la vie de ma voix intérieure

En totale reconstruction après deux années abominables passées en Lozère où j'ai appris que seuls les humains ne sont pas humains, je continue à partager ma passion de la lecture. Vous pouvez apprendre à me connaître à travers les citations.

Le garçon

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Marcus Malte

ISBN : 2843047609

Éditeur : ZULMA (18/08/2016)




4ème de couverture :

 

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct.

Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.

Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.



Extraits :

 

“Il est des aubes grises qui n'en finissent pas, des trajets qui frisent l'immobile et s'éternisent.”

 

“Il faut du temps, parfois, pour assimiler.”

 

“Qu'importe, souvent compte davantage l'idée qu'on se fait des choses que les choses elles-mêmes.”

 

“On a les rêves qu'on peut.”

 

“Mais ça passe si vite. C’est déjà presque passé. Temps du bonheur et temps du malheur, ne sont ni d’égale mesure ni d’égale valeur.”

 

 

Mon avis :

 

Le garçon a 14 ans quand sa mère meurt. Il l’a portée pendant des heures sur son dos, elle voulait voir la mer. Elle est morte et il est là, sans nom, sans prénom, sans rien. Il fait ce que sa mère lui a demandé, mettre le feu, ne rien laisser de ses affaires personnelles, et il part. On est en 1908. Le garçon ne connaît rien, ni personne. Tout sera apprentissage. Les gens vont l’exploiter, l’aider, l’aimer, selon les rencontres.

 

Quand Emma le percute avec sa voiture, il rencontre la chance de sa  vie, l’amour, plus tard, mais surtout une véritable famille de coeur avec Emma et son père Gustave. L’éducation commence et va durer jusqu’à la première guerre mondiale. Le garçon s’engage malgré Emma, malgré Gustave. Il sera un excellent soldat, la vie de sauvage qu’il a connu avec sa mère l’aide.

 

Emma l’attend, et ils reprendront leur vie sans Gustave qui est mort. L’épilogue est un retour à la nature pour une fin prévisible.

 

En fond de ce récit, tous les faits historiques de ce siècle, une parallèle à un destin hors du commun.


Le style de l’auteur est brillant, il vous emporte malgré vous, dans la vie de ce garçon et dans ce siècle si riche en évènements.

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Un clafoutis aux tomates cerise

 

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Véronique de Bure

ISBN : 2081389061

Éditeur : FLAMMARION (22/02/2017)




4ème de couverture :

 

Lorsque Véronique de Bure prête sa voix de romancière à sa mère, Jeanne, 92 ans, cela donne Un clafoutis aux tomates cerise, le plus joli roman sur le grand âge qui soit.

Ce roman est le journal de Jeanne tenu au fil de quatre saisons : printemps, été, automne, hiver. De jour en jour elle y consigne ses humeurs, ses souvenirs, des événements minuscules et des réflexions désopilante. Jeanne vit seule dans une grande maison à la campagne et elle aime commenter les mots croisés, conduire sa petite voiture, observer Fernand et Marcelle ses voisins, les apéritifs au vin blanc avec ses amies, regarder pousser ses fleurs, remplir son congélateur, ne pas trop subir ses enfants et petits-enfants.

Plus que tout Jeanne aime la vie. Dans un va-et-vient permanent entre humour et tendresse, Un clafoutis aux tomates cerise dessine le portrait de la mère ou de la grand-mère que nous rêverions tous d’avoir et donne un sacré coup de vieux au Journal de Bridgets Jones.



Extraits :

 

"On ne s'ennuie qu'avec les autres, jamais avec soi-même."

 

"Je me rends compte que beaucoup de choses me deviennent indifférentes. On dirait qu'à mesure que la vie se rétrécit, le coeur se dessèche. Comme le reste les sentiments s'usent. Le bruit du monde ne nous parvient plus que de très loin, vague écho d'une vie qui ne nous concerne plus."

 

"Je crois qu'il y a un âge où l'on n'est plus fait pour la vie de famille."

 

"On vit au ralenti. Nos existences commencent à nous peser, nos têtes s'alourdissent de pensées sombres. Alors on laisse entrer les courants d'air, pour oublier. Peu à peu, on lâche prise."

 

"À la campagne, ne plus conduire, c’est un peu mourir. Au début, les gens se déplacent, ils viennent vous voir, et puis, peu à peu, comme ils ne vous voient plus nulle part, ils vous oublient. Alors le vide s’installe, que l’on partage avec une solitude à laquelle il va falloir s’habituer. Et la vie commence à finir."

 

Mon avis :

 

Se mettre à la place de Jeanne 92 ans et découvrir sa petite vie paisible et sereine, n’était pas difficile, plutôt plaisant.

 

Jeanne vit seule à la campagne, alors qu’elle aime la ville. Elle est arrivé là par amour pour son mari, enfin plutôt suite au décès de son beau-père. Elle ne souffre pas de la solitude, elle ne s’ennuie pas non plus quand elle est seule. Jeanne conduit, va faire ses courses dans les différents bourgs et même à la grande ville à plus de quarante kilomètres de la maison. Elle aime bien boire un apéro et jouer aux cartes avec ses amies, elle reçoit et cuisine, continue à ramasser ses légumes dans son potager. Fernand et Marcelle ses voisins la rassurent par leur présence amicale. Souvent ses enfants et petits-enfants viennent la voir pour les différentes fêtes de famille et certains weekend selon les disponibilités des uns et des autres. Ils en profitent pour faire quelque réparations et réglages des différents appareils dont Jeanne a du mal à se servir. La petite Angèle vient faire le ménage une fois par semaine le jeudi.

 

Mais voilà, les saisons passent et Jeanne fatigue. Elle aime ses enfants mais se passerait bien de leurs visites, trop de bruit, trop de monde, d’un coup. Marcelle, la voisine perd la tête et après quelques scènes drôles et bizarres aux yeux de jeanne, elle sera hospitalisée laissant Fernand désemparé. Une amie a un cancer, l’autre doit partir en maison de retraite.

Jeanne tient bon, s’accroche à ses habitudes, sa promenade, ses mots croisés, mais que l’hiver est long et froid !

 

Un excellent moment passé avec Jeanne que je retrouvais avec plaisir matin et soir. J’aimerais tellement que ma mère ressemble à Jeanne !

Un grand merci à Masse critique de Babelio et aux Éditions Flammarion pour cette découverte.

 

Ce roman sera mis en vente à partir du 22 février 2017

 

 

 

 

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Mudwoman

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Joyce Carol Oates

ISBN : 2757840630

Éditeur : POINTS (02/10/2014)

Traduit par Claude Seban



 

4ème de couverture :

 

Abandonnée par sa mère à demi-folle au milieu des marais de l’Adirondacks, Mudgirl, l’enfant de la boue, est sauvée on ne sait trop comment, puis adoptée par un brave couple de Quakers qui l’élèvera avec tendresse en s’efforçant toujours de la protéger des conséquences de son horrible histoire. Devenue Meredith "M.R" Neukirchen, première femme présidente d’une université de grand renom, Mudgirl, brillante et irréprochable, fait preuve d’un dévouement total à l’égard de sa carrière et d’une ferveur morale intense quant à son rôle. Mais précisément épuisée par la conception d’une rigidité excessive qu’elle a des devoirs de sa charge, tourmentée par ses relations mal définies avec un amant secret et fuyant, inquiète de la crise grandissante que traverse les États-Unis à la veille d’une guerre avec l’Irak, confrontée à la malveillance sournoise des milieux académiques, en bref, rongée par trop de défis imprévisibles, M.R. vacille.

Un voyage sur les lieux qui l’ont vue naître va la jeter dans une terrifiante collision psychique avec son enfance.



Extraits :

 

“Elle était très douée pour le pardon. Elle était aussi très douée pour l'oubli. l'oubli est le principe même du pardon.”

 

“Quelle impression lui faisait cet endroit ! La lumière - les lumières scintillantes qui dansaient à la surface de l'eau semblaient pénétrer son coeur. Elle se sentait à la fois euphorique et pleine d'appréhension, comme si un danger la menaçait. Un danger invisible, peut-être. ET cependant il lui fallait aller de l'avant.”

 

“Les plus pitoyables des supplications sont celles que nous faisons dans une totale solitude, sans personne pour nous entendre.”

 

“Il devient nécessaire de croire à l'impossible. Parce que le simplement possible est insuffisant.”

“Il vient un jour, une heure où vous comprenez que la rivière ne court que dans une direction et que rien ne peut inverser son cours.”

 

“L'effort pour parvenir à la civilisation. Pour résister aux illusions. Alors que la boue sale sous le plancher de la civilisation est-elle même illusion.”

 

“Car qu'est-ce que le courage sinon du désespoir ?”

 

“Tu n'as pas à comprendre pourquoi ce qui t'est arrivé est arrivé, tu n'as même pas à comprendre ce qui est arrivé. Il suffit que tu vives avec ce qui reste.”



Mon avis :

 

Sa mère voulait la tuer en le précipitant dans un marais environnant, après lui avoir rasé la tête puis l’avoir vêtue d’une chemise de nuit. Cette petite fille a déjà vécu des horreurs avec cette mère folle et son compagnon qui profite de la situation sur sa soeur et elle, pourtant seuls moments de douceur, aussi effroyables soient-ils. Qui de Jewell, cinq ans ou Jedina, trois ans a survécu ?

 

C’est un trappeur qui a découvert cette petite fille dans les marais, couverte de boue. Elle ira vivre dans une famille d’accueil où les nombreux enfants placés ne seront pas tendres avec elle. Elle sera adoptée par un couple dont la petite fille est décédée. Ils lui donneront le même prénom, beaucoup d’amour et pourtant…

 

Mérédith grandit, étudie, et va devenir M.R., elle obtient une bourse qui lui permet de s’éloigner de ses parents adoptifs. Brillante, elle sera nommée Présidente d’une université. M.R. a 41 ans et revient dans sa région à l’occasion d’un séminaire. La vision du marais lui fait remonter les sensations de son enfance d’un bloc. Incapable de résister, elle ne sera pas présente au séminaire. Elle est au coeur du marais, retrouvant la misère, l’odeur, la déchéance des habitants du marais.

 

M.R. va perdre ses repères, faisant des cauchemars, mettant sa vie professionnelle en danger. Elle ne peut résister mêlant passé et présent.

 

L’auteure nous fait vivre la descente aux enfers de cette femme alternant passé et présent, failles et cauchemars, réalité et visions, jusqu’à cette dépression inexorable et profonde.

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Désolations

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David Vann

ISBN : 2351785258

Éditeur : GALLMEISTER (03/01/2013

Traductrice : Laura Derajinski



4ème de couverture :

 

Sur les rives d’un lac glaciaire au cœur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd’hui adultes. Mais après trente années d’une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irene se résout à l’accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l’assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l’obsession de son mari, elle le voit peu à peu s’enliser dans ce projet démesuré. Leur fille Rhoda, tout à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s’annonce un hiver précoce et violent qui rendra l’îlot encore plus inaccessible.



Extraits :

 

"Ma mère n'était pas réelle. Elle était un rêve ancien, un espoir. Elle était un lieu. Neigeux, comme ici, et froid."

"L'élan qui l'empêchait de s'arrêter en cet instant et de rentrer à la maison. Comment était-ce arrivé ?"

"Il savait qu'il aurait dû se sentir chanceux, mais il n'éprouvait rien d'autre qu'une légère terreur au fond de lui à l'idée de ne pas savoir comment passer la journée, comment meubler les heures."

"On vit et on meurt. Peu importe que l'on se rappelle plus qui l'on est, d'où l'on vient. C'était dans une autre vie."

"Ce qui est juste n'a jamais d'importance. Personne n'en tient compte, au final."

"Ceux qui ne trouvaient pas leur place ailleurs venaient ici, et s'ils ne s'ancraient nulle part, ils basculaient dans l'océan. Ces villes minuscules dans l'espace immense, ces enclaves de désespoir."

"Le début. Il n’existe rien de tel que le début."

 

 

Mon avis :

 

Irène et Gary ont vécu trente ans au bord d’un lac en Alaska. Gary voulait la nature et les grands espaces. Irène a suivi par amour. Ils ont élevés leurs deux enfants. Mais voilà, ils sont l’âge de la retraite tous les deux, enfin surtout Irène qui a travaillé comme institutrice, faisant bouillir la marmite de la famille. Gary lui, a toujours été un rêveur, l’homme aux mille projets qui n’aboutissent jamais, l’homme qui se réveille le matin en se demandant comment il va meubler les heures, survivre à la journée, survivre à la nuit.

 

Il a un dernier projet, une dernière folie : construire une cabane de trappeur sur une île où il a acheté un terrain. Le rêve de l’Alaska, vivre isolé, ne dépendre que de soi-même. Le lac gelé l’hiver est impraticable. La nature sauvage a quelque chose d’attirant et qui paraît facile. Elle peut vite devenir glaciale et impitoyable.

 

Irène le suit et l’aide par amour et surtout pour ne pas le perdre. Car si Gary a toujours eu des projets, il ne peut rien faire seul. Pourtant leur mariage est une île de solitude où la communication est faite de mesquineries, de pressions, de culpabilité.

 

Rhoda, leur fille, leur opposé est partie vivre à la ville. Contrairement à ses parents, elle aime le confort, la modernité. Elle court après un idéal de vie en regardant le face à face de ses parents avec inquiétude. L’hiver arrive, Irène et Gary campent sur leur île en essayant de construire leur masure.


L’écriture de l’auteur est addictive et ressemble à une bombe à retardement mais on ne sait jamais à quel moment tout va exploser. Il expose ses magnifiques grands espaces, décrit une nature magnifique tout en démontrant que l’homme doit être solide et sans failles pour pouvoir y vivre. Magnifique roman.

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La fille sur la photo

La fille sur la photo

 

 

Karine Reysset

ISBN : 2081395517

Éditeur : FLAMMARION (04/01/2017)




 

 

4ème de couverture :

 

Quand elle accourt au chevet de Garance, la fille de son ancien compagnon, Anna doit faire face à tout ce qu'elle a cru laisser derrière elle. Le foyer qu'elle a fui et la place incertaine qu'elle y a tenue pendant dix ans. Son histoire d'amour avec le «grand homme», réalisateur de renom, qu'elle a quitté pour un admirateur plus inquiétant qu'il n'en avait l'air. Les trois enfants qu'elle a «abandonnés», après les avoir aimés comme s'ils étaient les siens. Les raisons de son départ, dont elle-même a fini par douter, et les traces qu'il a laissées dans le coeur des uns et des autres. Est-il trop tard pour recoller les morceaux? Est-ce seulement souhaitable?

Avec autant de vigueur que de délicatesse, Karine Reysset suit son héroïne dans sa quête d'identité et d'indépendance.



Extraits :

 

“Je dérivais doucement, me laissant porter par le courant. Je ne souffrais pas tellement de la solitude. Personne ne me connaissait, je me sentais libre.”

 

“Je ne sais plus qui je suis. Cerveau pâte à pizza, coeur troué de part en part, je suis sans contours. J'ai toujours dû m'inventer, me réinventer pour plaire. J'ai toujours voulu plaire à quelqu'un.”



“Je voudrais m'éteindre pour ne plus m'entendre penser, me débrancher et qu'on n'en parle plus.”

“Son caractère s'est affermi au fil des années, et son âme est un soleil.”

 

“Nulle présence si ce n'est celle de la mer, avec son ressac comme un souffle incessant, et de cette minuscule lumière au loin.”

 

“Je suis en paix avec moi-même. J’ai mis de l’ordre dans mes sentiments. Je me reconstruis à chaque fois, avec quelques pièces en plus ou en moins. Je peux me réinventer à volonté. J’ai ce pouvoir, cette faculté.”



Mon avis :

 

Anna a quitté son foyer, l’homme qu’elle aimait, les enfants de l’homme qu’elle a choyés et adorés, deux filles et un garçon, pour un amour chaotique mais peut être plus facile du moins au début.

 

Un an plus tard, Serge, son ancien compagnon, réalisateur de renom, lui lance un appel au secours. La benjamine, Garance est hospitalisée suite à une fête qui a dégénérée. Anna part en Bretagne et ce retour en arrière provoque une sorte de bilan de vie.

 

Son départ de la maison où elle se sentait prisonnière, les enfants qu’elle aimait mais sans aucun pouvoir de décision sur leur éducation, son syndrome de la page blanche. Cette impression de subir sa vie. Elle réfléchit à toute vitesse, ses souvenirs arrivent dans le désordre.

 

Anna nous raconte ou plutôt se remémore la mort de sa mère, sa présence à son chevet alors que sa mère a abandonné ses trois enfants des décennies plus tôt. Son désir de lui pardonner et de l’aimer, son ressentiment, le fait que personne ne la soutienne dans cette période à part un admirateur, le fameux avec qui elle partira plus tard, encore un mauvais choix dans sa vie. Il y a eu l’abandon du père aussi, qui refera sa vie, le placement chez leurs grand-parents. Sa grande soeur Betty aura une vie mouvementée, son petit frère aussi, chacun réagit au malheur comme il peut.

 

Anna restera dans le droit chemin sans se faire remarquer mais sans vivre aussi. D’études sans grand intérêt au job de garde d’enfants sans motivation, elle fera alors la rencontre de Serge sur un plateau de cinéma où elle s’apprête à dormir, étant plus ou moins sans-abri. Il l’héberge et le reste suit. Une vie facile pendant dix ans où elle se s’impose pas.

 

La mort de sa mère crée un bouleversement dans sa vie si lisse et si ses choix ne sont pas toujours bons pour elle, ils vont au moins lui faire comprendre qu’elle doit vivre pour elle. Un passage sur un chantier de sa soeur, un oeil sur son petit frère, des discussions sincères avec les enfants de Serge, une mauvaise rencontre et une fausse-couche suite à une fuite et une chute de trois mètres, Anna comprend enfin qu’elle doit vivre pour elle, devenir responsable, autonome, indépendante.

 

L’histoire est centrée sur Anna, personnage principal, mais loin d’être apitoyant, ce récit nous fait comprendre que les choix de la vie d’adulte viennent principalement de l’enfance. Anna doit vivre avec ce sentiment d’abandon et en être consciente.

 

J’ai retrouvé avec plaisir le style délicat et sensible de Karine Reysset, sa facilité à raconter les écorchés de la vie. À lire doucement et par petites touches.


Un grand merci à BABELIO et aux Éditions FLAMMARION

 

 

 

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Cet été-là

 

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William Trevor

ISBN : 2757834630

Éditeur : POINTS (2013)




4ème de couverture :

 

Nous sommes à Rathmoye, petite ville d'Irlande, dans les années 1950. Lors des obsèques de la vieille et riche Mrs Connulty, Ellie, seconde épouse du fermier Dillahan, rencontre Florian Kilderry. Il photographie les endeuillés, les femmes, le cimetière… Florian Kilderry attire les regards, suscite la curiosité des indiscrets, mais lui n’a d’yeux que pour Ellie.

L’amour s’empare d’eux. Ellie croit qu’elle va rompre avec la monotonie de sa vie, avec la tendresse sans relief et pourtant sincère de son époux. Mais Forian, jeune homme depuis peu orphelin, ne songe qu’à quitter l’Irlande. Il n’est que de passage...

 

 

Extraits :

 

"Le temps de la souffrance était révolu, et pourtant elle aurait voulu qu'il n'en fût rien, elle aurait voulu qu'il en restât toujours une trace - une grimace de douleur, un frisson, une partie de sa colère non encore assouvie."

 

"Mais on ne rompt pas avec un endroit parce qu'il n'existe plus, on ne rompt pas avec ce que l'on était lorsqu'on ne fait plus partie de cet endroit."

 

"Le mépris était l'une des manières d'exprimer son ressentiment."

 

"Lorsqu’elle recommença sur une nouvelle page, elle ne trouva pas d’autres mots, pas d’autre manière d’exprimer, sans trop se dévoiler, le désespoir qu’elle éprouvait. Et même le peu qu’elle dévoilait risquait de déconcerter et d’alarmer."



Mon avis :

 

Florian vend la maison familiale trop grande pour lui. Son projet est de partir mais en attendant il trie les affaires de ses parents décédés et se promène à vélo pour faire des photos dans les villages voisins.

 

Il arrive à Rahtmoye, petit village irlandais, en plein enterrement d’une femme pieuse et renommée. Les villageois sont présents pour lui rendre un dernier hommage. Florian prend des photos  du cimetière, des gens, et se fait beaucoup remarquer.

 

Parmi les villageois se trouve une jeune femme, Ellie, mariée avec un fermier. Elle aussi remarque Florian.

Leurs sentiments comme l’été, prennent un peu de temps pour se mettre en place. Puis, comme une évidence, c’est l’amour fou, les rencontres cachées puisqu’Ellie est mariée, l’espoir d’une nouvelle vie pour elle, un bel été pour lui.

 

Autour d’eux, certains villageois se posent des questions, s’inquiètent pour Ellie. Puis cet été si beau, si lent ne fait rien pour arranger les choses. Ellie se pose beaucoup de questions sur sa condition de femme mariée, son mari, gentil bonhomme traînant ses propres failles, le fait de ne pas avoir d’enfant. Ellie se met à rêver. Le rêve de Florian est de quitter l’Irlande, seul.


C’est l’amour d’un bel été dans les années 50, une pause agréable dans ce monde.

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Sukkwan Island

 

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David Vann

Laura Derajinski (Traducteur)

ISBN : 2351780302

Éditeur : GALLMEISTER (2010)




4ème de couverture :

 

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

 

Sukkwan Island est une histoire au suspense inoubliable. Avec ce Roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres l'âme humain, David Vann s'installe d'emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.



Extraits :

 

“Je crois que j'ai vécu trop longtemps au mauvais endroit. J'avais oublié à quel point j'aime être près de l'eau, à quel point j'aime voir les montagnes se dresser comme ça, et sentir l'odeur de la forêt, aussi.”

“Je ne sais pas à quoi c'est dû, je ne me suis jamais senti à ma place nulle part. Quelque chose me manquait.”

 

“Il sentait que tout cela dégageait un parfum d'inévitable, qu'il n'avait en réalité pas le choix.”

 

“Le truc, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche chez moi. Je ne peux jamais faire ce qu’il faut, jamais être celui que je suis censé être. Il y a quelque chose qui m’en empêche.”

 

“Il aurait voulu ne pas être celui qu’il était, ne jamais trouver personne. S’il trouvait quelqu’un, il faudrait lui raconter son histoire qui, il devait bien l’admettre, semblerait terrible.”

 

“Il lui faudrait bien réintégrer sa vie un jour ou l’autre. Il ne pouvait pas passer les cinquante prochaines années assis avec sa douleur.”

 

“Sa peur atroce avait presque disparu, mais une part de lui-même qu’il ne comprenait pas bien aurait voulu que son père meure de sa chute, pour qu’il soit soulagé, pour que tout s’éclaircisse et qu’il puisse reprendre le cours normal de son existence.”

 

 

Mon avis :

 

Roy ne voulait pas vraiment se retrouver pendant un an sur cette île en Alaska en compagnie de son père. Sa première réponse était négative,  Mais sa mère lui a demandé de bien réfléchir et il a compris qu’il était plus ou moins obligé d’accepter. Ses parents ont divorcé des années plus tôt et il vit avec sa soeur et sa mère en Californie. Il ne connait pas trop son père mais le sait fragile et instable.

Les premiers jours sur l’île vont lui donner raison. Jim, son père n’a rien préparé pour les conditions hivernales terribles de cette région. Roy du haut de ses treize ans doit organiser et prendre en charge les repas en pêchant, vidant le poisson, le cuisinant. La nuit il écoute son père pleurer et s’apitoyer sur son sort. Jim marche beaucoup. Souvent Roy le suit jusqu’au jour où Jim tombe d’une falaise. Roy le traîne jusqu’à la cabane, veille sur lui. Il ne peut prévenir personne, la radio ne fonctionne pas. Roy a un doute : son père est-il tombé ou s’est-il jeté du haut de la falaise ? Jim se remet de sa chute, comptant de plus en plus sur son fils pour le quotidien.

La marche vers l’enfer est enclenchée. La descente va être rude, lente, surprenante, choquante. L’état de sidération est total.

 

Je ne peux en raconter plus mais pour une fois je vais vous donner mon ressenti. Il n’y a rien de pire pour un enfant de ne pas se sentir en sécurité avec un parent. Alors lorsqu’il doit, en plus, prendre en charge cet adulte qui est censé le protéger, le sentiment d’insécurité est décuplé et l’envie, que tout cela s’arrête, est présente comme une voix lancinante. L’envie de reprendre une vie normale d’enfant.

 

Impossible d’écrire de cette façon sans avoir vécu ce sentiment de terreur. J’ai tourné les pages, rapidement, me demandant où était le bouton pause, histoire de reprendre mon souffle, mes esprits. Mais non, jusqu’au bout, jusqu’au fond du trou, jusqu’à l’éternité, jusqu’à la dernière page, dernière phrase, dernier mot.


Un récit époustouflant, choquant mais combien salutaire !

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Le bruit des autres

 

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Amy Grace Loyd

ISBN : 2253194433

Éditeur : LE LIVRE DE POCHE (2015)




 

 

 

4ème de couverture :


Depuis la mort de son mari, Celia tient le monde à distance. Propriétaire d'un immeuble à Brooklyn, elle a choisi ses locataires pour leur discrétion.Puis il y a l'arrivée de Hope, une belle femme un peu perdue, fuyant un mari infidèle. Lorsque Hope entame une liaison dangereuse et qu'un de ses locataires disparaît soudainement, Celia voit ses murs vaciller. L'équilibre précaire qu'elle était parvenue à construire vole en éclats et l'oblige à sortir d'elle-même. Amy Grace Loyd ausculte le bruit des autres à travers les murs d'un brownstone et guette les désordres, les désirs de ce petit monde. Une exploration sans tabou du deuil, du sexe et des petits arrangements avec la vie dans un New York voluptueux et brûlant.



Extraits :

 

"Était-ce cela qui nous échappait dans la collecte de nos déceptions : la vie donnait autant qu’elle prenait, à partir du moment où on était disposé à additionner aussi bien les gains que les pertes, avec lucidité ?"

 

"Une grande partie de l'existence consiste à décider quand résister ou non, quand on peut se laisser porter et quand on ne le peut pas, quand on ne peut pas se le permettre."



"Le mode de vie américain nous pousse à suivre un processus de renaissance triomphante, constante ou de céder la place. J'ai été ravie de céder la place."

"Le corps d'une femme vieillissante. C'est un paysage qui, alors même qu'il s'efface, exige beaucoup du regard. Ou qui devrait. Il n'y a pas deux paysages semblables."

 

"Dans son cas, j'en étais venue à penser que cette tendance au dépouillement constituait une invitation, une marque d'optimisme ; il laissait de la place aux autres ou bien, les jours où la vie paraissait trop encombrée, au plaisir du vide."

 

"Et ce n'était pas mon rôle, non plus, de lui expliquer que lorsque quelqu'un tombe, que quelqu'un se fait surprendre par la douleur, il vaut mieux qu'une personne soit là pour le retenir au lieu de le déstabiliser et de lui enseigner les plaisirs de la chute."



Mon avis :

 

Celia, une petite quarantaine, a trouvé comment mettre le monde à distance après la mort de son mari. Elle a acheté un petit immeuble, l’a rénové et a choisi ses locataires avec soin, privilégiant la discrétion et le calme.

 

Elle peut vivre par procuration, s’occupant de son locataire du dernier étage, un vieux monsieur qui a tendance à s’éloigner des contraintes journalières. Tout est fait discrètement et c’est très bien comme ça. Le couple du deuxième vit plutôt au dehors, lui sportif, elle militante. Puis Georges au premier étage, professeur et locataire idéal. Celia occupe l’appartement du rez-de-chaussée donnant sur un petit jardin qu’elle laisse à l’abandon. Elle écoute le bruit des autres, feutré, en avalant des anti-dépresseurs ou de l’alcool. Elle a passé toute une période à suivre les gens dans la rue, dans le métro, faisant des rencontres glauques. Celia a un passé douloureux, les années de bonheur avec son mari sont finies aussi, ses démons réapparaissent parfois, la vie aussi avec une certaine sensualité.


Tout bascule le jour où Georges, son locataire idéal a décidé de profiter de la vie et part en Europe pendant un an. Il insiste auprès de Celia pour sous-louer son appartement à une amie ayant besoin d’un appartement. Celia hésite beaucoup mais finit par accepter. Hope est tout son contraire. Elle est bruyante, vive, malgré le fait qu’elle vit une rupture. Elle amène ses petits amis dans l’appartement, se fait maltraiter, manipule les gens, bref, un véritable bonheur ! Elle va entraîner Celia dans sa vie mouvementée et j’ai bien ri en lisant la suite. On ne peut pas se protéger de tout dans la vie.

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Et je danse, aussi

 

9782265098800

 

 

 

Jean-Claude MourlevatAnne-Laure Bondoux

ISBN : 2265098809

Éditeur : FLEUVE EDITIONS (2015)




 

4ème de couverture :

 

La vie nous rattrape souvent au moment où l’on s’y attend le moins.

 

Pour Pierre-Marie, romancier à succès (mais qui n’écrit plus), la surprise arrive par la poste, sous la forme d’un mystérieux paquet expédié par une lectrice. Mais pas n’importe quelle lectrice ! Adeline Parmelan, "grande, grosse, brune", pourrait devenir son cauchemar… Au lieu de quoi, ils deviennent peu à peu indispensables l’un à l’autre.

 

Jusqu’au moment où le paquet révèlera son contenu, et ses secrets.

 

Ce livre va vous donner envie de chanter, d’écrire des mails à vos amis, de boire du schnaps et des tisanes, de faire le ménage dans votre vie, de pleurer, de rire, de croire aux fantômes, d’écouter le Jeu des Mille Euros, de courir après des poussins perdus, de pédaler en bord de mer ou de refaire votre terrasse.

 

Ce livre va vous donner envie d’aimer. Et de danser, aussi !



Extraits :



"Chuter, choir, flancher, trébucher, n'arrivait pas par hasard mais pratiquement toujours à un moment où les gens se trouvaient intérieurement privés de leurs repères, et déséquilibrés."

 

"La vie s'est toujours chargée de me ramener à la modestie."

 

"Mais, vous savez, c'est parce que les enfants me touchent. Me bouleversent. Me rendent folle d'amour et aussi : de chagrin."

 

"Même si on ne rattrape jamais le temps perdu, on peut décider de ne plus en perdre."

 

"Mais la vie est un enchaînement, et tout se tient."



Mon avis :

 

J’ai terminé ce livre il y a quelques semaines et je n’arrive pas à donner mon avis sur ma lecture depuis. J’ai choisi ce livre à la médiathèque de mon village pour de mauvaises raisons. Deux auteurs donc un de trop pour moi, un échange épistolaire, une lecture facile pour une fin d’année chargée et un cerveau surchargé. J’ai même poussé le vice à choisir le livre en gros caractères pour ne pas avoir à sortir les lunettes.


Je pouvais commencer à lire cette histoire que je pensais insipide. Mais si Pierre-Marie écrivain en panne d’inspiration est prévisible, Adeline, bourrée d’humour, entretient le suspense. Leur échange autour de ce paquet envoyé par Adeline va prendre un tour inattendu. De confidences en vérités, de séduction en vacheries, leur destin est lié, mais si vous voulez tout savoir, et bien, il vous faudra lire ce récit drôlissime et émouvant parfois. Je l’ai lu d’une traite, je l’ai aimé et j’y pense encore avec sourire.

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Le rendez-vous

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Joyce Carol Oates

Catherine Dreyfus-Soguel (Traducteur)

ISBN : 2234025060

Éditeur : STOCK (1993)

4ème de couverture :

Une jeune femme va et vient dans son appartement. Elle prend une douche, se maquille, allume une cigarette, boit une bière, choisit et enfile une robe. Et sort. Elle a rendez-vous.

Comme la nouvelle-titre, la quarantaine d'histoires qui composent ce recueil, écrites avec cette urgence qui paraît seule capable de capter l'émotion et la simultanéité des sentiments, racontent des moments de vie ordinaire. Moments qui, pourtant, ont laissé dans l'esprit de ceux qui les ont vécus la sensation fugitive de l'extraordinaire.

Extraits :

"Et à cet instant elle comprend que leur vie va être déchirée bien qu'elle ne sache pas, tandis qu'elle avance vers lui au ralenti, ni comment, ni pourquoi." (Ralenti)

"Mais la tentation est là de se laisser aller au désespoir, à la haine de soi. Plus facile de se détester que de se respecter : ça demande moins d'imagination. " (La tique)

"Comme la joie, le désespoir est contagieux." (En élongation forcée)

Mon avis :

Un recueil d’une quarantaine de nouvelles très courtes. Des moments précis dans la vie des personnages, des instants qui pourraient être anodins mais qui vont laisser une trace indélébile. Les personnages subissent et ne peuvent réagir pour changer le destin parfois, malgré eux. La nouvelle la plus marquante pour moi est Ralenti. Une femme est chez elle et voit son mari rentrer en voiture comme d’habitude. Non pas comme d’habitude, elle sent, elle sait que ce jour là n’a rien à voir avec les jours d’avant. C’est l’instant saisi avant le chaos, avant l’annonce. Elle avance vers lui, au ralenti et elle sait que leur vie ne sera jamais plus la même. De courtes histoires bluffantes.

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