la vie de ma voix intérieure

En totale reconstruction après deux années abominables passées en Lozère où j'ai appris que seuls les humains ne sont pas humains, je continue à partager ma passion de la lecture. Vous pouvez apprendre à me connaître à travers les citations.

Le berger

 

Anne Boquel

Le berger par Boquel

EAN : 9782021459654

288 pages

Éditeur : SEUIL (04/02/2021)



4ème de couverture :

Lucie est conservatrice d’un petit musée de l’Oise. Rien ne va vraiment mal dans sa vie, rien ne va vraiment bien non plus. Le jour où une amie l’embarque dans un groupe de prière, son existence prend une couleur plus joyeuse. Elle se sent revivre. D’autant que le Berger et maître à penser de la communauté lui fait intégrer le cercle restreint des initiés. Sans le mesurer, elle consacre bientôt toute son énergie à la Fraternité, négligeant son entourage. L’incompréhension gagne ses proches, qui, désarmés, la voient s’éloigner d’eux. Mais, lorsqu’ils s’en inquiètent, leurs questions se heurtent au silence.

Dans son désordre enfiévré, jusqu’où Lucie poussera-t-elle le zèle ?

 

Extraits :

 

“Alors on se sentait seul, frôlé par des vies inconnues qui nous échappaient totalement et dont on ne saurait jamais rien.”

 

“Elle était fatiguée de faire ce qu'on attendait d'elle.”

 

“Elle se faisait tant d'idées sur les gens ! Le plus souvent, ils se contentaient de vivre, sans que jamais ne les effleure ce qu'on pouvait leur supposer d'émotions ou de sentiments.”

 

“Sa vie prit des contours bien définis, qu’elle ne songeait plus à contester.”

 

Mon avis :

Lucie est une jeune femme à la vie lisse. Conservatrice dans un musée d’art religieux, elle vit seule avec un certain confort matériel, n’arrive pas à conserver des relations amoureuses et va déjeuner le dimanche chez ses parents. Lucie est fatiguée de cette vie, de ce dégoût dont elle ne parvient plus à se débarrasser. Ce mal être lui colle à la peau. Mariette, sa collègue et amie, vit avec sa mère grabataire dont elle s'occupe dans un appartement miteux. Depuis quelque temps elle se change les idées en participant à des prières d’un groupe évangélique : la fraternité. Elle aimerait que Lucie l’accompagne. Cette dernière va résister à cette demande dans un premier temps. Elle ne se voit pas participer à ce genre de manifestation, pas son genre. Mais à force de se sentir mal dans sa peau et de voir Mariette épanouie, elle va accepter de s’y rendre, une sortie comme une autre. Elle est étonnée de voir les gens communier, prier, dans un élan solidaire. Le tout orchestré par un seul homme, le berger. Pas vraiment beau mais sans aucun doute charismatique, entouré de fidèles, alternant attention et indifférence, tous veulent son attention. Lucie va se laisser prendre dans les filets de cet homme. Travaillant énormément pour cette communauté, priant, puis donnant de l’argent, elle va se laisser convaincre de voler des objets religieux du musée pour le bien de la Fraternité. C’était à l’origine un emprunt le temps d’une cérémonie. Lucie s’enfonce et n’a plus qu’une idée en tête : obtenir l’attention et les faveurs du berger.

Lucie va descendre bien bas dans son enfer. Soumise, prisonnière, pratiquement ascète, elle est sous emprise inexorablement.

L’auteure raconte l’histoire de Lucie à la troisième personne et pourtant nous plongeons directement dans le mal être de Lucie et l’angoisse au fur et à mesure du récit. Sans aucun doute Anne Boquel maîtrise son sujet. Ce récit est déstabilisant, angoissant mais surtout bluffant. 

 

Je remercie Masse critique de Babelio et les Éditions Seuil pour cette belle découverte littéraire.

 

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Nature humaine

 

Nature humaine par Joncour

 

 

Serge Joncour

EAN : 9782081433489

400 pages

Éditeur : FLAMMARION (19/08/2020)



4ème de couverture :

La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. À qui la faute ?

 

Extraits :

“Le progrès, c'est comme une machine, ça nous broie.”

 

“Chaque vie se tient à l'écart de ce qu'elle aurait pu être. À peu de chose près, tout aurait pu se jouer autrement.”

 

“Tu sais, gamin, dans la vie, quand on regarde trop loin y a trop de choses qui nous dépassent, et faire de la politique, c'est apprendre à ne plus penser par soi-même, tu piges ?”

 

“Pierrot était un vrai poète, un bon paysan, mais un paysan qui ne mettait jamais le réveil et était souvent en retard sur le soleil.”

 

“La nature est un équilibre qui ne se décide pas, qui s'offre ou se refuse, en fonction des années.”

 

“L'histoire se fait au plus près des êtres, elle influence les vies comme les mains modifient l'argile.”

 

Mon avis :

Une histoire complexe ou plutôt plusieurs histoires en une. Il y a celle d’Alexandre, fils de fermiers dans le lot, qui va devoir reprendre la ferme de ses parents, ses trois sœurs préfèrant l’appel de la ville, de la modernité. Il y a celle de l’époque, la sécheresse en 1976, fin des années Giscard, des premières grandes surfaces et des activistes qui œuvrent contre les centrales nucléaires. Il y a celle de Constanze, grand amour d’Alexandre, qui veut réparer la planète. Et surtout l’avancée de notre monde sur deux décennies, les campagnes sacrifiées par notre désir de nous déplacer vite, toujours plus vite et de manger sans dépenser trop et de posséder tout le confort moderne avec la fée électricité. Ce versant de l’histoire est vertigineux. J’ai trouvé le côté politique et activiste moins intéressant, quand je lis du Joncour j’aime surtout découvrir les gens et leur façon de vivre dans leur monde. J’ai adoré cette famille paysanne qui essaie de composer avec le progrès et leur mode de vie et la question de l’héritage car si les sœurs d’Alexandre préfèrent une vie confortable à la ville, elles demanderont très vite leur part d’héritage forçant Alexandre à faire des choix ne lui convenant pas.  L’histoire d’amour magnifique entre Constanze et Alexandre mais à distance car Constanze, libre comme l’air, parcourt le monde et choisit de vivre en Inde et Alexandre lié à sa terre ne peut la suivre.

J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, déroutée par ce changement de style de l’auteur qui nous emporte dans l’évolution de la société et du monde rural sur une vingtaine d’années, sur ce combat de jeunes adultes clairvoyants, certes, mais obligés de combattre dans la violence des explosifs.

Mais l’épilogue est mon passage préféré avec ces tempêtes de 1999, qui ravagent tout sur leurs passages, privant les habitants de l’électricité et du coup de ce monde moderne. Et qui s’en sort mieux ? Ceux qui ont encore des cheminées ou des poêles, des maisons solides, des postes à piles, des bougies, bref les gens de la campagne.

Je ne me rendais pas compte de la vitesse de l’évolution de cette modernité, peut-être parce que j’ai toujours un pied à la campagne, un pied en ville et que mon cheminement est plus lent. Je garde en tête depuis la fin de cette lecture, l’évolution du téléphone. Je me souviens parfaitement de celui de mon enfance, à cadran, sonnerie stridente, toujours installé dans une pièce de passage. Maintenant j’ai un portable que j’oublie dans un coin d’une pièce ou au fond d’un sac, systématiquement, privant mes proches d’une discussion, d’une info, d’un service, parce que je ne veux pas être esclave de cet objet que je ne pourrais pas recharger sans l’électricité. Objet réduisant les travailleurs, surtout en ce moment, en esclaves virtuels.

Une histoire perturbante mais salutaire à qui veut bien arrêter sa course folle de la vie moderne.

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Fenêtre ou couloir

 

Fenêtre ou couloir par Blanchard-Thomasset

Claire Blanchard-Thomasset

EAN : 9782931080085

88 pages

Éditeur : QUADRATURE (05/12/2020)



4ème de couverture :

« Elle avait déjà décidé, c'est là qu’elle s’installerait. Elle avait retrouvé la vue, elle avait un horizon. Tout à coup, elle respirait mieux. L’air d’ici, elle le sentait, serait vivifiant. Elle serait bien dans cet appartement. De son cinquième étage, elle surplomberait les tracas, regarderait de haut ses chagrins. »

Fenêtre ou couloir ? Contrairement à ce que proposent les compagnies ferroviaires, les choix sont nombreux, changeants et nuancés. Les personnages des dix-neuf nouvelles de ce recueil vivent tous des situations qui questionnent leur place, au sein du couple, de la famille, au travail, ou vis-à-vis d'eux-mêmes : place à trouver, à retrouver, à conquérir, à garder, à ajuster, à accepter ou à quitter.

 

Extraits :

"Ce soir, j'étais libre, je menais la danse, je décidais de ma vie." (Roi et reine p. 14)

 

"Je n'allais donc pas bien. Pour des tas de raisons ordinaires." (Cornes de gazelle p. 25)

 

"Ce n'est pas la première fois que le patron me tombe dessus, d'habitude j'encaisse mieux. J'aurais besoin de sortir, boire un café, fumer une clope, prendre l'air. Évidemment, pas la peine d'y penser." (Sucre et fleur d'oranger p.29)

 

Mon avis :

Dix-neuf personnages pour dix-neuf vies toutes différentes.  La femme soumise qui se révolte lors d’une fête déguisée,  la maîtresse qui passe inaperçue lors des obsèques de son grand amour, la femme âgée qui s’entête à retourner vivre dans un tout petit appartement au cinquième sans ascenseur mais à Paris, l’homme maltraité par son patron, le sénior au chômage qui apprend à profiter de la vie, tous sont arrivés à un moment de leur vie où ils peuvent faire des choix pour en changer le cours, ou laisser en l’état, continuer à subir ou en trouver une certaine satisfaction.

Les mots, les phrases coulent comme un long fleuve tranquille. Pas de choc, de tempête, de drame, juste un cheminement qui amène à se poser des questions. C’est triste, drôle, reposant.

Une petite préférence pour le sénior au chômage qui fait écho à ma situation. C’est truculent.

 Un grand merci aux Éditions Quadrature et à l'opération Masse Critique de Babelio pour cette belle découverte.

 

 

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Betty

 

Betty par McDaniel

Tiffany McDaniel

François Happe

EAN : 9782351782453

Éditeur : GALLMEISTER (13/08/2020)



4ème de couverture :

La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.

Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. À travers la voix de sa jeune narratrice, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

 

Extraits :

 

“N'aie pas peur d'être toi-même. Faut pas que tu vives aussi longtemps pour t'apercevoir à la fin que tu n'as pas vécu du tout.”

 

“Mais j'avais appris que ce n'est pas parce que le temps passe qu'une chose terrible devient plus facile à supporter.”

 

“Tu sais, il faut que tu aies un peu la foi, il faut que tu croies que les choses vont s'arranger.”

 

“Ce serait tellement plus facile si l'on pouvait entreposer toutes les laideurs de notre vie dans notre peau - une peau dont on pourrait ensuite se débarrasser comme le font les serpents. Alors il serait possible d'abandonner toutes ces horreurs desséchées par terre et poursuivre notre route libéré d'elles.”

 

“Ma mère était l'une de ces petites filles malheureuses, et elle a enduré le genre d'enfance que vous fuyez le plus possible. Sauf si vous n'avez nulle part où fuir.”

 

“J'étais certaine d'être en mesure de porter les choses les plus pesantes qui soient sur terre.”

 

“Sans racines, on est balloté au gré du vent.”

 

“Pour faire disparaître quelqu'un sous son talon, il faut bien marcher dessus aussi longtemps que nécessaire.”

 

“Nous avons trop d’ennemis dans la vie pour en faire nous-mêmes partie.”

 

“Aussi belle que puisse être la pâture, c’est la liberté de choisir qui fait la différence entre une existence que l’on vit et une existence que l’on subit.”

 

“J’ai commencé à me définir, et à définir mon existence, en fonction de ce qu’on me disait que j’étais, c’est-à-dire rien. À cause de cela, la route de ma vie s’est rétrécie en un sentier obscur, et ce sentier lui-même a été inondé, se transformant en un marécage où il m’a fallu partager.”

 

Mon avis :

C’est Betty, née dans une baignoire, qui nous raconte l’histoire de sa famille. La rencontre improbable de ses parents, mère blanche et blonde, père cherokee, dans un cimetière. La naissance des ses frères et sœurs, la vie nomade de ses parents qui traversent les Etats-Unis, incapables de s’installer dans un endroit. Jusqu’au jour où la mère de Betty demande à retourner dans sa région natale, l’Ohio, et d’y rester. Une vieille maison maudite selon la légende locale, un beau terrain pour que le père puisse cultiver ses plantes médicinales qu’il vend aux villageois et surtout un retour dans la souffrance vive de la mère. De pauvreté en racisme et secrets de famille, nous traversons l’enfance de cette fratrie.

C’est aussi une histoire de femmes et de  transmission, de ne pas savoir protéger ses enfants, de faire ce que l’on peut malgré tout. Betty va le découvrir dans la violence, l’écrire pour poser les maux, l’enfermer dans des bocaux et enterrer le tout.

Le père, lui, essaie de sauver son petit monde. Il raconte à ses enfants des légendes cherokee où les femmes tenaient un rôle important, leur donne l’amour des plantes et de la terre, leur apprend le partage et la solidarité, la fierté et l’humilité. C’est le personnage lumineux de cette histoire.

Il y a un moment fort dans ce récit où la mère de Betty se rend compte que malgré la mort de son bourreau elle gardera cette douleur intense dans sa chair et son esprit. Qu’il ne sert à rien de fuir, il faut affronter, vivre avec.

Betty, gardienne des traumatismes familiaux mais héritière de la lumière paternelle, devra construire sa vie avec une résilience certaine.

 

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Les gratitudes

 

Les gratitudes par Vigan

 

Delphine de Vigan

EAN : 9782709663960

192 pages

Éditeur : J.-C. LATTÈS (06/03/2019)

 

4ème de couverture :

“Vous êtes-vous déjà demandé combien de fois dans votre vie vous aviez réellement dit merci ? Un vrai merci? L’expression de votre gratitude, de votre reconnaissance, de votre dette. À qui ?

On croit toujours qu’on a le temps de dire les choses et puis soudain c'est trop tard”


Extraits :

“Me reviennent les instants partagés. D'autres ont disparu. Et s'inventent ceux que j'ai manqués.”

 

“Elle cherchait un mot et en rencontrait un autre. Ou bien ne rencontrait rien, que le vide, un piège qu'il fallait contourner.”

 

“Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l'absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d'un prénom, d'une image, d'un parfum. Je travaille avec les douleurs d'hier et celles d'aujourd'hui. Les confidences.”

 

“Mais les mots abîment, vous savez. Les insultes, les injures, le sarcasme, la critique, le reproche sont des empreintes ineffaçables. Et ce regard qui juge, qui cherche le point faible. Et puis les menaces. Cela laisse des traces, vous savez. C'est difficile ensuite d'avoir confiance. De s'aimer soi-même.”

 

“Parfois il faut assumer le vide laissé par la perte. Renoncer à faire diversion. Accepter qu’il n’y a plus rien à dire.”



Mon avis :

C’est un texte court, délicat et doux, sur une fin de vie en Ehpad, sujet pourtant bien difficile.

Michka ne peut plus vivre seule et Marie, sa jeune voisine, n’arrive plus à s’occuper d’elle correctement. Michka va vivre en Ehpad, avec quelques exigences dont sa bouteille de whisky pour les moments pénibles, très peu d’affaires, les mots qui se font la malle et un regret : ne pas avoir retrouver les gens qui l’ont accueillie, quand elle était enfant, pour les remercier. Michka a fait la même chose avec Marie, l’accueillant quand sa mère perdait pied. Marie savoure cette relation et sait à quel point Michka l’a sauvée de bien des déboires. Elle est douce, patiente, aimante comme Mishka.

Un troisième personnage va entrer dans cette fin de vie : Jérôme, l’orthophoniste, celui qui sauve les mots. Aussi doux que les deux autres. Ce qu’il cherche la première fois en rencontrant ces pensionnaires qui sont constamment dans l’attente et l’ennui, c’est l’image de la personne d’avant. Il ne peut s’empêcher de traquer cette image, de tenter de la ressusciter.  Ce qui le sidère après dix ans de pratique c’est la pérennité des douleurs d’enfance,

Entre les visites de Marie et de Jérôme, Michka essaie de s’habituer à sa nouvelle vie, ne se reconnaissant pourtant pas dans les autres pensionnaires. Certes, elle a perdu les mots mais fait sa toilette seule et supporte assez difficilement les intrusions des aides-soignantes dans sa chambre. Marie va tout faire pour le confort de sa protégée malgré sa grossesse difficile et Jérôme s’occupera de cette blessure d’enfance.

Puis un jour, Jérôme s’avoue vaincu, il connaît le point de bascule, il sait que la bataille est perdue.

Et il faut accepter. Accepter de ne plus faire semblant, accepter le départ, la perte et le vide.

 

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Le tako Tsubo

 

Le Tako Tsubo: Un chagrin de travail par Laufer

Danièle Laufer

EAN : 9791020905215

160 pages

Éditeur : LES LIENS QUI LIBÈRENT (27/09/2017)




4ème de couverture :

Des millions de personnes souffrent du stress dans le monde du travail. Comme l’auteure de cet ouvrage, qui s’est retrouvée en soins intensifs de cardiologie, victime d’un Tako Tsubo (piège à poulpe en japonais).

Cette pathologie spectaculaire, récente et énigmatique (le ventricule gauche se dilate puis reprend sa forme au bout de quelques heures), pose question. On l’appelle aussi le syndrome du cœur brisé. Tous les spécialistes s’accordent : le stress en est le déclencheur. Petites violences de la vie de bureau et de certains modes de management, absence de reconnaissance, perte de sens, conflits de valeurs, conditions de travail inadaptées, absurdité des procédures… Ces souffrances semblent difficiles à partager, tant le simple fait d’avoir un travail est considéré de nos jours comme un privilège. Tout cela finirait-il par user le cœur à bas bruit et provoquer un chagrin qui conduirait ses victimes aux urgences ?

Dans ce livre mêlant scènes de sa vie quotidienne et enquête auprès de médecins ou de spécialistes du monde du travail, Danièle Laufer remonte le fil du malaise qui touche des millions de personnes.

 

Extraits :

“J'avais l'impression de m'effondrer, comme un immeuble bourré d'explosifs qui retombe sur lui-même dans une avalanche de parpaings. Les dents serrées, ne surtout rien donner à voir.”

 

“Je suis habituée à vivre en état de choc au boulot. Et à n'en rien donner à voir. Je surveille constamment mes paroles et mes attitudes.”

 

“On apprend à se blinder, à feindre l’indifférence, à sourire quand on a envie de mordre, à oublier qu’on a envie de mordre et parfois de pleurer.”

 

“Je suis épuisée. Je n’ai jamais été aussi fatiguée ni aussi sensible de ma vie. J’essaie de me reconstruire, d’apprendre à me protéger.”

 

“À ce stade, je pense que ce qui m’a fracassé le coeur, c’est que je n’ai pas su me protéger de la brutalité et des injonctions paradoxales d’un monde du travail qui demande tout et son contraire et nous fait parfois perdre notre humanité en mobilisant pour notre survie ce qu’il y a de plus laid en nous, ce qui est le plus loin de ce que nous croyons ou voudrions être.”

 

“Culture d’entreprise où le goût du secret règne, refus de se mêler de ce qui ne les regarde pas directement, quoi d’autre ?”

 

“En l’occurrence, la mort n’était pas le pire. Ce n’est pas un drame pour moi. Le pire, c’était l’état de tension dans lequel je vivais.”

 

“Pendant des mois, j’ai enduré les silences soudains quand j’entrais dans notre espace commun, les soupirs exaspérés quand je tapais sur mon clavier, les regards sous-entendus… Et les accusations de parano dans la foulée.”

 

“Ça ne fait pas longtemps que j’ai compris qu’il ne sert parfois à rien de parler. Les mots n’ont pas le même sens pour tout le monde.”

 

“Comment vais-je pouvoir me sortir d'affaires sans y laisser ma peau ?”

 

“On se dédouble, on dépersonnalise, on perd le contact avec soi-même et on s’épuise. Ce n’est pas un choix, mais une stratégie de survie inconsciente.”

 

“L’invisibilité sociale est une forme subtile d’humiliation. On ne regarde, on ne voit que ceux auxquels on accorde une valeur.”

 

“Dans cette dure réalité, rien n’est dit, tout est signifié chaque jour dans les petites vexations, les exigences futiles, les décisions hâtives.”

 

Mon avis :

J’enquête sur ce qui m’est arrivé lors de mon dernier remplacement, qui devait être de cinq mois pas de deux ans dans un service social. J’ai travaillé dans le sordide de la vie des gens, dans la violence extrême. Mais cette violence, parfois, était à l’intérieur du service. D’hypotension depuis toujours, je me suis retrouvée aux urgences cardio pour de l’hypertension un matin à 8h30, plus de 15 de tension.J’ai résisté un an et demi de plus et  l’histoire s’est mal terminée, alors pour me reconstruire et rebondir même si la terreur de retravailler dans les mêmes circonstances est toujours là,  et en plus du suivi médical, traitement à vie, psy et des séances d’EMDR, j’enquête.

Le titre de ce livre ne me plaisait pas plus que ça mais l’auteure l’explique bien dans son récit ; cet état est celui d’une personne à bout de souffle.

Danièle aime son travail même si elle doit demander l’autorisation pour tout ce qu’elle écrit et que ses articles passent par la censure. Elle explique bien que cette ambiance délétère n’est pas seulement le fait de ses collègues mais ne serait-ce que de la place physique de chacun dans une pièce ridiculement petite où les bureaux s’entassent et les meilleures places réservées aux plus hargneux (dans mon cas deux bureaux et deux téléphones pour trois secrétaires), les différentes réorganisations et les changements de logiciel, les nouvelles consignes. Elle a défendu son gagne pain et sa présence comme elle le pouvait mais du coup était cataloguée comme agressive, pourtant elle passait sur beaucoup de choses insignifiantes qui se sont retournées contre elle par la suite. Les réunions qui se transforment en pugilat, en tribunal. La fatigue extrême et la nervosité, les essais d’explications de son état à la famille et aux amis qui en ont marre puisque pas concernés et ce coeur qui s'affole en permanence. La peur d’y retourner matin après matin, les recherches de solutions pour s’en sortir, la médecine du travail impuissante, les collègues qui partent malades ou pas les uns après les autres, tout y est.

J’ai vécu ce témoignage et je l’ai lu sans reprendre mon souffle jusqu’à l’épilogue. Ces histoires se finissent toujours mal et Danièle reconnaît qu’elle aurait dû abandonner plus tôt, plus vite, mais elle s’est accrochée à ce travail qui lui permettait de vivre tout simplement. Quel est le plus important selon vous : se retrouver sans travail en bonne santé ou être malade et sans travail ? Non, ne cherchez pas il n’y a pas d’autre choix.

Un ouvrage à lire si vous êtes concerné. J’avoue que je ne l’aurais pas lu de la même façon si je n’avais pas vécu cette situation. Un grand merci à Petitsoleil pour ses listes sur le monde du travail.

Le mot de la fin avec une citation de David Foenkinos : Elle sortit subitement prendre l’air. Je pense souvent à cette expression prendre l’air. Cela veut dire que l’on va ailleurs pour le trouver. Cela veut dire littéralement : où je suis, je m’asphyxie.

 

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Broadway

 

Broadway par Fabcaro

Fabcaro

EAN : 9782072907210

Éditeur : GALLIMARD (20/08/2020)

 

4ème de couverture :

Une femme et deux enfants, un emploi, une maison dans un lotissement où s'organisent des barbecues sympas comme tout et des amis qui vous emmènent faire du paddle à Biarritz... Axel pourrait être heureux, mais fait le constat, à 46 ans, que rien ne ressemble jamais à ce qu'on avait espéré. Quand il reçoit un courrier suspect de l'Assurance maladie, le désenchantement tourne à l'angoisse. Et s'il était temps pour lui de tout quitter ? De vivre enfin dans une comédie musicale de Broadway ? 

 

Extraits :

“Juste ne s'accorde pas avec tout.”

 

“Et de la même manière qu'on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas ses beaux-amis, ils nous sont imposés par l'amitié de nos conjoints respectifs.”

 

“Se redonner une existence par l'absence.”

 

“Et je lui presse l'épaule avec un sourire franc et après tout peut-être y a-t-il aussi une place en ce bas monde pour ceux qui se tiennent à la rampe.”

 

“Figurez-vous que depuis quelque temps tout me semble lourd et pesant et oppressant et étouffant, cette impression de subir, subir en permanence, subir absolument tout, sans rien maîtriser, n’avoir de prise sur rien, cette sensation de ne rien décider, de passer à côté de tout.”

 

“Et je maudis ce c’est parfait qui a pourri toute mon existence, qui jaillit malgré moi, incontrôlable; dès lors que s’impose à moi une opportunité dont je ne veux pas.”

 

Mon avis :

Vous connaissez le petit grain de sable qui va vous pourrir la journée si tout va bien, des semaines si vous êtes de nature angoissée ?  Axel le connaît bien. Pour lui c’est le courrier qu’il reçoit de la caisse d’assurance maladie pour un dépistage. Pourtant tout allait  bien jusqu’à ce jour. Marié, deux adolescents, une maison dans un lotissement, un voisin, certes un brin intrusif, mais avec qui il partage un apéritif tous les trois mois, un bon job et des amis.

Il se demande pourquoi lui ? La machine à ruminations est lancée. Les amis qui décident de faire du paddle à Biarritz cet été, qui sont plutôt les amis de sa femme et il n’a aucune envie de ces vacances mais il n’ose pas donner son avis, le voisin avec qui il boit du whysky tous les trois mois alors qu’il déteste cette boisson, se rendre à la convocation du lycée et se retrouver devant cette femme pour découvrir le dessin de son fils, deux professeurs en train de copuler et devoir expliquer le geste, ou plutôt trait de crayon  de son fils, les collègues et le boss, et sa fille qui lui demande d'aller brûler un cierge pour que sa rivale devienne borgne, tout y passe.

De temps en temps, Axel se réfugie mentalement dans un coin du Monde. Il est attablé avec un bon verre, des enfants jouent au foot devant lui, de belles femmes lui parlent par-dessus son épaule, des amis parlent foot,il fait beau et chaud le bonheur. Juste le temps de se ressourcer et il repart dans ses ruminations.

C’est très drôle quand on ne le vit pas. Une mention spéciale pour le texto qu’Axel envoie en pleine nuit en se trompant de destinataire, cela ne va pas arranger ses ruminations.

Prenez votre souffle avant de commencer cette histoire, les phrases sont très longues parce que les ruminations le sont aussi très souvent, font perdre les moyens et coupent la respiration.

Cet homme nous donne une leçon de vie : ne pas tout accepter, parler, savoir dire non et donner son avis, même si l’envie première est qu’on nous fiche la paix.

 

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De si bons amis

 

De si bons amis par Maynard

Joyce Maynard

EAN : 9782264070814

360 pages

Éditeur : 10-18 (16/01/2020)

Traductrice : Françoise Adelstain

 

4ème de couverture :

Divorcée, Helen a perdu la garde de son fils pour conduite en état d’ébriété. Depuis, elle cumule les petits boulots pour joindre les deux bouts. Un bien triste tableau à l’aube de la quarantaine. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’Ava et de Swift Havilland. La soixantaine rayonnante, ils sont généreux, brillants, délicieusement excentriques  et - chose extraordinaire - semblent désireux de faire entrer Helen dans leur cercle intime ! Très vite, ils deviendront ses meilleurs amis mais aussi ses employeurs, et surtout la famille qu’elle n’a jamais eue, grâce à laquelle elle pourrait bientôt récupérer son fils. Mais de la bienveillance au paternalisme le plus pervers, il n’y a qu’un pas. Peu à peu, le couple tisse sa toile machiavélique.



Extraits :

“En grandissant, j'ai appris au moins une chose : comment ne pas ressembler aux deux êtres responsables de ma naissance.”

 

“Je n'avais pas encore imaginé que je pouvais choisir les orientations de ma vie. J'attendais de voir ce que les gens voulaient de moi, et si l'on me faisait une suggestion, je l'acceptais.”

 

“L’amour ne se manifeste pas toujours de façon évidente. Tout un chacun n'éprouve pas le besoin de crier au monde entier et à longueur de journée quel couple fantastique il forme avec son partenaire. Certains expriment leurs sentiments par leur comportement.”

 

“Perdre est une chose. Regretter une perte qu’on aurait pu éviter avec un peu plus de jugeote est pire encore.”

 

“Amis. Un mot lourd de sens. Je connais des gens qui, parlant de leurs rapports avec une certaine personne, tiennent à préciser “nous sommes juste amis, vous savez “, comme s’il s’agissait d’un type de relation inférieur à celui qui lie des amants ou des prétendues âmes soeurs.”

 

Mon avis :

Helen travaille comme serveuse dans une soirée quand elle rencontre Ava Havilland. Elle est dans une situation pénible, a perdu la garde de son fils car alcoolique et le mettant en danger, se rend aux réunions des alcooliques anonymes, cumule les petits boulots de serveuse pour régler ses dettes, est inscrite sur un site de rencontre. Bref, Helen survit dans un marasme sans fin. Helen n’a pas de famille, a une amie sincère mais discrète, alors quand elle rentre dans la vie d’Ava et Swift Havilland, elle trouve en eux la chaleur d’une famille. Très vite les Havilland veillent sur Helen, sur son habillement, son talent de photographe et ses relations amicales et amoureuses. Ils sont excentriques, généreux, beaux dans leur bonté : ils recueillent des chiens abandonnés. Helen qui depuis toujours a l’impression d’être invisible aux yeux des autres, trouve son refuge, elle y trouve son compte et ne se rend pas compte de l’emprise de ses amis sur sa vie et celle de son enfant. De vagues promesses pour l’aider à récupérer son fils, du travail bien rémunéré, la toile est tissée.

C’est Helen qui nous raconte cette amitié qui a duré un an. Alors qu’elle n’a pas revu les Havilland depuis une bonne décennie, elle croise Ava en voiture et se remémore cette période de sa vie, l’histoire d’une amitié toxique.

Le style est simple comme une vie, n’empêche que l’étau va se resserrer au fil du récit d’Helen. Nous aussi, lecteurs, sommes sous emprise. L’angoisse est présente, nous obligeant à rester et à tourner les pages pour connaître l’épilogue. Du grand art.

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Cité Gagarine - On a grandi ensemble

 

Cité Gagarine : On a grandi ensemble par Tragha

Adnane Tragha

EAN : 9782709666978

192 pages

Éditeur : J.-C. LATTÈS (14/10/2020)



4ème de couverture :

La cité Gagarine : 13 étages, 5 cages d'escaliers, 350 logements, des centaines de familles, 60 ans d'histoire. Inaugurée par Youri Gagarine, modèle des banlieues rouges, la cité est devenue au fil des années une zone sinistrée. Elle fait partie de ces lieux qu'on imagine sans les connaître, qu'on voit - muraille de briques rouges aux portes de Paris - sans y pénétrer. Aujourd'hui sa destruction est programmée : elle est grignotée, pour laisser la place à un éco quartier.

Les tours vont disparaître. Adnane Tragha est réalisateur. Il est né en 1975 à Ivry sur Seine et jusqu'à ses 28 ans il a vécu face à la cité Gagarine. Il donne la parole à ceux qu'on n'entend jamais et qui ont été des figures de la cité : Loïc, rappeur, Samira, chercheuse à Harvard, Franck, employé municipal, Yvette qui a créé une troupe de théâtre, Daniel, le dernier gardien... Leurs souvenirs se mêlent aux siens, à l'Histoire.

Personne ne dit mieux la fin des banlieues rouges, la tentation du repli communautaire, les filles invisibles, le sentiment d'exclusion mais aussi l'élan, la solidarité, l'énergie, la belle révolte, la mémoire des murs et des hommes.

 

Extraits :

“Une cité, c'est souvent comme un village où les arbres ont été remplacés par une forêt de béton.”

“C'est à travers les yeux des autres et les paroles des autres que tu sens que tu as chuté d'un cran.”

“En général, lorsqu'on a vécu longtemps à un endroit, il paraît légitime d'aspirer à autre chose.Un autre environnement, moins familier, moins précaire, moins hostile.”

“J’ai lié des amitiés avec des gens avec qui je n’aurais jamais cru ça possible et ça permet de dissiper les préjugés. Les tiens et les leurs.”

 

Mon avis :

En choisissant ce livre je voulais d’abord retrouver une ambiance, l’ambiance d’une partie de mon enfance. Regarder également l’intérieur vintage des appartements, les couleurs des photos de l’époque. Mes souvenirs de nos rires d’enfants, de nos jeux, de notre trajet pour l’école en groupe. Mais, je n’ai rien retrouvé de mes souvenirs de gamine car ayant une bonne dizaine d’années de plus que l’auteur, l’ambiance dans ma cité était autre. Les pères avaient du travail, les mères complétaient avec des heures de ménage ou un poste de vendeuse ou caissière à temps partiel. Les enfants, garçons et filles, français ou pas, noirs, blancs, crèmes, jaunes, étaient priés de ramener de bonnes notes de l’école, de ne pas traîner et de participer à la vie pratique du foyer. Tout essai de rébellion était tué dans un lancer de mule et croyez-moi, ça fait mal.

Tout n’était pas rose dans nos cités, il y avait l'alcoolisme de certains, la drogue, des délinquants mais rien à voir avec cette ambiance de la jeunesse d’Adnane.Ce qui me choque surtout, c’est l’apprentissage de l’appartenance à la France pour ces jeunes qui y sont nés et les communautés séparées.

Malgré tout, l’amour de ces gens pour leur cité vouée à la destruction est réel. La nostalgie est bien présente.

J’ai eu un coup de cœur pour l’histoire d’Yvette qui pensait être de passage dans cette cité en attendant un avenir meilleur et qui s’est adaptée en apportant et partageant sa joie de vivre et l’amour du théâtre.

 

Merci à Masse critique de Babelio et aux Éditions JC Lattès

 

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La danse du temps

 

La danse du temps par Tyler

Anne Tyler

Cyrielle Ayakatsikas (Traducteur)

EAN : 978B07PZWV1GK

266 pages

Éditeur : PHÉBUS (04/04/2019)

 

4ème de couverture :

Trois évènements ont été déterminants dans la vie de Willa Drake : la disparition de sa mère, quand elle avait onze ans ; la demande en mariage  qu’elle reçut à vingt-et-un an ; l’accident qui la laissa veuve à quarante-et-un an. Chaque fois Willa finit par prendre un chemin que d’autres avaient tracé pour elle. Alors quand, à soixante-et-un an, elle reçoit un coup de téléphone lui annonçant que sa belle-fille Denise s’est fait tirer dessus et que sa petite fille Cheryl a besoin d'elle, Willa décide de faire enfin un choix personnel. tant pis s’il s’agit d’une erreur de numéro : elle file à Baltimore devenir grand-mère !



Extraits :

"Elle se sentait vidée, creusée de l'intérieur. Et aussi furieuse, à vrai dire."

 

"À sa connaissance, elle était la seule femme dont le principal objectif était qu'on ne se soucie pas d'elle."

 

"Parfois, Willa avait le sentiment d'avoir passé la moitié de sa vie à s'excuser pour le comportement d'un homme."

 

"Elle  avait l’impression d’être une adulte responsable dans le corps d’une petite fille. Et pourtant, paradoxalement, elle avait désormais souvent le sentiment qu’une enfant de onze ans se cachait dans son corps d’adulte et observait le monde."

 

Mon avis :

Willa et sa petite sœur Elaine vivent dans un foyer modeste entre un père calme, rassurant, aimant et une mère volcanique qui n’hésite pas à les frapper. Il n’y a qu’une voiture pour ce foyer et quand la mère disparaît avec un beau jour, le quotidien du père, professeur, et des deux petites va s’avérer difficile et les journées interminables. Willa doit s’occuper de sa petite sœur, la préparer pour le départ à l’école, ranger la maison, faire le ménage et essayer de préparer un repas pour eux trois. La mère reviendra, mais les deux fillettes garderont toute leur vie ce sentiment d’insécurité qui va définir leur vie d’adulte.

Willa cherchera le confort et l’aisance avec son premier mari, Derek. Deux fils, une belle maison mais un mari un peu nerveux qui provoquera vingt ans après leur mariage un accident de la route où il trouvera la mort.

Elle rencontrera un autre compagnon, avocat à la retraite, qui prend tout en charge et elle continue sa vie dans un confort ouaté, dans une vie sans surprise.

Jusqu’à un appel téléphonique quand elle arrive à la soixantaine. Une urgence. Son numéro est sur la liste des personnes à prévenir. La mère de sa petite fille est à l’hôpital blessée par balle, il faut qu’elle se déplace à Baltimore pour récupérer et s’occuper de la petite Cheryl. C’est une erreur, Cheryl n’est pas la petite fille de Willa, juste l’enfant d’une ancienne petite amie de son fils. Cet appel est arrivé à la bonne période de la vie de Willa et elle n’hésite pas longtemps avant d’organiser son voyage à Baltimore.

La maison de Denise et Cheryl se trouve dans un quartier populaire où les habitants sont assez solidaires. Les meubles ne sont pas de première jeunesse mais Willa en découvrant l’ambiance de ce foyer se sent bien. Pourtant elle devrait ressentir de la pitié  d’une telle frugalité mais ce qu’elle ressent c’est de l’envie. Cheryl est une enfant dégourdie, gaie, bavarde. Denise, après un bref séjour à l’hôpital, rentre chez elle et demande à Willa de rester encore pour l’aider. Malgré les sollicitations de son mari pour faire cesser cette aventure, Willa décide de rester. 

Elle fait connaissance des voisins qui passent tous à un moment ou à un autre de la journée voir Denise. Elle se balade dans le quartier avec le chien et s'occupe de la logistique de la maison.

Willa va comprendre qu’elle a subi toute sa vie à cause de ce sentiment d’insécurité, qu’elle a toujours fait ce que les autres attendaient d’elle et qu’à soixante ans elle est toujours dans la tête de cette petite fille de onze ans abandonnée par sa mère et choquée et qu’il est temps de changer. 

Le bouleversement sera certes violent pour l’entourage de Willa, mais tellement salvateur pour elle. Il était temps !

J’ai adoré cette histoire de femme qui brise son carcan à l’automne de sa vie comme un message d’espoir.

 

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