprit avec les aléas de la vie. De toute façon, ça ne se passe jamais comme on veut.” ( Bredouille)

“Quiconque a grandi dans une famille comme la mienne et l'a quittée pour toujours considère le bonheur comme une grandeur mesurable.” (Pause et cetera)

 

“Après avoir osé, il y a de nombreuses années, sauter du bord de la mauvaise assiette, sur laquelle ma vie presque oubliée entre-temps se trouvait, me voilà, en tout-cas, assis maintenant sur le bord de la bonne. Ce fut un saut possible au dernier instant. Sur mon nouveau bord, je suis on ne peut plus heureux.” (Pause et cetera)

 

“Début et fin. Je suis certain que les deux existent. Mais ils ne sont jamais ce qu’ils semblent être.” (Pat)

 

“Un après-midi d’été prenait son élan. À la fois joyeux et indolent, insouciant et hésitant. Il ne se passait rien. Tout se passait.”



Mon avis :


L’auteur saisit des instants de vie des habitants d’un village. Il fait chaud, très chaud et la saison estivale est bientôt là. En douze tableaux, comme autant de dominos en équilibre, le chaos de la vie des uns a des répercussions sur la vie des autres, comme une dégringolade inexorable. La chaleur attise les mauvais sentiments, les frustrations, les dépressions. Des trois adolescents qui traînent leur ennui comme un boulet à la famille qui se croit heureuse en étant malheureuse et,  en passant par les deux frères qui ne se parlent plus depuis des décennies, épiés par le responsable de la mort de leurs parents, rien n’échappe à la plume lente et pourtant bien affûtée de cet écrivain. Un style différent pour une lecture agréable.

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Juste une mauvaise action

Juste une mauvaise action

 

 

 

 

Elizabeth George

Traductrice : Isabelle Chapman

ISBN : 2258085101

Éditeur : LES PRESSES DE LA CITE (2014)




4ème de couverture :

 

Le sergent Barbara Havers est catastrophé. Hadiyyah, la fille de son cher ami Azhar, a été enlevée par sa mère et aucune poursuite judiciaire n'est possible. Azhar n'a jamais épousé Angelina et l'enfant ne porte pas son nom.

Alors qu'Azahar se désespère, Angelina refait finalement surface avec une nouvelle alarmante : Hadiyyah a été kidnappée sur la place d'un marché toscan.

La police italienne est chargée de l'enquête et Barbara devra prendre les choses en main, frôlant l'incident diplomatique, pour que Scotland Yard intervienne en la personne du célèbre inspecteur Thomas Lynley.

Bien vite, les deux enquêteurs découvrent que l'affaire est beaucoup plus complexe qu'un simple enlèvement...

Du brouillard londonien aux collines ensoleillées de Toscane, Elizabeth George nous emporte, avec cette dix-huitième enquête de Thomas Lynley, dans un tourbillon d'émotions et de trahisons.



Extraits :

 

“En amitié, la loyauté passait avant tout. Mais comment déterminer qui étaient ses amis ? Surtout quand on n'était pas soi-même au clair concernant la nature des sentiments que l'on éprouvait pour eux.”

 

“Un vieux précepte de la police : on ne dévoile pas son jeu avant la fin, et surtout, on n’informe pas quelqu’un qu’on le soupçonne s’il ne se doute de rien.”

 

“Dans une relation, il y a toujours une partie de moi qui n’accroche pas, qui échoue à établir un véritable rapport avec l’autre, qui ne parvient pas à s’épanouir ni à permettre à l’autre de s’épanouir… C’est toute l’histoire de ma vie. Il y a une partie de moi qui est réfractaire à tout contact avec les autres.”

 

“Cette chose que j’ai à l’intérieur se mettra toujours entre moi et les autres.”

 

“Les suppositions basées sur les circonstances sont notre pain quotidien.”

 

“Braver la tempête, c’est ce que je fais de mieux.”



Mon avis :


Une histoire basée sur l’amitié et les conditions de travail.  Le sergent Havers, Barbara de son petit nom est une catastrophe ambulante pour ses supérieurs et certains de ses collègues. La commissaire intérimaire l’a envoyée chez le coiffeur pour une coupe à la mode et présentable mais qui ne correspondait pas à la personnalité de Barbara qui du coup s’est rasée la tête. On rajoute les pantalons de jogging et les tee-shirts à messages existentiels et vous avez une idée du look du sergent. Seul l’inspecteur Lynley, pourtant aristocrate, apprécie sa collègue et aime travailler avec elle. Ce dernier assiste à une représentation de roller derby féminin car dans une équipe se trouve une jeune femme qu’il apprécie. Il ne peut répondre ce soir là à l’appel téléphonique de Barbara, trop de bruit mais lui répondra plus tard dans la nuit. Elle l’appelle à l’aide car la fille de son ami et voisin a été enlevée. L’enquête commence à Londres, se terminera en Toscane, et entre les deux Barbara donnera le meilleur ou le pire d’elle-même, à voir de quel côté on est. Même l’inspecteur Lynley aura du mal à rattraper ses bourdes et à la protéger de la hiérarchie. Mais l’amitié est sacrée et Barbara ne fait jamais les choses à moitié. Ce n’est pas la meilleure enquête de l’auteure, mais la lecture est agréable même si très, très longue.

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Le dernier salaire

 

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Margaux Gilquin

ISBN : 2845638639

Éditeur : XO EDITIONS (2016)



 

 

 

4ème de couverture :

 

Margaux a 48 ans lorsqu'elle perd son emploi. Elle a pourtant tout fait, dans sa vie, pour obtenir une belle situation, passant son bac à plus de trente ans. Tout le monde lui dit qu'elle n'aura aucun mal à retrouver un contrat à durée indéterminée. Mais c'est un voyage éprouvant qui commence… Elle affronte l'arrogance de jeunes DRH, se perd dans les rendez-vous de Pôle emploi, accepte tout ce qui se présente, tracte son CV dans les aéroports, joue les démonstratrices dans des supermarchés, se démenant pour garder la tête haute et l'estime d'elle-même.

Alternant humour corrosif, tristesse et colère, Margaux se bat pour ne pas recevoir un jour son « dernier salaire », terme élégant par lequel elle désigne ses dernières allocations chômage. Et puis, un matin…



Extraits :

 

“Je me dissous.

Je m'oublie.

Je m'efface.

Je m'absente.

Je me quitte.

Je ne suis plus moi.

Je suis déjà l'autre.

Celle qui n'est plus rien.”

 

“On construit des décors où on fait semblant d'être heureux, sans rien écouter de ce que notre corps nous dit, de cette violence que l'on vit quotidiennement.”

 

“Je suis vide de tout, y compris d'attention aux autres.”

 

“Des petits riens qui sont tellement quand on ne les a plus.”

 

“Tout est faux, tout est factice. La vie qu’on nous impose est une comédie où chacun tente d’interpréter un rôle qui n’est pas le sien. Nous ne sommes plus dans la vraie vie. On fait semblant. On fait tous semblant.”



Mon avis :

 

8 ans de chômage et de petits boulots ont permis à Margaux de retarder la descente aux enfers, passer de l’allocation de retour à l’emploi  à l’allocation spécifique de solidarité. Nous ne connaîtrons pas le montant journalier de l’allocation de Margaux mais elle peut conserver son logement et une partie de sa vie d’avant. Si au début de son chômage Margaux était persuadée retrouver un cdi rapidement, ce n’est plus le cas ensuite. Elle se rend compte de la réalité du manque de travail  surtout pour les plus de 50 ans. De remplacements en missions parfois longues, elle cherche son cdi, un travail coûte que coûte et se retrouve à envoyer ou déposer des cv dans la région bordelaise alors qu’elle demeure dans la région parisienne, prête à accepter des boulots alors qu’elle sait qu’elle ne tiendrait pas physiquement. D’ailleurs la maladie ne tarde pas à lui tomber dessus : fibromyalgie, il ne manquait plus qu’elle. Entourée par la famille de sa soeur, elle reprend le dessus. Une autre personne de sa famille lui tend la main après le dernier salaire, un changement de vie radical. J’ai lu ce témoignage avec toute une panoplie d’états d’âme ou de sentiments contradictoires. Margaux m’énerve, m’émeut, me fait rire, mais ne me laisse pas indifférente. D’après ses interviews ce n’est pas une thérapie, plutôt un cri, elle aime écrire, elle dénonce. Je n’en dirai pas plus.


Un grand merci à Babelio et XO Éditions.

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Les oubliés du dimanche

9782226317155-j

 

 

 

 

Valérie Perrin

ISBN : 2226317155

Éditeur : ALBIN MICHEL (2015)



4ème de couverture :

 

Justine, vingt et un ans, aime les personnes âgées comme d’autres les contes. Hélène, presque cinq fois son âge, a toujours rêvé d’apprendre à lire. Ces deux femmes se parlent, s’écoutent, se révèlent l’une à l’autre jusqu’au jour où un mystérieux « corbeau » sème le trouble dans la maison de retraite qui abrite leurs confidences et dévoile un terrible secret. Parce qu’on ne sait jamais rien de ceux que l’on connaît.



Extraits :

 

"Dans la salle à manger, la télévision hurle devant le canapé vide, elle hurle des choses qu'on finit par ne plus entendre."

 

"Il faut écouter dans l'urgence parce que le silence n'est jamais loin."

 

"On a forcément envie de vivre avec quelqu'un qui vous regarde."

 

"Avant, mémé avait la maladie du suicide. Elle semblait aller bien pendant un mois, voire plus, et tout à coup, elle avalait trois boites de médicaments, se mettait la tête dans le four, se jetait du premier étage ou tentait de se pendre dans le débarras."



Mon avis :


Justine travaille dans une maison de retraite et vit chez ses grands-parents depuis toute petite avec son cousin qu’elle considère comme son frère. Leurs parents sont morts dans un accident de voiture. Le tout se passe dans un petit village du centre de la France de quatre cents habitants. Je pense qu’il faut connaître cette région, campagne profonde isolée où il n’y a pas grand-monde et l’accent des habitants pour apprécier à sa juste valeur cette histoire. Justine aime son travail, fait parler les personne âgées et écrit leur histoire, leur vie. Elle le fait avec Hélène qu’elle aime beaucoup. Pendant ses jours de congés elle va danser, boit, et sort avec un jeune homme qui s’appelle : Je-ne-me-rappelle-plus-comment, pour oublier son travail et ne pas penser à ses parents. Si le début de l’histoire commence avec le récit de Justine avec un ton un peu naïf d’une adolescente attardée, et le fait qu’il ne se passe rien dans une maison de retraite d’un tout petit village,  le récit s’emballe d’un coup, le ton de Justine devient ferme, un corbeau sévit à la maison de retraite, le policier qui enquête lui parle du dossier de ses parents, Hélène a un mystérieux visiteur. Le tout devient très agréable, sans temps mort et les enquêtes passionnantes. Un grand bravo au corbeau !

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