la vie de ma voix intérieure

En totale reconstruction après deux années abominables passées en Lozère où j'ai appris que seuls les humains ne sont pas humains, je continue à partager ma passion de la lecture. Vous pouvez apprendre à me connaître à travers les citations.

La maison aux orties

 

La maison aux orties

Vénus Khoury-Ghata

ISBN : 2742760229

Éditeur : ACTES SUD (08/03/2006)




4ème de couverture :

 

Si les morts voulaient bien rester tranquilles, les écrivains pourraient inventer leurs histoires en toute quiétude.

Hélas, au moment où Vénus Khoury-Ghata commence ce nouveau livre, elle ne soupçonne pas dans quels conciliabules ses défunts vont l'entraîner.

C'est d'abord sa mère - pourtant analphabète - qui se penche par-dessus ses pages d'écriture, l'interpelle, la critique et y va de ses propres commentaires.

Surgit cette maison d'enfance entourée d'orties, où planent les ombres d'un père menaçant et d'un frère trop fragile dont l'amour de la poésie fut traité, mais nullement guéri, aux électrochocs.

Puis la silhouette de Jean, l'époux aimé, trop tôt et trop cruellement décédé. Et celle de M., peintre fantasque et narcissique, aux impérieuses prétentions de consolateur...

On n'en finit pas de vivre avec ceux qui ont fait de nous ce que nous sommes.

Voilà pourquoi ce roman aux inflexions très personnelles improvise une musique orphique, mystérieuse et envoûtante, œuvre de poète autant que de mémorialiste, à lire et à entendre telle une élégie, pour que vienne la nécessaire paix intérieure.



Extraits :

 

“Penchée par dessus mon épaule, mon analphabète de mère me dicte ses espoirs et ses désillusions.”

 

“Casser, faire du vacarme, produire du bruit est ma seule arme contre l'immobilité de l'air et celle du temps.”

 

“Il m’est impossible de fait la part du vrai et de l’inventé, de démêler la masse compacte faite de mensonges et de vérités.”



Mon avis :

 

Livre choisi à la médiathèque du village pour son titre. Besoin de réconfort et c’est ce que représente la maison. Les orties me faisaient penser à l’enfance, la nature.

Mais dans ce récit poétique, la maison aux orties est celle de l’enfance de Vénus. Sa mère analphabète et dépassée par les tâches journalières, laisse le jardin à l’abandon, alors les orties poussent griffant les jambes à chaque passage. Son père, un peu brute sur les bords ne fait que passer dans le récit surtout pour maltraiter le frère de Vénus, jeune homme différent, ne correspondant pas à l’idée que le père se faisait de son fils. Ils sont tous les trois décédés mais restent dans la vie de Vénus, surtout sa mère, qui regarde ses écrits par dessus son épaule en critiquant ou donnant ses avis, elle qui n’a jamais su lire.

Puis il y a Jean son amour, mort aussi, qui ne la laisse pas, il apparaît, lui parle, la conseille. Puis l’amant consolateur qui philosophe et ordonne un peu.

Vénus doit vivre et fait vivre ses morts. ses cris deviennent des écrits, ses chagrins, des regrets.

Comment faire le deuil de tous ces êtres aimés ?

C’est la mort du chat de son voisin, voisin un brin acariâtre et encombrant, qui va délivrer Vénus et lui permettre de laisser partir ses chers disparus.

Très beau texte.



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Goliarda Sapienza, telle que je l'ai connue

 

 

Goliarda Sapienza, telle que je l'ai connue par Pellegrino

Angelo Pellegrino

ISBN : 2370550538

Éditeur : LE TRIPODE (19/03/2015)





4ème de couverture :

 

Dans ce texte émouvant, le dernier compagnon de Goliarda Sapienza nous livre un portrait inédit de l’auteur de L’art de la joie, de Moi, Jean Gabin et de L’université de Rebibbia. On y redécouvre les arcanes d’une de personnalités les plus singulières de la littérature contemporaine, depuis l’univers hors norme de son enfance en Sicile à ses errances romaines, ses contradictions et les mouvements d’une vie qui la plongèrent dans les désespoirs les plus profonds comme les joies les plus minérales.

Goliarda Sapienza voulait que la littérature et la vie se rejoignent, ne fassent qu’un. Grâce au témoignage amoureux d’Angelo Maria Pellegrino, il est possible de comprendre à quel point cette exigence la poussa au plus loin de l’existence.



Extraits :

 

“Pour elle, il n'y avait qu'une unité de mesure du temps : la journée. À l'intérieur de celle-ci, il fallait accomplir tout ce qui pouvait rendre la vie digne d'être vécue.”

“Sauvegarder sa santé et son intelligence, voilà la première nécessité, face aux attentats continuels que n'importe quel système, y compris le système démocratique, perpètre toujours contre l'individu.”

“Quelquefois, pas souvent, et surtout jamais gratuitement, elle était portée à la mélancolie, quand elle pensait à la façon dont la vie peut être détruite, même si elle renaît ensuite.”



Mon avis :

 

J’ai découvert Goliarda Sapienza avec Moi, Jean Gabin. L’écriture particulière pour décrire sa vie de petite fille dans une Italie entre deux guerres, dans une famille intellectuelle fantasque a aiguisé ma curiosité : j’avais envie de découvrir le parcours de Goliarda.

Un portrait de femme écrit par un amoureux admirateur, le compagnon de Goliarda. Une femme qui se bat contre ses démons mais qui pratique quotidiennement l’art de la joie, l’acceptation sereine de son existence. Quelques rituels pour tenir, une solitaire qui sait vivre en société et amie fidèle. Marginale quelquefois, libre toujours, Goliarda peine à faire publier ses écrits.

Quelques dépressions qui la conduiront à attenter à sa vie, elle mourra beaucoup plus tard d’une chute dans un escalier alors que son coeur lâche.

Son roman, L’Art de la joie, oeuvre magistrale, sera publié après sa mort.

Un texte pudique et rempli d’amour.

 

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Les loyautés

 

Les loyautés par Vigan

Delphine de Vigan

ISBN : 2709661586

Éditeur : J.-C. LATTÈS (03/01/2018)



4ème de couverture :

 

Chacun de nous abrite-t-il quelque chose innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révèlerait  sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ?



Extraits :

 

"C'est étrange, d'ailleurs, cette sensation d'apaisement lorsque enfin émerge ce que l'on refusait de voir mais que l'on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire."

 

"C'était une femme que la vie n'avait pas épargnée. Une femme dont le rêve avait été piétiné et qui tentait de faire bonne figure."

 

"Je sais que les enfants protègent leurs parents et quel pacte de silence les conduits parfois jusqu'à la mort."

 

"Mon imposture est à l'origine du désastre."

 

Mon avis :

 

Hélène est enseignante. Attentive aux autres, une dose élevée d’empathie. Enfant maltraitée violemment par son père, sa mère a préféré ne rien voir. Une survivante Hélène.

Alors quand elle croise les yeux de Théo, son élève, elle voit, elle sait, la souffrance est là, invisible aux yeux des autres.

Théo est fils de divorcés. Un père qui a trompé sa mère puis s’est retrouvé seul, sans travail, sans allocations. Alors loin de toutes responsabilités, il se laisse mourir, gavé d'antidépresseurs, ne se levant que rarement, ne se lavant plus. Théo vit avec son père une semaine sur deux. Garde partagée. Théo est le père de son père. Quand il rentre chez sa mère, il doit se déshabiller entièrement et se laver. Il doit éviter de croiser le chemin de sa mère dans l’appartement, éviter de ressembler à son père, d’en parler. Sa mère lui en veut, d’exister, d’être là. C’est une femme usée et aigrie.

Alors Théo boit, s’enivre même dans les couloirs du collège. Le but est de boire assez pour ne plus être là, de ne plus avoir conscience de ce qu’il se passe autour de lui, dans sa vie.

Il entraîne Mathis son meilleur ami. Une vie plus stable que celle de Théo mais une mère qui a du mal à s’assumer, soumise à son mari  et qui vient de faire une terrible découverte. Elle voit bien que Mathis ne va pas bien mais elle n’arrive pas à réagir.

Les personnages sont en place. Hélène fera ce qu’elle peut et plus encore pour alerter,  Théo fera ce qu’il peut et plus pour ne plus penser. Ils sont face à l’indifférence des adultes, des normaux, de ceux qui attendent les drames pour voir.

Delphine De vigan jongle avec les mots, percute nos sentiments, nous met en face de notre lâcheté. Elle égratigne la famille, le couple, le système scolaire. Une lecture rapide qu’on n’oublie pas de sitôt.

 

 

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Je suis le genre de fille

 

Je suis le genre de fille par Kuperman

Nathalie Kuperman

ISBN : 2081417472

Éditeur : FLAMMARION (07/03/2018)



4ème de couverture :

 

"D'accord" : c'est peut-être le mot qu'elle dit le plus souvent, par fatigue, lâcheté ou absence d'à-propos. Mais certains soirs, tard, après avoir improvisé une danse dans son salon pour chasser les contrariétés de la journée, elle est capable d'envoyer des mails incendiaires ou insensés pour rectifier la situation. Oui, c'est le genre de fille accommodante, avec ses proches, son ex-mari un brin narquois, son adolescente de fille, son trop parfait collègue de travail. Puis ceux à qui elle tient inlassablement la porte dans le métro, ceux qu'elle laisse passer indéfiniment devant elle à la caisse du supermarché au motif que leur caddie est moins rempli. Conciliante, oui, jusqu'au moment où elle dit non, un immense Non lancé comme un éclat de rire à la figure de ceux qui ne doutent jamais d'eux, qui tiennent à jouer le premier rôle dans leur comédie sociale. Mais pour qui se prennent-ils ? En faisant le portrait d'un genre de fille qui nous ressemble, Nathalie Kuperman livre une comédie sur les apparences et les non-dits et, en guerrière discrète mais tenace, s'attache à démasquer ce que Nathalie Sarraute appelait "les innombrables petits crimes" que les paroles des autres provoquent en nous.



Extraits :

 

“Je suis le genre de fille à tenir la porte. Ce n'est pas par bonté d'âme, mais c'est seulement parce que je ne peux pas faire autrement. C'est une sorte de réflexe chez moi, prouver à l'autre que je suis en amitié avec l'espèce humaine.”

 

“- Et toi, qu'est ce que tu deviens ?

Je n'ose pas leur répondre que j'essaie de devenir ce que je suis…”

 

“Je préfère rire de mauvais coeur que ne pas rire du tout.”

 

“Parfois, j'ai la désagréable impression que j'hésite entre vivre et survivre. Mais les mots vivre et survivre me donnent le vertige. Ils sont trop grands pour moi.”

 

“Nous voudrions être quelque chose soudain, mus par l’impulsion d’être, d’exister, d’occuper une place.”

 

“Les métaphores, c’est un truc qui me tombe dessus quand je ne me souviens plus très bien des scènes. Mon orgueil a effacé ma mémoire.”

 

“C’est drôle, les souvenirs. Ça vous rappelle que vous êtes fabriqué de bric et de broc, que vous avancez sous l’injonction : sachez qui vous êtes. Le temps vous y aura aidé, les années, et plus vous vieillissez, plus vous vous confrontez dans l’idée que ça y est, vous y êtes presque arrivé, vous êtes presque sûr de qui vous êtes. Vous ne doutez plus. Vous êtes vous. Enfin presque.”



Mon avis :

 

Juliette a cinquante ans, est divorcée et vit avec son adolescente de fille de 14 ans. Tout le monde connaît Juliette. Elle est le genre de fille à s’ennuyer comme un rat mort à une soirée, et trop boire parce qu’elle s’ennuie. Elle s’arrête pour tenir la porte, ne sait pas dire non, ment pour avoir la paix, se plaint pour ne pas paraître heureuse.

Vous vous reconnaissez ? Moi oui, complètement ! Et ce n’est pas fini.

Juliette est le genre de fille à subir ses collègues, ou le contraire malgré tous ses efforts pour s’intégrer. Le genre de fille à s’énerver et se dire qu’elle va régler ses comptes avec une personne pas très sympa, écrire un mail ou texto qui fait des pages et le regretter au moment même où elle l’envoie.

Juliette peut perdre le contrôle et parler, parler, parler et se lamenter parce qu’elle ne peut revenir en arrière et se taire.

Elle ne peut empêcher les pensées bonnes ou mauvaises qui traversent son cerveau, alors elle met des rituels en place pour y échapper un tout petit peu.

C’est le genre de fille qui rêve ou plutôt cauchemarde sur son ex et lui donne un rendez-vous le lendemain pour lui en parler.

Mais si Juliette est ce genre de fille, il y a certainement une raison,une faille, une blessure, non ?

Juliette c’est peut-être un peu vous, un peu (beaucoup) moi.

C’est le genre d’histoire que j’apprécie, à l’apparence légère mais avec un message profond et authentique.

 

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Nos rêves de pauvres

 

Nos rêves de pauvres par Dendoune

 

 

Nadir Dendoune

ISBN : 2266281321

Éditeur : POCKET (01/03/2018)




4ème de couverture :

 

Nos rêves de pauvres, c’est d’abord l’histoire de la famille Dendoune. Une histoire qui commence en 1950, quand le papa, berger kabyle, débarque seul en région parisienne le ventre vide, mais des envies de bosser plein les mains et le coeur rempli d’ambitions pour tous les siens. Une histoire qui se prolonge dans une cité HLM de L’Île saint-Denis, où la maman se bat pour que ses neuf enfants ne manquent de rien. Les petits Dendoune grandissent et leurs rêves aussi. nadir, le plus jeune, rêve de trains électriques, de cours de tennis, mais aussi d’une police pour tous… Pas simple d’avoir des rêves de riches quand on a une vie de pauvres. Nadir Dendoune raconte ses parents, leur courage, leur amour, mais aussi leur culture. Cette culture de pauvres à laquelle il est si attaché. L’histoire du clan Dendoune, c’est une histoire universelle, une histoire française.

 


Extraits :

 

“C'était difficile d'avoir des rêves de riches quand mes parents avaient une vie de pauvres.”

“Depuis, avec maman, je suis toujours à la hauteur. Il n'y a sans doute qu'avec elle que je suis à la hauteur. J'ai jamais eu le mode d'emploi pour être au top avec les autres.”

“J’arrivais à m’évader dans des endroits où les cris sont moins forts, où la haine est moins présente et où la vie est paisible.”



Mon avis :

 

J’ai choisi ce livre pour mes souvenirs de gosse. J’ai grandi dans une cité HLM où plutôt, à l’époque, une cité ouvrière. Mes copains et copines étaient de toutes nationalités, cultures, couleurs, un seul critère était semblable : la misère. Nous jouions alors tous ensemble dans la cité avec un unique vélo ou une unique paire de patins à roulettes, nous lisions têtes contre têtes une bd trouvée par là pendant que nos parents vivaient leurs galères dans le respect des autres.

Le ressenti de cette enfance est différent pour l’auteur. Ses mots sont violents, haineux. Il est français et pourtant est persuadé que les autres le voient comme un gnoule.

Forcément son vécu scolaire est à la mesure de sa haine. Les relations avec les filles, pas des maghrébines qui ressemblaient trop à ses soeurs, sont dans la même veine : “j'avais mis la langue direct comme les acteurs faisaient dans les films de boules et d’épée, et la nana avait trouvé ça dégueulasse. La conne…” ou bien : “Derrière un arbre, elle m’avait dit : embrasse-moi. La chaudasse.”

Ça c’est fait.

Malgré des parents adorables, sa rage grandit avec la salle de la cité ouverte pour les jeunes qui devient la salle des séniors.

Puis quand il devient un voyou, il n’assume pas ses actes : “Un bougnoule reste un bougnoule : il n’a pas le droit à l’erreur. Son fils à elle, 100 % pur porc, était bien entendu 100 % innocent !”

Ah oui, il n’aime pas trop les français non plus : “Des colons français bien installés avec leurs privilèges, qui s’étaient gavés sur le dos des autochtones et s’étaient étonnés ensuite que les algériens veuillent les foutre à la porte. Aujourd'hui, ils pleurnichent parce que leur pays, que nos parents ont construit à la sueur de leur front, ne ressemble plus à la France de Jeanne la pucelle, mais n’est-ce pas un juste retour des choses ?”

Hé Nadir, vous êtes français bordel !

Alors vous pouvez grimper l’Everest, servir de bouclier humain en Irak, parcourir l’Australie en vélo, vous n’êtes une belle personne que quand vous parlez de votre maman. Parce que là vous oubliez votre haine, votre rage et c’est beau.

Quel dommage ! L’auteur n’a pas le recul nécessaire pour raconter sa famille. Beaucoup de répétitions.

Merci à Masse critique de Babelio et les Éditions Pocket.

 Livres contre critiques

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Quelle n'est pas ma joie

 

Quelle n'est pas ma joie par Grondahl

Jens Christian Grondahl

ISBN : 207268949X

Éditeur : GALLIMARD (08/02/2018)



4ème de couverture :

 

"Voilà, ton mari est mort lui aussi, Anna. Ton mari, notre mari. J'aurais aimé qu'il repose à côté de toi."

Ellinor a soixante-dix ans. Elle vient de perdre Georg, son mari, et elle a rapidement décidé de vendre leur maison, dans la banlieue chic de Copenhague, afin de retourner vivre à Vesterbro, le quartier populaire de son enfance. Et Ellinor va se raconter. Elle s'adresse à Anna, sa meilleure amie, qui était la première femme de Georg. Et la maîtresse de Henning, son mari à elle. Anna et Henning ont été emportés par une avalanche dans les Dolomites, pendant des vacances que les deux couples passaient ensemble, au cours des années soixante.

Ce roman d'une vie vécue longuement à la place d'une autre mêle les surprises, la rancoeur, l'agressivité et la jalousie. Et les regrets : "Nous, qui ne sommes plus aimés, nous devons choisir entre la vengeance et la compréhension", écrit ainsi Ellinor. Ce livre est une apostrophe, à la fois exercice de deuil, de mémoire et de réflexion, où le "tu" donne une immédiateté nouvelle à la palette du grand écrivain qu'est Jens Christian Grøndahl.



Extraits :

 

“On a l'habitude que la réalité ne renvoie que ce que l'on pense et ressent.”

 

“De toute évidence, il n'y a rien d'aussi bon pour l'estime de soi que de se placer juste à côté du chagrin d'une autre personne et de montrer que l'on n'a pas le vertige.”

 

“Il nous faut choisir la douleur qui nous convient, et je n'ai jamais été du genre à regarder en arrière.”


“Quand ai-je commencé à m’éloigner de cette famille qui aurait dû être la tienne ?”




Mon avis :

 

Ce récit d’une vie est tout simplement beau. Beau avec son humanité, une vie avec ses failles et ses forces. Ellinor écrit et se confie à sa meilleure amie, lui confie ses doutes, lui raconte sa famille depuis qu’elle n’est plus. Aimer le mari d’une autre, élever les enfants d’une autre, alors que cette autre était son amie et aussi la maîtresse de son premier mari. Alors que cette autre restera présente dans sa vie, Ellinor essaiera d’aimer sincèrement les jumeaux, comme ses propres enfants sans jamais remplacer leur maman, aimer le père de ces petits avec beaucoup de tendresse et de complicité. Mais voilà Georg est mort et avec lui, la cohérence de cette famille. Soixante-dix ans est un bel âge pour reprendre sa vie en main et retourner vivre dans le quartier populaire de son enfance.

La maison est mise en vente et les jumeaux n’apprécient pas.

Pendant ce temps Ellinor raconte à son amie son enfance sans père, le manque de complicité avec sa propre mère, la rencontre avec son premier mari, l’avortement et la stérilité ensuite, comme une punition.

Les meilleures années étaient celles de leur amitié.

Ellinor fait son deuil avec des mots qui grincent et qui heurtent. Le deuil de Georg, de Henning son premier mari, d’Anna son amie.

Très belle lecture.

 

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Moi, Jean Gabin

 

Moi, Jean Gabin par Sapienza

Goliarda Sapienza

ISBN : 2370551275

Éditeur : LE TRIPODE (17/05/2017)




4ème de couverture :

 

La ville de Catane, en Sicile, au début des années 30. Le fascisme se déploie sur l’île, quand une enfant ressort exaltée d’une salle de cinéma de quartier.

Elle a la démarche chaloupée, une cigarette imaginaire au bec et l’œil terrible. Elle vient de voir le film Pépé le Moko et, emportée par cette incarnation du désir et de l’insoumission, elle n’a désormais plus qu’une idée en tête : être Jean Gabin.



Extraits :

 

“Chez moi tout le monde avait toujours tant à faire. Tant et tant qu'on était contraint soi-même aussi de s'inventer mille choses à trafiquer, à mener à bien, lire, jouer, parce que jouer et imaginer étaient eux aussi considérés, chez moi, comme un "faire".”

 

“Flairer le danger à distance est une prérogative de nous autres rebelles.”

 

“J'ai éprouvé d'autres fois ce vide terrible de ne pouvoir communiquer un enthousiasme.”

 

“La grande liberté de soi-même et de ses propres pensées n’est-elle pas quelque chose de plus douloureux qu’on ne saurait le dire ?”



Mon avis :

 

Si Natacha, bibliothécaire de mon village n’avait pas présenté ce livre lors du cercle de lecture, je serais certainement passée à côté d’une pépite. L’art de la joie vous dit quelque chose ? C’est le même auteur ou plutôt la même autrice.

Elle raconte quelque jours de sa vie, enfant. Goliarda, garçon manqué, vit avec son ami virtuel Jean Gabin qui incarne le courage et liberté pour cette fillette. Elle passe tout son temps dans la salle de cinéma du quartier la Civita ou elle vit avec sa famille fantasque. Sa mère, militante et adorée, son père avocat des pauvres, sont à la tête d’une tribu nombreuse. L’éducation libre mais non sans principes, donne beaucoup de temps libre à Goliarda. Un de ses frères est chargé de son éducation scolaire.

En sortant de la salle de cinéma, elle bouscule une fillette et sa mère. Elle doit gagner son argent de poche et le remettre à cette femme en dédommagement, conseil de sa propre mère. Goliarda va nous entraîner dans son quartier populaire, quêtant du travail ou des pièces pour honorer sa dette. Quand elle daigne rentrer, souvent, quelques membres de sa famille ont été arrêtés. Entre la mafia et le fascisme, cette famille garde le cap malgré les représailles.

La lecture de ce récit, oh combien, beau et enlevé donne envie de faire partie de cette famille haute en couleurs, libre et chaleureuse. L'ambiguïté de certaines scènes qui se veulent réconfortantes nous donne une autre version de la réalité si nous sommes capables de lire entre deux lignes. Les faits sont effleurés. La biographie en fin de livre nous éclaire un peu plus sur la vie au sein de cette famille.

Goliarda, fillette à l’esprit vif et imaginatif, deviendra une femme tourmentée et angoissée.

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Ta nouvelle vie commence ici

 

Ta nouvelle vie commence ici par Masagu

 

Véronique Masagu

ISBN : 1980903727

Éditeur : AUTO ÉDITION (28/04/2018)









4ème de couverture :

 

Solène jeune veuve, mène une vie intense au sein de la maison d’édition parisienne dans laquelle elle travaille, entourée de ses amis qui souhaiteraient la voir refaire sa vie. La veille de son anniversaire, elle reçoit le courrier d’un notaire l’informant qu’elle est l’unique héritière de Soline Balavenne. Mais qui est donc cette inconnue qui lui lègue tous ses biens ? Solène accepte cet héritage : un phare sur l’île de Bréhat, en Bretagne. Elle quitte Paris pour s’installer sur l’île et s’engage dans un chemin initiatique à la découverte de cette femme, au travers des lettres qu’elle a dissimulé dans le phare. Dans cette quête sur ses racines, elle rencontre Erwan, un homme taciturne et peu enclin envers les touristes qui viennent coloniser Bréhat.



 

Mon avis :

 

C’était ma première lecture sur écran, moi, l’inconditionnelle du livre papier. J’avais préparé mon bloc sténo, mon stylo, je me suis installée dans le jardin en cette fin d’après-midi, près des hortensias qui me rappellent ma Bretagne, celle juste en face de l’île de Bréhat. J’ai commencé à lire et j’ai tout oublié. Je me suis plongée dans la vie de Solène, de son état de veuve, son travail passionnant. Bon, elle n’a pas un caractère facile Solène, une sacrée personnalité. Elle ne sait plus trop où est sa place dans cette vie parisienne, solitaire, alors quand un notaire lui envoie un courrier pour l’informer de son héritage d’une parfaite inconnue, elle saisit l’opportunité, elle part vivre sur l’île de Bréhat dans son phare.

Tout n’est pas facile à son arrivée, les bretons, amis fidèles, peuvent être assez agressifs envers les envahisseurs. Erwan est de ceux-là, ne supportant pas qu’une parisienne viennent habiter dans le phare de sa meilleure amie décédée.

Le mois d’octobre est parfait pour découvrir l’existence sur une île bretonne. Les tempêtes, la pluie et cette mer houleuse et bruyante. La rencontre de Solène et Erwan est également houleuse.

Solène découvre peu à peu la personnalité de cette femme qui a décidé de lui léguer cette maison. Elle travaille à distance et fait les trajets une fois par mois jusqu’à Paris. Entre deux, elle se dispute et se réconcilie avec Erwan.

Solène reconstitue son histoire, reconsidère son chemin de vie. Elle a du mal à accepter, à lâcher-prise, bref à se donner une nouvelle chance pour le bonheur.

Le dépaysement a été total, un grand merci à Véronique, l’autrice, pour cette belle découverte. Je n’ai malheureusement pas d’extraits à vous faire découvrir, j’étais bien trop captivée par ce récit.

 

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Bakhita

Bakhita par Olmi

 

Véronique Olmi

ISBN : 2226393226

Éditeur : ALBIN MICHEL (23/08/2017)



4ème de couverture :

 

Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion.

Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.

Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte.

Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée.



Extraits :

 

“Et c'est comme ça que dorénavant elle avancera dans la vie. Reliée aux autres par l'intuition, ce qui émane d'eux elle le sentira par la voix, le pas, le regard, un geste parfois.”

 

“C'est dans son regard que l'on pouvait lire le contraste entre sa force et son innocence, dans son regard il y avait toujours, ce qu'elle avait perdu et ce que sa vie intérieure lui avait permis de retrouver. Sa vie.”

“L'humour, une façon de signifier sa présence, et sa tendresse aussi.”

 

“Sa vie est comme une danse à l'envers, un tourbillon d'eau sale.”

 

“Partir, c'est espérer, toujours.”

 

“Vacillante et d’une force plus qu’humaine. Incandescente. Inclassable. Intelligente et retenue.”



Mon avis :

 

Le récit de la vie d’une femme. Enlevée dans son village à l’âge de sept ans quelques années après sa soeur aînée. Violée, enfermée, battue, enchaînée, vendue, torturée.

Elle a tellement traversé de pays, tellement appris à décrypter des langues différentes, qu’elle ne connait plus son prénom, ni d’où elle vient.

À l’âge de l’innocence, Bakhita ne connaît que la survie.

Alors, à un moment dans cette histoire effroyable, j’y ai cru à sa liberté, à sa renaissance. Mais non ce n’était qu’une courte trêve en Italie. Allez rebelote, on repart au Soudan, puis on revient en Italie et là, tu te dis ça y est, c’est fini, hein, je ne peux pas en lire plus.

Non, non, non Bakhita n’a que ses sentiments, ses cauchemars, ses chagrins qui lui appartiennent. Même en étant déclarée libre dans un procès italien grandiloquent, Bakhita ne l’est pas. Elle ne sera plus battue, ni violée, mais elle est enfermée et c’est elle qui l’a choisi.

On pourrait croire alors qu’elle passerait sa vie dans cet institut catholique où elle a trouvé sa place, entourée, choyée. Que nenni, déplacée régulièrement d’un couvent à un autre, d’une région à une autre. Et Bakhita gardera ce sentiment d’insécurité toute sa vie, jusqu’à sa mort. On l’obligera à raconter, on en fera des feuilletons, un livre.

Cette femme est morte à l’âge de soixante-dix-huit ans. Tu te rends compte ou pas ? Soixante-dix-huit ans d’un calvaire sans fin.

Elle est béatifiée, déclarée patronne du Soudan, puis sainte.

Peut être, je dis bien peut être qu’on aurait pu la laisser vivre tranquille. C’est bien cette reconnaissance après la mort mais personne ne pouvait lui donner ce qu’elle voulait le plus au monde. Retrouver sa mère, sauver sa soeur et connaître son nom.

Et je devrais aimer un tel récit ?

 

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Mangés par la terre

Mangés par la terre par Escalle

Clotilde Escalle

ISBN : 2373850494

Éditeur : DU SONNEUR (16/03/2017)





4ème de couverture :

 

Dans ce bourg où l’on s’ennuie tellement, Patrick et Robert s’amusent à tendre des fils d’acier sur la route en espérant provoquer un accident ; leur frère Paul fuit le monde en lisant de la poésie ; Jeanne dessine des plans de villes imaginaires et rêve de rejoindre les États-Unis avec Éric, marchand installé dans une camionnette pavoisée aux couleurs de l’Amérique ; Caroline, abandonnée par sa mère, végète dans l’asile du coin ; Puiseux, le notaire, lit Chateaubriand, joue à Bubble Shooter la nuit et se réfugie dans les bras de la femme du médecin pour se consoler de la décadence du monde. Éric sauvera-t-il Jeanne de son désert affectif ? Caroline échappera-t-elle aux griffes de Patrick et Robert ? Maître Puiseux est-il condamné à sa petite vie morne de notable de province ? Mangés par la terre dit la cruauté d’un univers taraudé par la mesquinerie et les rapports de domination, travaillé par le mirage d’une autre vie. Est-il encore possible de rêver dans une telle misère ?



Extraits :

 

“Les trois imbéciles ont des fusils et regardent la télé, c'est dire combien ils peuvent être dangereux.”

 

“Que peut-on faire dans un patelin où la seule direction à prendre est celle de la salle polyvalente ?”

 

“Le pire, c'est la désorientation. Il n'y a pas d'histoire possible, rien n'adviendra, nous le savons, nous tous qui vivons sous ce ciel poisseux aux belle éclaircies.”

 

“Dans mon placard, il y a des foulards, des dessous de soie, des vêtements qui sentent la disparition, des petits bouquets de lavande, des jours effacés.”

“Mes mots sont tordus. Depuis leurs convulsions, ils abattent toutes les sentinelles.”



Mon avis :

 

Bienvenue à Copiteau. Petit village du centre de la France. L’endroit importe peu. C’est surtout un village où se concentrent la désespérance des habitants, le manque de dignité, la misère culturelle.

L’occupation journalière de trois frères un peu limités intellectuellement est de tendre un filin en travers de la route pour provoquer des accidents. Ils sont régulièrement internés à l’asile du village et profitent de leurs séjours pour violenter une jeune femme internée d’office par sa mère qui veut la déshériter.

La mère des trois garçons qui part de la maison le soir pour dormir dans l’abribus pour ne rien salir ni abîmer.

Il y a le Maire qui préfère ne rien voir, et se morfond depuis la mort de son frère.

Et puis cette jeune femme qui vit avec sa mère mélancolique-dépressive qui n’attend plus rien de la vie à part sa télé, les plateaux repas et les sorties au supermarché. Elle,  rêve de partir aux Etats-Unis, de partir, c’est tout.

J’allais oublié le Notaire, vieux garçon, qui entretient une hygiène sexuelle avec la mère de la jeune internée et se fera violé par sa gouvernante.

Oui bienvenue dans la France profonde, celle des fermiers célibataires qui font leur affaire avec des animaux s’il n’y a rien à violer dans le coin.

Celle où il n’y a pas d’avenir, pas d’espoir, peu de rêves, celle où tu te noies dans la boue et si tu y échappes, bouffé par les fourmis.

Alors devant un tableau aussi noir pourquoi ai-je choisi ce livre à la médiathèque du village ? Pour la magie des mots de l’auteure. C’est du grand art.

 

Posté par pyrouette à 15:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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