la vie de ma voix intérieure

En totale reconstruction après deux années abominables passées en Lozère où j'ai appris que seuls les humains ne sont pas humains, je continue à partager ma passion de la lecture. Vous pouvez apprendre à me connaître à travers les citations.

Toute une vie et un soir

Toute une vie et un soir par Griffin

 

 

Anne Griffin

ISBN : 241301750X

Éditeur : DELCOURT LITTÉRATURE (03/04/2019)

 

4ème de couverture :

Dans une bourgade du comté de Meath, Maurice Hannigan, un vieux fermier, s’installe au bar du Rainsford House Hotel. Il est seul, comme toujours. Sauf que ce soir, rien n’est pareil : Maurice est là pour se souvenir - de tout ce qu’il a été et de tout ce qu’il ne sera plus. Au fil de la soirée, il veut porter un toast aux personnes qui ont le plus compté pour lui. Il lève son verre à son grand frère Tony, à la petite Molly, son premier enfant trop tôt disparu, à l’innocente Noreen, sa belle soeur un peu timbrée, au talent de son fils journaliste qui mène sa vie aux Etats-Unis et, enfin, à la modestie de Sadie, sa femme tant aimée, partie deux ans plus tôt. Au fil de ces hommages, c’est une vie entière qui se révèle dans sa vérité franche et poignante…

 

Extraits :

“Il n'empêche, je suis assis ici et j'ai mes raisons fiston. J'ai mes raisons.Il n'empêche, je suis assis ici et j'ai mes raisons fiston. J'ai mes raisons.”

“J'aurais peut-être été plus heureux si t'avais été con. Le portrait de ton père. J'aurais eu moins de mal à discuter avec toi.”

“Moi, je préfère les petits espaces douillets, rassurants. On s'y sent au chaud, sans compter que c'est plus pratique d'avoir tout à portée de main.”

“Crois-moi sur parole, ça s’arrange pas avec l’âge. C’est comme si on s’enfouissait toujours plus loin dans notre solitude. Pour régler nos problèmes nous-mêmes.”

“Personne, absolument personne ne peut savoir ce que c’est de perdre quelqu’un qu’on aime tant qu’il l’a pas vécu.”

“Vous savez donc que c’est l’enfer sur terre. On a le choix entre vivre avec cette peine ou la fuir.”

 

Mon avis :

Tout d’abord je n’ai pas apprécié la rencontre avec Maurice vieil homme de 84 ans. Dès les premières pages le voilà qui abandonne son chien et le donne à sa femme de ménage. Le chien fera de la résistance ne comprenant pas. Maurice a quand même un mauvais caractère, a passé sa vie à gagner de l’argent sur le malheur des autres et il est rancunier, c’est le moins qu’on puisse dire. Sa femme est morte il y a deux ans et son fils lui suggère depuis de vivre dans une maison de retraite.

Alors Maurice a mis de l’ordre dans ses affaires, a rangé, vendu et fait son testament. Un an qu’il fait des cartons. Le dernier avec ses affaires courantes est parti. C’est le grand soir, Maurice a réservé la suite de l’hôtel du village et il va passer la soirée au bar, portant un toast à chaque personne chère à son coeur et comme il ne sait pas bien écrire il va raconter en s’adressant à son fils.

Il commence par Tony son grand frère protecteur mort jeune de la phtisie après des semaines d’agonie. Il raconte ses parents, son frère, ses deux soeurs. La misère aussi mais bien plus douce que dans les autres familles. Le travail et l’injustice, cette injustice qui le rendra rancunier à mort ou presque.

Sa petite fille morte avant de naître. Un abîme de chagrin pour Sadie son épouse et lui. Maurice se remémore la rencontre avec l’amour de sa vie, le mariage, la vie commune.

Et dans cette vie commune avec Sadie, il y a Noreen, sa belle-soeur si différente et vivant dans un institut fermé, puis avec eux à la mort des parents.

Un toast pour Kevin, son fils, si brillant, tout le contraire de son père. Maurice, si fier de son fils, aurait peut être préféré qu’il lui ressemble plus.

Le dernier toast est pour Sadie l’amour de sa vie, celle qui lui a redonné confiance en la vie.

Maurice nous narre ses grands malheurs et ses petits bonheurs, ce qui remplit une existence.

Et puis, et puis… Il y a tout ce que je n’ai pas dit. A vous de le découvrir.

C’est un livre à lire au coin du feu, enveloppé dans un plaid avec un thé fumant sur la table du salon. Un style agréable pour exposer une vie simple et pourtant si riche.

 Un grand merci à Babelio Masse critique ainsi qu'aux Editions Delcourt 

 

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À son image

 

À son image par Ferrari

 

Jérôme Ferrari

ISBN : 233010944X

Éditeur : ACTES SUD (22/08/2018)



4ème de couverture :

Par une soirée d’août, Antonia, flânant sur le port de Calvi après un samedi passé à immortaliser les festivités d’un ma­riage sous l’objectif de son appareil photo, croise un groupe de légionnaires parmi lesquels elle reconnaît Dragan, jadis rencontré pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Après des heures d’ardente conversation, la jeune femme, bien qu’épuisée, décide de rejoindre le sud de l’île, où elle réside. Une embardée précipite sa voiture dans un ravin : elle est tuée sur le coup.

L’office funèbre de la défunte sera célébré par un prêtre qui n’est autre que son oncle et parrain, lequel, pour faire rempart à son infinie tristesse, s’est promis de s’en tenir stric­tement aux règles édictées par la liturgie. Mais, dans la four­naise de la petite église, les images déferlent de toutes les mémoires, reconstituant la trajectoire de l’adolescente qui s’est rêvée en photographe, de la jeune fille qui, au milieu des années 1980, s’est jetée dans les bras d’un trop séduisant militant nationaliste avant de se résoudre à travailler pour un quotidien local où le “reportage photographique” ne sem­blait obéir à d’autres fins que celles de perpétuer une collec­tivité insulaire mise à mal par les luttes sanglantes entre clans nationalistes.

C’est lasse de cette vie qu’Antonia, succombant à la tenta­tion de s’inventer une vocation, décide, en 1991, de partir pour l’ex-Yougoslavie, attirée, comme tant d’autres avant elle, dans le champ magnétique de la guerre, cet irreprésentable.

De l’échec de l’individu à l’examen douloureux des apories de toute représentation, Jérôme Ferrari explore, avec ce roman bouleversant d’humanité, les liens ambigus qu’entre­tiennent l’image, la photographie, le réel et la mort.

 

Extraits :

"La lumière réfléchie par des corps désormais vieillis ou depuis longtemps tombés en poussière avait été captée et conservée au cours d'un processus dont l'aspect miraculeux ne pouvait être épuisé par de simples explications techniques."

"En prenant des photos, elle réalisa qu'elle devait connaître à coup sûr chacun des visages dissimulés sous les cagoules et ce qui aurait pu lui apparaître comme un privilège d'initiée aux mystère la déprime profondément. Toute sa joie d'accomplir une tâche qui en valait la peine disparu."

"Comment a-t-elle pu partir sans même songer à s'assurer qu'elle serait en mesure de comprendre ce qu'on lui dirait et de se faire comprendre elle-même ?"

“Elle est venu photographier la guerre, garder la trace de ce qui se passe ici. Elle est aussi venue pour vivre une autre vie que la sienne.”

 

Mon avis :

Difficile de se construire en tant que femme quand on naît en Corse. Outre l’atavisme des familles de l’île singulière, le poids de la religion et le FLNC, entrave toute liberté. Antonia a la chance d’avoir son parrain prêtre qui l’aide dans ses passions et projets.  Antonia décida de devenir Photographe. Elle aime Pascal, l’indépendantiste en herbe et le meilleur ami de ce dernier aime Antonia en silence. Le ton est donné.

Antonia meure, et en ce jour où son parrain doit célébrer son éloge funèbre, sa vie défile dans la mémoire et le chagrin de ceux qui l’accompagnent dans son dernier voyage.

La vie d’Antonia et la culture Corse sont passionnantes dans cette histoire. Cette jeune femme part dans un pays en guerre pour fuir sa vie et être le témoin de l’horreur ailleurs.

Forcément j’ai moins aimé les descriptions un peu longues sur la photographie et les horreurs de la guerre. Le tout est parfaitement maîtrisé par l’auteur avec un style enlevé.

 

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Être à distance

 

Être à distance par Guelfenbein

Carla Guelfenbein

ISBN : 2330074654

Éditeur : ACTES SUD (11/01/2017)

Traducteur : Claude Bleton



4ème de couverture :

Vera Sigall, romancière octogénaire aussi discrète qu’adulée, est retrouvée inconsciente au pied de son escalier, victime d’une chute supposément accidentelle - mais une porte dérobée de sa maison est restée entrouverte… Son ami Daniel, de cinquante ans son cadet, architecte sans illusion et mari mal aimé, est troublé par les conclusion de l’enquête. Dans la salle d’attente de l’hôpital, il fait la connaissance d’Emilia, étudiante franco-chilienne qui consacre sa thèse à l’oeuvre de la romancière. Elle était venu au Chili pour la rencontrer, sur la recommandation, sur le recommandation chaleureuse d’Horacio Infante. Cet éminent poète, ancien amant de l’écrivaine, a mystérieusement pris Emilia sous son aile.

Ensemble la jeune femme et Daniel affrontent les secrets de la liaison passionnelle et destructrice de ces deux monstres sacrés, unis par un pacte indicible depuis plus d’un demi-siècle, et commencent à écrire la légende de leur propre histoire.

Autour du corps inanimé de Vera, telles des planètes en gravité tirant leur énergie d’une superbe étoile, chacun vient mettre en scène ses plus intimes failles et faire l’inventaire des zones d’ombre du mensonge et de la vérité, du talent et de la médiocrité, de la consécration et de l’oubli.

 

Extraits :

“Tu me disais souvent que toute la richesse d'un créateur, c'étaient ses fractures, ses incertitudes, ses questions et ses faiblesses, le doute constant de la raison ultime des choses. C'était à travers ces failles que pouvait surgir ce qui n'avait jamais été là auparavant.”

“Et je me dis que le bonheur et la douleur allaient ensemble, et que nous ne pouvions pas savoir à l'avance quand l'un ou l'autre prendrait l'avantage.”

“Que puis-je faire de cette paix qui se faufile dans les interstices en m'étouffant, et que vous autres appelez le bonheur ?”

“Jusqu’à quel point sommes nous capables de connaître l’autre ? Il reste toujours une zone insondable, un espace où sont nichés les sentiments les plus bas, un territoire obscur, qui bien souvent n’est même pas visible à nos propres yeux, car dans le cas contraire le délicat échafaudage que nous avons dressé au cours de notre existence s’effondrerait d’un seul coup.”

 

Mon avis :

Tout est dit dans le résumé de l'Éditeur et ce n’est pas en le lisant que j’ai choisi ce livre. C’est le titre qui m’attirait : Être à distance… À distance de quoi, de qui ? Et puis je connaissais le style de  Carla Guelfenbein et je savais que cette histoire serait idéale pour quelques jours de congés. Une romancière octogénaire qui fait une mauvaise chute accidentelle ou pas dans un escalier, c’est presque banal. Ce qui ne l’est pas, ce sont les personnages qui gravitent autour d’elle et le mystère qu’elle a entretenu toute sa vie presque malgré elle.

Daniel, l’ami voisin, l’Architecte incapable d’aller au bout de ses rêves, marié pourtant à son premier amour, mais qui vit mal car son épouse est une arriviste. Emilia, l’étudiante qui vient rencontrer Vera  au Chili et étudier son oeuvre pour sa thèse et qui ne supporte pas qu’on la touche et pourtant fiancée à un ami d’enfance, petit en taille. Horacio, l’ancien amant, poète reconnu et pourtant porteur de secrets et léger manipulateur. Ces trois personnages nous racontent, du moins nous en avons l’impression,  l’histoire de Vera, leur histoire et révèlent petit à petit, leurs failles, leurs amours, les mensonges et les raisons de leurs actes.

L’auteure est une magicienne, elle nous entraîne, dans ses histoires, et nous sommes ferrés dès les premières lignes. Alors il ne reste qu’une envie : rester dans l’histoire le plus longtemps possible.

 

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Une fois dans ma vie

 

Une fois dans ma vie par Legardinier

 

 

Gilles Legardinier

ISBN : 2081416921

Éditeur : FLAMMARION (04/10/2017)



4ème de couverture :

Trois femmes, trois âges, trois amies que les hasards de la vie et les épreuves ont rapprochées dans un lieu comme aucun autre.

Trois façons d’aimer, dont aucune ne semble conduire au bonheur.

Séparément, elles sont perdues. Ensemble, elles ont une chance.

Au milieu des hommes, cramponnées à leurs espoirs face aux coups du sort, avec tous les moyens et l’imagination débordante dont elles disposent, elles vont tenter le tout pour le tout.

Personne ne dit que ça ne fera pas de dégâts…

 

Extraits :

“Aujourd'hui consciente d'être minuscule dans un monde tiède, elle ne voit plus d'horizon vers lequel courir.”

 

“Eugénie n'est plus vraiment jeune et pas tout à fait vieille. Qu'est ce qu'on fait quand on en est là ? A qui peut on poser les questions ? A qui peut on seulement confier ses doutes ? Elle flotte entre deux clichés au coeur de la zone grise dont personne ne dit jamais rien.”

“C'est ainsi que, sous les étoiles, elle a commencé à remplacer les regrets par une volonté d'adaptation et les résignations par des révoltes.”

 

“Qu'une fois dans nos vies, nous puissions nous dire, chacune à notre façon, que ces chemins tortueux nous ont conduites, au bout du compte, à l'endroit où nous pouvons être nous-mêmes, en paix, au milieu de ceux que nous aimons.”

“Dans la vie, comme sur une scène, rien n’est jamais gagné, rien n’est jamais perdu. Les belles choses n’arrivent pas qu’une seule fois dans une vie.”

 

Mon avis :

Dans un théâtre, on est à l’abri de la vie. Une sorte de pause. Eugénie a fait de son rêve une réalité et elle est gardienne de ce théâtre. Elle arrive à un âge où il faut qu’elle redessine sa vie, son avenir. Ses enfants, devenus adultes, sont partis vivre leur vie. Victor, son mari, l’observe avec inquiétude. La dépression n’est pas loin.  Ses deux jeunes amies Céline et Juliette rencontrent aussi des difficultés dans leur vie.Elles sont bénévoles et passent leur temps libre dans le théâtre. Leur amitié est sincère, authentique, rafraîchissante et si isolées ces femmes restent au pied du mur, ensemble elles vont trouver des solutions ou du moins un moyen d’avancer. Les chapitres peuvent être gais, tristes, très drôles selon les situations vécues. Plusieurs thèmes sont abordés comme la dépression qui guettent les femmes à la cinquantaine, le coup de foudre et l’amour interdit, l’entraide, l’acceptation des différences et même la rivalité.

J’ai beaucoup ri et ce livre cocon a été réconfortant.

 

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Aquarium

 

Aquarium par Vann

 

David Vann

ISBN : 2351786459

Éditeur : GALLMEISTER EDITIONS (05/04/2018)



4ème de couverture :

Caitlin, douze ans, habite avec sa mère dans un modeste appartement d’une banlieue de Seattle. Afin d’échapper à la solitude et à la grisaille de sa vie quotidienne, chaque jour, après l’école, elle court à l’aquarium pour se plonger dans les profondeurs du monde marin qui la fascine. Là, elle rencontre un vieil homme qui semble partager sa passion pour les poissons et devient peu à peu son confident. Mais la vie de Caitlin bascule le jour où sa mère découvre cette amitié et lui révèle le terrible secret qui les lie toutes deux à cet homme.

 

Extraits :

“Ne me laisse jamais te donner l'impression que mes problèmes sont de ta faute.”

 

“Je travaille pour pouvoir travailler. J'essaie de ne rien désirer dans l'espoir d'obtenir quelque chose. Je m'affame pour être moins et plus.J'essaie d'être libre pour pouvoir être seule. Et tout ça n'a aucun intérêt.”

“Le pire, dans l'enfance, c'est de ne pas savoir que les mauvais moments ont une fin, que le temps passe.”

 

“Ma mère était capable de vivre sans perspectives d'avenir. C'était sans doute sa plus grande qualité, le fait qu'elle ne désespérait jamais.”

 

“Chaque chose qui nous arrive, chacune d’elles laisse sur nous une indentation, et cette indentation restera à jamais. Chacun de nous est un accident sur pattes.”

 

Mon avis :

Je savais à quoi m’attendre avec une histoire de David Vann. Et puis après avoir lu un livre sur la transmission des haines et secrets dans une famille, c’était bien de passer à la pratique… Ouais....J’ai parfois des idées bizarres et je ne suis pas prête d’oublier cette lecture.

Caitlin attend sa mère, après le collège, dans un aquarium. Elle est passionnée et intriguée par les poissons qu’elle contemple inlassablement. Et puis, c’est la seule dépense que pouvait envisager sa mère, une sorte de garderie où sa fille est à l’abri.

Elles n’ont pas une très belle vie, l’appartement est sommaire, le travail de Sheri est éprouvant et les journées sont interminables pour mère et fille. Elles vivent toutes les deux avec parfois, un homme de passage dans la vie de Sheri, mais sans aucune famille.

Caitlin arrive à un âge où elle pose des questions auxquelles Sheri refuse de répondre.

Caitlin va faire la connaissance d’un vieil homme à l’aquarium. Elle le voit tous les soirs en attendant sa mère. Rien de folichon, ils contemplent ensemble les poissons. L’endroit est calme et silencieux.

Cette partie de l’histoire est tranquille, puis tout s’emballe quand la mère apprend que sa fille a rendez-vous avec un vieil homme à l’aquarium.

Sheri est une femme brisée qui vit dans la haine du passé, de sa famille. Elle n’est pas très maternelle non plus et n’hésite pas à ramener des hommes dans le tout petit appartement en confinant sa fille dans la chambre.

Mais je ne peux rien vous raconter de plus, car le choc est grand, comme d’habitude avec l’auteur, et la descente aux enfers parfaite !

Caitlin est une adolescente qui a du cran et du caractère et il lui en faudra pour continuer sa vie.

Un livre passionnant même s’il faut avoir le coeur bien accroché. Une mère a t-elle tous les droits envers son enfant ?



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Aïe, mes aïeux !

 

Aïe, mes aïeux ! par Ancelin Schützenberger

 

Anne Ancelin Schützenberger

ISBN : 2220040577

Éditeur : DESCLÉE DE BROUWER (27/02/1998)




4ème de couverture :

Anne Ancelin Schützenberger livre dans cet ouvrage, à travers son analyse clinique et sa pratique professionnelle de près d'une vingtaine d'années, une "thérapie transgénérationnelle psychogénéalogique contextuelle". En langage courant, ceci signifie que nous sommes un maillon dans la chaîne des générations et que nous avons parfois, curieusement, à "payer les dettes" du passé de nos aïeux. C'est une sorte de loyauté "invisible" qui nous pousse à répéter, que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou pas, des situations agréables ou des événements douloureux. Nous sommes moins libres que nous le croyons, mais nous avons la possibilité de reconquérir notre liberté et de sortir du destin répétitif de notre histoire, en comprenant les liens complexes qui se sont tissés dans notre famille.

Ce livre passionnant et truffé d'exemples s'inscrit parmi les toutes récentes recherches en psychothérapie intégrative. Il met particulièrement en évidence les liens transgénérationnels, le syndrome d'anniversaire, le non-dit-secret et sa transformation en un "impensé dévastateur".

 

Extraits :

 

“C'est souvent compliqué la recherche de sa propre identité.”

 

“Quelque chose se passe, comme si l'on ne devait pas oublier et qu'on n'avait pas le droit de se rappeler.”

 

“C’est l’exemple d’un enfant de remplacement qui a pris la place d’un mort dont le deuil n’a pas été fait, et qui n’avait pas de place pour vivre.”

 

“Mais nous n’avons pas toujours la sagesse ou la patience de prendre le temps d’être à l’écoute de notre petite voix intérieure.”



Mon avis :

Il n’y a pas de hasard dans la vie. Ce livre est arrivé dans la mienne à un moment où ma famille se manifestait comme un boulet que j’essaie d’envoyer au loin, en vain. Entre la lecture de deux romans où la famille revendique son droit de vie et de mort sur ses membres et surtout les enfants et descendants. Il n’y a pas de hasard non plus si je travaille dans un service social, c’est ma place, là où je répare mon enfance.

C’est une mère qui venait en consultation PMI avec ses jumeaux qu’elle avait bien du mal à surveiller qui ramenait ce livre prêté par une assistante sociale. Une jeune femme habillée correctement s’exprimant avec aisance. Nous avons parlé de cet ouvrage qui appartient à la bibliothèque du service et je ne comprenais pas ce que cette femme faisait là. Le lendemain en réunion d’équipe, l’infirmière de la PMI soumettait le problème de cette femme et nous expliquait que toute la famille était suivie par les services sociaux, alors que peu de membres avaient des liens de sang. Le parfait exemple de transmission de dettes de la famille, ce que je refuse de toutes mes forces, de toute ma vie,  pour la mienne.

L’auteure nous explique de façon claire et explicite comment les secrets de familles, les malheurs, les haines, les maladies se transmettent de générations en générations. Rechercher et établir son génosociogramme, prendre conscience du problème peut être libérateur. Remettre le chaos à sa place, c’est à dire dans les cercueils des aïeuls et vivre sa propre vie, voilà un bon programme. La lecture est facile mais les nombreuses notes et références sont plus ardues pour les novices en psychologie. Un cours magistral passionnant.

 

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La place

 

La place par Ernaux

 

Annie Ernaux

ISBN : 2070377229

Éditeur : GALLIMARD (30/11/-1)





4ème de couverture :

Il n'est jamais entré dans un musée, il ne lisait que Paris-Normandie et se servait toujours de son Opinel pour manger. Ouvrier devenu petit commerçant, il espérait que sa fille, grâce aux études, serait mieux que lui.

Cette fille, Annie Ernaux, refuse l'oubli des origines. Elle retrace la vie et la mort de celui qui avait conquis sa petite "place au soleil". Et dévoile aussi la distance, douloureuse, survenue entre elle, étudiante, et ce père aimé qui lui disait : "Les livres, la musique, c'est bon pour toi. Moi, je n'en ai pas besoin pour vivre." Ce récit dépouillé possède une dimension universelle.

 

Extraits :

"Sous le bonheur, la crispation de l'aisance gagnée à l'arraché."

"Déjouer constamment le regard critique des autres, par la politesse, l'absence d'opinion, une attention minutieuse aux humeurs qui risquent de vous atteindre."

“Cette méchanceté était son ressort vital, sa force pour résister à la misère et croire qu’il était un homme.”

“Un manque continuel sans fond.”

“Peut-être une tendance profonde à ne pas s’en faire, malgré tout.”

“La même vie désormais, pour lui. Mais la certitude qu’on ne peut pas être plus heureux qu’on est.”

“J’ai glissé dans cette moitié du monde pour laquelle l’autre n’est qu’un décor.”

 

Mon avis :

L’auteure raconte la vie de son père après la mort récente de ce dernier. Elle plonge dans les origines de ses parents, de ses grands-parents. Le milieu agricole, puis ouvrier pour son père et ce petit commerce qui permet à ses parents  d’évoluer et d’occuper une place dans la société et surtout la vie de leur village. Ce père taiseux, fier, simple, donnant le meilleur à sa fille sans comprendre que cela va créer une frontière entre eux. Annie raconte son enfance aussi, l’ouverture sur un monde que ses parents ne connaissent pas et la distance prise au fur et à mesure du temps. La honte devient la place.

Il n’est pas facile d’écrire sur soi ou sa famille et l’auteure a enlevé tout affect de ses écrits. J’ai aimé ce récit d’une vie simple et d’un autre temps, d’un autre monde où la dignité prenait tout son sens.

 

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Encore vivant

 

Encore vivant par Souchon

Pierre Souchon

ISBN : 281261451X

Éditeur : EDITIONS DU ROUERGUE (16/08/2017)



4ème de couverture :

Il se l'était juré, l'HP, il n'y retournerait jamais. Mais alors qu'il vient de faire un mariage prestigieux et qu'il a trouvé un emploi, Pierre Souchon est délogé d'une statue de Jean Jaurès où il a trouvé refuge et embarqué en hôpital psychiatrique. A vingt ans, pendant ses études, il avait basculé pour la première fois et été reconnu bipolaire. Passant à nouveau la "barrière des fous", il se retrouve parmi eux, les paranos, les schizophrènes, les suicidaires, brisés de la misère dont il nous livre des portraits à la fois drôles et terrifiants. Son père vient souvent le visiter, et ensemble ils s'interrogent sur la terre cévenole d'où ils viennent, les châtaigniers et les sangliers, sur leurs humbles ascendants, paysans pauvres et soldats perdus des guerres du XXe siècle. Dans ce récit plein de rage mais aussi d'humour, l'auteur nous plonge au coeur de l'humanité de chacun, et son regard se porte avec la même acuité sur les internés, ses frères dans l'ordre de la nuit, sur le monde paysan en train de mourir ou la grande bourgeoisie à laquelle il s'est frotté. Il est rare de lire des pages aussi fortes, d'une écriture flamboyante, sur la maladie psychiatrique, vue de l'intérieur de celui qu'elle déchire.

 

Extraits :

“Je venais d'entrer dans le cortège effrayant des grands dérèglements.” 

 

“Ça commençait tout juste, et ça ne cesserait jamais.”

 

“Je vous continue.”

 

“C’est pas grand-chose, un grand médecin, ça n’a l’air de rien, ce sont des questions posées à point, quelques sourires, de la complicité point trop n’en-faut - sur cette autorité d’humanité, alors, on peut toujours s’appuyer.”

 

“Il y a toujours quoi qu’on en dise, ce respect absurde pour les disparus, ça, ça se pose un peu là, comme connerie, tu vois, cette espèce de crainte des morts qui veut qu’on transforme en saints des pourritures.”

 

Mon avis :

C’est un récit lucide et violent sur les phases maniaques d’une bipolarité, ou plutôt de Pierre souffrant de bipolarité. La vision de l’auteur nu perché sur la statue de Jean Jaurès ingurgitant des feuilles de buis est une représentation de la vie hors et avec maladie, un superbe cliché de l’homme.

Pierre, nous l’avons tous rencontré un jour ou l’autre, c’est celui qui s’installe avec un groupe de sdf, celui qui prend le train avec des routards pour faire les saisons, la canette de bière et le calumet de la paix au bec, celui qui squatte avec un couple marginal, malheureusement avec enfants, celui qui menace, insulte, et frappe sans qu’on en trouve les raisons. Pierre est malade et les phases maniaques particulièrement aiguës lui valent d’être interné en hôpital psychiatrique.

Pourtant, il est journaliste. Il a réussi sa vie professionnelle et lui, qui dénonce et informe des injustices, trouve le moyen de se marier avec une bourgeoise dont les valeurs sont opposées aux siennes. Garance le quittera ne supportant ni la maladie, ni les infidélités.

Son soutien, son allié qui l’accompagne dans sa vie est son père. Pilier serein indispensable. Son père, garde-forestier, lui raconte la nature, lui rappelle sa campagne et la famille.

Toutefois, j’ai lu dans sa famille les racines de sa maladie. Des êtres violents, mauvais, qui retrouvaient une image sainte en mourant. Je sais, je vais chercher la petite bête mais les citations notées parlent toutes de la famille, pas de la maladie.

Pierre est encore vivant et se bat de toutes ses forces.

 

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Femme à la mobylette

 

Femme à la mobylette par Seigle

Jean-Luc Seigle

ISBN : 2290155160

Éditeur : J'AI LU (03/10/2018



4ème de couverture :

Seule avec ses trois enfants, Reine vit dans une grande précarité. Bien qu’elle porte en elle des richesses insoupçonnées, son horizon se bouche chaque jour davantage et seul un miracle pourrait la sauver… Le miracle c’est une vieille mobylette bleue. Lui apportera t-elle le bonheur qu’elle cherche depuis si longtemps ?

 

Extraits :

"De sa fenêtre, elle mesure pour la première fois de sa vie le poids du silence, le vrai silence, celui sans le chant des oiseaux."

"Ce matin encore, elle repense à ce travail que plus personne ne veut faire parce qu'elle sait qu'il n'y a pas de meilleure place pour elle que là où les autres ne sont pas."

"Désormais ils pourront faire face ensemble à la brutalité de ce monde qui ne dit jamais son nom et qu'ils subissent pourtant depuis tant d'années avec la même violence : l'insignifiance."

"Elle n'a jamais rien voulu d'autre dans sa vie que d'être emportée le plus loin possible tout en restant sur place."

"Dégueulasse. Voilà ce qu’elle pense de tout ça. Dégueulasse., c’est le seul gros mot qu’elle dit, il lui convient; il ressemble à un crachat et fait parfaitement entendre le dégoût."

 

Mon avis :

Parfois je me dis dis que j’ai un sérieux problème mental… Choisir ce livre alors que je passe toutes mes journées de travail avec des femmes comme Reine est une aberration.

Mais bon, il est là ce livre avec la vie de Reine, un peu comme une évaluation de travailleurs médicaux-sociaux, rédigée cette fois par un écrivain poète.

Reine est pleine de richesse mais elle ne le sait pas. Elle survit. Avec ses trois enfants. Avec le chien et le bordel du jardin, laissés par son mari quand il est parti avec une femme plus attirante et riche.

Elle est en fin de droits, nourrit ses enfants avec du chocolat chaud et des tartines le soir, ne peut plus payer la cantine et doit faire avec toutes les mauvaises pensées qui l’assaillent sans lui laisser de répit et lui font frôler la folie sous le regard lucide de ses enfants.

Après une pensée particulièrement morbide puis le soulagement ce matin-là en voyant ses trois enfants se lever, elle décide de se reprendre. Elle va nettoyer la décharge qui lui sert de jardin et la solution est là sous cet amas de ferraille : une vieille mobylette bleue qui va lui permettre d’accepter un job dont personne ne veut. Parce quand on est pauvre à la campagne, on cumule le chômage et le manque de mobilité. Alors cet engin c’est le début de sa nouvelle vie, de sa liberté. Pouvoir acheter des bricoles pour les petits et de la nourriture. S’habiller correctement, être propre et avoir un but dans la journée. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, elle rencontre à nouveau l’amour.

De l’argent, de la dignité, de l’amour, un travail et vous pensez que Reine va s’en sortir ? Vous pensez qu’avec un coup de baguette magique, la vie de cette femme et de ses enfants va changer ? Le malheur colle à la peau comme la crasse, je vous le dis, et pire je suis payée pour le savoir.

 

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Frappe-toi le coeur

 

Frappe-toi le coeur par Nothomb

 

Amélie Nothomb

ISBN : 2253259683

Éditeur : LE LIVRE DE POCHE (02/01/2019)





4ème de couverture :

« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. »

Alfred de Musset

 

Extraits :

“Elle avait déjà pu observer l'effarante capacité d'oubli des gens. Ils oubliaient quand cela les arrangeait, c'est-à-dire très souvent.”

“C’était donc cela, le sens, la raison d’être de toute vie :si l’on était là, si l’on tolérait tant d’épreuves, si l’on faisait l’effort de continuer à respirer, si l’on acceptait tant de fadeur, c’était pour connaître l’amour.”

“Comment allait-elle continuer à vivre, étouffée qu’elle était par le sentiment d’une injustice démentielle ?”

“Fidèle à son inexorable habitude, la vie continua.”

 

Mon avis :

Diane est la fille d’un homme affable et faible, amoureux, et d’une femme jalouse qui vous à sa fille, dès sa naissance, une jalousie haineuse.

Diane grandit avec l’amour de son père et de ses grands-parents maternels et observe sa mère, son Dieu, sans pouvoir l’approcher pour un simple câlin et consciente des sentiments de cette dernière.

Diane constatera que sa mère, Marie, pourtant, aime profondément son fils et adule sa petite dernière l’étouffant par son amour envahissant.

Elle se construira, comprendra qu’elle doit fuir la maison familiale pour un avenir meilleur, vivra chez ses grands-parents et à la mort de ces derniers sera hébergée par les parents de sa meilleure amie.

Depuis toute petite elle sait qu’elle veut travailler avec et sur le coeur humain et entamera des études de médecine pour devenir cardiologue.

Malheureusement elle va nouer une amitié toxique qui réveille cette douleur de l’enfance.

C’est une histoire qui ressemble à un mauvais conte de fée moderne, pointilleux, exigeant et d’une efficacité redoutable. La mère a le mauvais rôle, certes, mais le père dans son déni et son aveuglement remporte la palme de la lâcheté.

Un récit qui ne laisse pas indifférent, qui réveille nos sens nerveux et ceux de la maternité.

 

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