la vie de ma voix intérieure

En totale reconstruction après deux années abominables passées en Lozère où j'ai appris que seuls les humains ne sont pas humains, je continue à partager ma passion de la lecture. Vous pouvez apprendre à me connaître à travers les citations.

N'être personne

 

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Gaëlle Obiégly

ISBN : 207270670X

Éditeur : VERTICALES (03/01/2017)




 

 

4ème de couverture :

 

«Je m'utilise comme si j'étais un instrument. De toute façon, je suis une toute petite partie d'un être immense et souvent je dis des conneries. C'est pour ça que je cherche à n'être personne. Ça me permet d'en dire moins. Ou plus, mais sans craindre pour ma réputation.»

Hôtesse d'accueil accidentellement enfermée un week-end entier dans les wc de son entreprise, la narratrice de N'être personne va endurer cette épreuve avec les moyens du bord (de la sagesse, du papier hygiénique, un stylo bic) en improvisant un cabinet d'écriture. Au gré de remémorations, apparemment chaotiques, elle se trouve peu à peu traversée par tous les âges de la vie.



Extraits :

 

“On se fait soi-même, avec l'aide des autres, chaque jour on recommence. Et la nuit nous défait.”

 

“Des terreurs et en même temps je n'ai peur de rien. Le danger, il vient de moi-même. Je me fais tout un monde de rien et soudain je tombe dans le désespoir.”

 

“La pensée c'est inclassable, c'est imparfait, autonome, ça n'entre pas dans un genre.”

 

“Les gens que j'aime sincèrement, je ne veux pas les décevoir en réussissant trop ma vie.”

 

“Peut-être que le mal vous égare, mais le bien vous séquestre.”

 

“C’est comme ça, je ne peux pas aimer mes semblables. Le nous, c’est surchargé. Je préfère la gracilité du je.”

 

“J'ai fermé la porte brusquement et au moment où j'ai tourné le verrou, plus par réflexe que par nécessité vu que j'étais seule dans l'immeuble, j'ai regretté mon geste vigoureusement. “



Mon avis :

 

Ceux qui me connaissent vont comprendre la raison du choix de ce livre en lisant le résumé (vont rire et se moquer).

 

La narratrice enfermée un weekend dans les toilettes de l’entreprise où elle travaille comme réceptionniste va vite se résigner. Armée de papier wc et d’un stylo, elle se remémore des instants de sa vie avec des dates précises mais sans ordre cohérent. Ce livre pourrait aussi s’appeler : la voix de ma vie intérieure.

 

Et il faut dire qu’elle est riche cette vie intérieure. notre réceptionniste se pose des questions sur tout, nous raconte son enfance à la campagne, puis la vie à la ville, les voyages dans le monde, l’amitié, l’amour, la politique tout y passe. Malgré son don pour les langues, pour l’écriture, la littérature, son choix premier est de passer inaperçue : n’être personne prend toute sa dimension. Vaguement communiste, franchement en marge de la société, elle s’entoure de ses morts et de ses souvenirs. Son boulot est une planque, rien d’autre.

 

C’est une écriture différente, une construction hors norme, un récit savoureux mais déroutant. Des pensées jetées pêles-mêles, un questionnement sur le sens de la vie. Si vous aimez les romans classiques, passez votre chemin.

 

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Mo a dit

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James Kelman

ISBN : 1022607057

Éditeur : MÉTAILIÉ (14/09/2017)

Traductrice : Céline Schwaller




4ème de couverture :

 

Helen travaille de nuit dans un casino comme croupière, et vit dans un minuscule appartement de la banlieue londonienne, avec sa petite fille de six ans et son compagnon, Mo, anglo-pakistanais, qui trouve qu’elle est tordue. Plus que tordue, dit-elle.

Les pensées filent en roue libre – racisme ordinaire, sexisme à la petite semaine, résistance au quotidien –, Helen somnole, se souvient, rêve et s’obsède, comme une Molly Bloom de banlieue, en moins frivole. Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme, entre la bouilloire qui fuit et le sommeil qui ne vient pas, l’avalanche des problèmes matériels et une vie exiguë qui paraît sans issue.

Le monologue intérieur d’un personnage à la Ken Loach, dans la langue bouillonnante de James Kelman, toujours au plus près de ce qu’on n’appelle plus la classe ouvrière.



Extraits :

 

“L'amertume hante les gens.”

 

“L'époque censée être heureuse, quand la vie était censée être belle.”

 

“Lumière du matin mais des ombres persistaient. Des ombres de nos vies. Une ombre de notre vie. Ce que sont nos vies. Ces ombres, dans ces ombres.”

 

“Les gens possédaient des morceaux de vous.”

 

“Les gens sont pas toujours capables de sourire, c'était usant de devoir se forcer. Les sourires perpétuels. Souris, souris, pourquoi tu souris pas ?”

 

“Seulement attendre, ça représentait combien de temps de sa vie, attendre, et toujours les autres, c'est leur vie qui compte, la leur et pas la vôtre.”

 

“Plein de temps mais pas le temps. C’était donc ça la vie ? C’était ça la vie. La sienne en tout cas.”



Mon avis :

Nous entrons directement dans le cerveau d’une jeune femme Helen, perpétuelle angoissée qui ressasse et rumine ses pensées.

Helen, travaillant de nuit, partage un taxi avec quelques collègues et amies pour rentrer. Ce matin là une scène particulièrement violente, du moins pour elle, va déclencher ses mauvaises pensées. A un carrefour assez dangereux, elle voit, deux pauvres bougres, certainement sans domicile, traverser dangereusement devant les voitures. Elle seule remarque la scène, ses collègues papotant. Et c’est toujours comme ça. Elle seule voit ce genre de scène. Et traumatisme supplémentaire, elle pense reconnaître son frère Brian dans l’un des deux hommes.

Arrivée chez elle, sans faire de bruit car sa fille Sophie et son compagnon Mo dorment encore, elle sort de vieilles photos de sa famille pour vérifier. Les vieux souvenirs affluent, pas très agréables.

Attention le départ est imminent pour les pensées et la vie d’Helen :  son enfance, la mort de son père, le départ de son frère, l’indifférence de sa mère, le père de sa fille, la personnalité de sa fille, le taudis où ils vivent, son travail de nuit et Mo son compagnon pakistanais, si gentil et si bizarre. Puis la société, l’amitié, le racisme, le quartier, tout y passe pendant 24 heures, sans une pause, sans un ouf, le cerveau d’Helen fume, transpire et ça l’empêche de dormir, même de se reposer.

Deux particularités du style de l’auteur : on parle d’Helen ou d’elle, jamais de phrase à la première personne du singulier et pourtant je lisais et j’étais dans les pensées d’Helen. Et malgré sa vie difficile aux frontières de la précarité, son enfance loin d’être idyllique, il n’y a pas de négation dans ses phrases, comme si sa vie était presque belle, comme si elle essayait d’y croire.

Cette histoire est écrite d’un bloc sans chapitre, juste quelques paragraphes pour sauter d’une pensée à une autre.

Même la photo de la couverture du livre est parfaite : une femme assise, chez elle, avec son manteau encore sur le dos.

Un grand merci à Masse critique de Babelio et aux Éditions Métailié pour cette découverte particulière mais combien agréable !

 

 

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La mort de Santini

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Pat Conroy

ISBN : 295601210X

Éditeur : LE NOUVEAU PONT (12/09/2017)

Traductrice : Marie Bisseriex




4ème de couverture :

« J’ai détesté mon père bien avant de savoir qu’il existait un mot pour la haine. »

Ce livre en forme de mémoires se lit comme un roman. Pat Conroy, auteur acclamé du Prince des Marées, revient ici sur sa relation avec son père, pilote de chasse émérite chez les Marines mais patriarche maltraitant sous son propre toit.

Aîné d’une fratrie de sept enfants trimbalés de base aérienne en base aérienne à travers tout le Sud des États-Unis, Pat témoigne du lourd tribut payé par tous du fait de la cruauté du père. Mais La Mort de Santini est un livre de réconciliation. Père et fils avaient fini par trouver un terrain d’entente et ce père tant haï lui manqua terriblement après sa mort. Dans ce récit passionnant, c’est toute la destinée des Conroy que l’auteur passe au crible, y compris celle de sa mère Peg, la ligne de vie qui le reliait à un monde meilleur, celui des livres et de la culture.

De sa belle plume d’écrivain du Sud, parsemée d’humour, Pat Conroy nous emmène des Appalaches jusqu’à l’Irlande, en passant par Chicago et par sa bien-aimée Caroline du Sud.



Extraits :

“J'ai dû me battre pour être témoin de ma vie et pour l'enregistrer en mémoire. Je connais bien la douleur tapie derrière les pertes de mémoire nées du chaos.”

 

“Mon enfance ne fut que le prélude et le creuset du bazar que j'allais provoquer dans ma vie d'adulte.”

“Depuis ma toute jeune enfance, j'ai toujours été familier du désastre et de la catastrophe mais je me méfiais du triomphe, sous toutes ses formes. Les mauvaises nouvelles sont mon terrain de prédilection et c'est dans les bagarres que je me sens le plus chez moi.”

“Je ne crois pas aux familles heureuses. La famille est un vaisseau trop fragile pour parer aux risques de toutes les pulsions guerrières en action quand un tel groupe se retrouve sur un même terrain. Quand une famille se réunit dans l'harmonie, chacun sait bien que toutes les issues ont été minées avec des explosifs artisanaux.”

“Ma famille est ma ration d'enfer, ma flamme éternelle, mon destin et mon temps sur la croix.”

“Pour nous, l'amour était un cercle et un labyrinthe dont tous les passages et les culs-de-sacs étaient gardés par des monstres, créés par nous-mêmes.”

“Mais j’avais besoin de douceur dans la vie et d’une source infinie de compréhension.”



Mon avis :

Dans mon petit larousse en couleurs que je traine depuis mon enfance la définition de famille me fait plutôt rire : "Le père, la mère et les enfants", groupes d'êtres ou des choses présentant des caractères communs"

Cette phrase faisait partie de mon avis sur Beach Music, elle est valable pour cette autobiographie. Et cela m’étonne toujours autant : comment ces sept enfants peuvent avoir l’esprit de famille en ayant subi violence et maltraitances en sillonnant le pays en long en large selon les affectations du père militaire ?

Dans la fratrie un se suicidera, une aura des problèmes psychiatriques importants et Pat, le narrateur et l’aîné traînera sa vie d’adulte de dépressions en dépressions.

Malgré tout, ils resteront proches de leurs parents. Pat vouera un amour inconditionnel à sa mère, alors qu’elle est aussi responsable que son mari de la situation. Elle poussera le bouchon à demander le divorce,  alors que les enfants sont devenus des adultes.

Le grand Don qui a frappé et maltraité femme et enfants en sera tout penaud et malheureux ne comprenant pas les raisons de son épouse. Il arrivera même à devenir célèbre à travers les romans de son fils en niant la réalité.

Pourtant ce récit, loin d’être un conte de fée, est une déclaration d’amour, une réconciliation entre Pat et Don. Autour d’eux gravite la famille au sens large du terme.

Un style tendre et cynique, des situations cocasses, des souvenirs douloureux et une acceptation de ce qu’on ne peut pas changer. À lire !

Un grand merci à Babelio et aux Éditions Le Nouveau Pont pour cette lecture passionnante.

 

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Continuer

 

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Continuer

Laurent Mauvignier

ISBN : 2707329835

Éditeur : EDITIONS DE MINUIT (01/09/2016)





4ème de couverture :

 

Sibylle, à qui la jeunesse promettait un avenir brillant, a vu sa vie se défaire sous ses yeux. Comment en est-elle arrivée là ? Comment a-t-elle pu laisser passer sa vie sans elle ? Si elle pense avoir tout raté jusqu’à aujourd’hui, elle est décidée à empêcher son fils, Samuel, de sombrer sans rien tenter.

Elle a ce projet fou de partir plusieurs mois avec lui à cheval dans les montagnes du Kirghizistan, afin de sauver ce fils qu’elle perd chaque jour davantage, et pour retrouver, peut-être, le fil de sa propre histoire.



Extraits :

 

“Les mots qui sont dits sont juste ceux qui ont assumé la vitesse de la pensée.” 

 

“Les mots sont ici comme tous ces poids morts dont on se débarrasse parce qu'ils ne servent qu'à alourdir les bagages.”

 

“Il regarde sa mère comme s'il ne le connaissait pas, et c'est vrai que, d'une certaine manière, il ne la connaît pas.”

 

“Quand le présent vous comble, pourquoi aller chercher demain ce qui s'accomplit pleinement chaque jour ?”

 

“Chacun a fait ce qu’il a pu pour que les choses continuent sans trop de problèmes, sans trop de heurts, pour éviter d’assumer la colère, la haine, le mépris d’un côté, ou le regret, le dépit, la honte de l’autre.”



Mon avis :

 

Sybille décide de vendre sa maison de famille pour partir faire du cheval dans les montagnes du Kirghizistan, afin de sauver son délinquant de fils.

Il faut dire qu’elle ne donne pas le bon exemple à la maison, le peu de temps qu’elle s’y trouve. Séparée du père de son fils, elle traîne en robe de chambre, le plus souvent attablée dans la cuisine, les cigarettes se succédant dans le grand cendrier. Son fils la déteste, il préfère son père qu’il ne voit que de temps en temps le weekend.

Sibylle, je l’aime et je la déteste, elle me ressemble trop. Elle donne l’impression de sombrer à chaque claque de la vie. Elle stagne un moment au fond du trou mais c’est pour mieux se relever et elle repart faire sa guerre, increvable (ah je l’ai bien choisi ce mot).

Elle est capable de tout, du pire comme du meilleur, mais surtout de se lancer des défis stupides et insurmontables.

Ce voyage pour faire comprendre à son fils qu’on est aussi responsable de se laisser entraîner dans une impasse que de s’y embarquer soi-même en est un bon exemple.

Pendant ce périple fait d’attaques, d’invitations chez les locaux et de rencontres improbables, Sibylle écrit sa vie, ses regrets, ses forces. Pendant ce temps, son fils l’ignore et continue à la détester, le casque vissé sur les oreilles pour écouter sa musique.

Un autre mauvais choix pendant leur séjour va les faire culbuter dans l’horreur. Pour le coup, Samuel va rentrer un peu plus vite dans le monde des adultes prenant enfin des décisions.

L’auteur écrit des histoires qui ne peuvent laisser indifférent, il va chercher les failles de ses personnages et ensuite il creuse jusqu’au point de non retour.

 

 

 

 

 

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La vie obstinée

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Wallace Stegner

Éric Chédaille (Traducteur)

ISBN : 2859408185

Éditeur : PHÉBUS (29/04/2002)



4ème de couverture :

 

Pour certains, La Vie obstinée est bien le chef-d'oeuvre de Wallace Stegner : dans un climat proche de celui que connaissent déjà les lecteurs de Vue cavalière...

Où l'on retrouve Joe Allston et sa femme, mais quelques années plus tôt, presque jeunes encore... installés dans leur maison en pleine nature, non loin de San Francisco. Ils sont venus là finir calmement leur vie (enfin, pas si calmement que ça), et constatent bientôt que le vieil Ouest n'est plus qu'un rêve... et que les rêves eux-mêmes finissent par mourir.

 

 

Extraits :

 

“J'ai toujours tenu que l'attitude à adopter face à la souffrance d'autrui était la sympathie, qui signifie souffrir avec, et que, face à la sienne propre, il fallait continuer d'avancer un pied devant l'autre.”

 

“Je suis un sachet de thé oublié au fond de la tasse : le produit de ma macération ne cesse de devenir opaque et plus amer.”

 

“Si l'attente est une forme de l'ennui, l'habitude est la meilleure façon de s'en arranger.”

 

“Je crois que la conscience fait de nous des individus, et que, parce que nous sommes des individus, nous avons perdu cette faculté d’accepter notre sort.”



Mon avis :

 

Ruth et Joe ont quitté la vie sociale pour vivre dans la campagne californienne. Enfin c’est ce qu’ils croyaient. Pour tromper l’ennui ils ont créé des habitudes dont des promenades régulières dans la nature. Mais voilà, les habitants des campagnes sont bruyants, très bruyants et entre le bruit des tronçonneuses, des chasseurs et des voisins qui tentent de bétonner, pas facile de trouver la sérénité et la paix.

Surtout qu’un jeune vient leur demander de camper sur leurs terres. Ruth l’apprécie, Joe, pas du tout, mais ils acceptent pour de mauvaises raisons. Leur fils, n’ayant jamais trouvé sa place dans ce monde  est décédé et ce jeune Peck ravive bien des sentiments.

C’est déjà bien compliqué comme ça et Joe nous conte avec perspicacité et humour les jours qui passent, les saisons, le jardin et surtout, surtout pas de confessions larmoyantes sur le deuil et sa culpabilité qu’il traîne depuis longtemps.

Et voilà qu’une jeune femme, nouvelle voisine, va lui apprendre la résilience et comment profiter du moment présent, alors que jeune maman et enceinte elle est malade.

Je ne sais pas si c’est un roman ou une autobiographie, mais c’est brillant, passionnant enlevé. Tout y est : le vocabulaire (plus de dix mots que je ne connaissais pas), le style, la forme, la désespérance, l’humour, l’ironie, la vie malgré tout. L’éditeur décrit l’auteur comme un maître de la clairvoyance désenchantée, il n’y a pas meilleure description.

 

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Les ronces

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Antoine Piazza

ISBN : 2742776869

Éditeur : ACTES SUD (15/08/2008)





4ème de couverture :

 

Au début des années 1980, l'auteur arrive comme instituteur dans un village du Haut-Languedoc.

Le pays se désertifie. Les terres sont à l'abandon. Les jeunes sont partis habiter en ville ou rêvent d'un pavillon de banlieue. La petite communauté, fermée sur elle-même, se préserve du monde moderne, du chaos incompréhensible que lui renvoient les écrans de télé. Ici, on vit encore au rythme des saisons et des dates d'ouverture de la chasse. Durant sept ans, il va se faire le témoin de ces vies immobiles.

Il arpente le pays, pénètre à l'intérieur des maisons et des destinées, se met à l'écoute des vieillards dressés au bord des routes. Il tisse ainsi des portraits minutieux : notables, hippies, familles vivant dans des hameaux isolés, gendarme à la retraite, chanteur raté. Il révèle les petites ambitions et les grandes rivalités, tout l'ordinaire de la comédie humaine. Avec sa capacité à reconstituer ces vies minuscules, Antoine Piazza charge chacune de ses pages d'une puissante densité romanesque.



Extraits :

 

“Les villes sont faites pour l'indifférence, pas pour la haine.”

 

“Je m’en prenais à l’impeccable ordonnance des canalisations rurales, au bonheur irréversible des autres.”

 

“J’étais tenu de saluer, de remercier, pas d’accrocher le néant des vies cantonales sur les murs de mon nouveau domaine.”

 

“Ce n’était pas la première fois que quelqu’un de village prenait la parole pour dire une énormité mais c’était la première fois que l’on affirmait, sans la moindre précaution, une opinion opposée à celle du maire.”

 

“La vie et la mort étaient liées au silence et la vallée mourait tout à fait.”

 

“Leur vie avait été celle des autres. Ici, une vie à côté de la vie.”

 

“En réalité, personne ne voulait s’installer ici.”

 

 

Mon avis :

 

Antoine arrive dans ce village des hauts-cantons, comme instituteur au début des années 1980. Et ce qu’il me raconte ressemble plus à une vie du début du XX° siècle.  Pas de disco, de jeans pattes d’eph, d’émancipation, de liberté. Non, rien de rien. Ici les gestes sont essentiels, pour le travail, se chauffer ou la chasse.

Le maire se débrouille pour avoir tous les pouvoirs et ne pas être contrarié dans ses projets. Il crée de l’emploi pour tous les gars qui ne pourront se placer ailleurs faute d’instruction ou d’intelligence, ils seront sapeurs-forestiers. Dehors toute la journée, été comme hiver, à guetter le moindre départ de feu. Les femmes restent à la maison ou quand elles ont la chance de pouvoir travailler à l’extérieur c’est pour aider les personnes âgées.

Il y a ceux qui partent fiers avec leur concours de la fonction publique en poche, faire carrière à la ville. Ils reviendront à la retraite, avec une bonne petite réserve d’argent qu’ils n’ont pas eu l’occasion de dépenser. Retapant la maison familiale pour y vivre leurs vieux jours, non, pas dans la sérénité, mais pour en mettre pleins les yeux aux villageois.

Les terres, les maisons sont des trésors pour ces gens. La seule chose valable qui fait se lever le matin.

Les premiers hippies sont installés plus haut sur le plateau, dans de vieilles maisons abandonnées. Les gamins iront à l’école si les parents arrivent à réparer une voiture.

Et puis il y a les commérages, les critiques, les mauvaises paroles, tout ce que l’on ne peut pas dire ou faire à la ville. Ici tout est permis, même maltraiter les animaux, surtout les chiens de chasse. Antoine nous donne la méthode de chasse des sangliers qui consiste à leur donner à manger hors période chasse pour les transformer en animaux domestiques qui resteront sur place et se feront tuer plus facilement.

Antoine, l’instituteur, se fera également critiquer. Au lieu de faire travailler les petits dans des livres, il les emmène découvrir la mer, la montagne, tout ce qu’il y a autour d’eux et pourtant un monde inaccessible.

Les gens partent de plus en plus, les vieux meurent et le maire pour garder son école ouverte fait venir des familles défavorisées avec des enfants.

J’habite un village des hauts-cantons depuis 2016 et je peux vous dire que pas grand chose a changé. Internet a amené la modernité, certes, mais le fond est le même, les valeurs les mêmes et il m’arrive de rencontrer des gens qui me font penser à ce récit.

J’ai adoré ce livre mais les ronces griffent et blessent.

 

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Un élément perturbateur

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Olivier Chantraine

ISBN : 2072740347

Éditeur : GALLIMARD (24/08/2017)





4ème de couverture :

 

Serge Horowitz est hostile à toute forme d'engagement. Sa soeur l'héberge chez elle. Il ne doit son travail dans un cabinet de consulting qu'à son frère, ministre des Finances. Pour ne rien arranger, il est hypocondriaque et connaît des moments d'aphasie incontrôlables. C'est une de ces crises qui le saisit alors qu'il est en pleine négociation avec une société japonaise. Quand lui revient la parole, il fait capoter l'affaire...

Mis en demeure de réparer son erreur, le voici lancé dans l'opération de la dernière chance, accompagné de Laura, son associée. Mais les déconvenues s'enchaînent.



Extraits :

 

"Les relations de famille nous abîment. Tous. Toute notre vie. C'est triste à dire mais c'est vrai. La famille plane comme un nuage noir au-dessus de nos têtes dont la menace permanente nous empêche d'être véritablement nous-mêmes. Comme un sortilège dont seule la mort de l'un des membres nous délivre. Et encore."

 

"Je commence seulement à me dire qu’aucun miracle ne survient sans un minimum de discipline."

 

"Alors je ne dis rien. À quoi bon, si tout se paie, il doit bien y avoir aussi un coût à l’inaction."

 

"La vie n’offre pas que des déceptions."

 

"Je me dis que teinter sa vie d’une incertitude légère ne doit pas être dénué de charme."

 

"La vie ressemble parfois à un puzzle de mille pièces dont il manquerait des morceaux, sans qu’on sache exactement lesquels."

 

"Les choses qui doivent se passer finiront bien par passer. Je n’ai pas la moindre idée de ce qui m’attend. Cela me convient tout à fait. Je n’ai jamais nourri de grandes attentes envers qui quoi que ce soit. Et de ce fait la vie ne m’a jamais vraiment déçu."

 

"Comme si l’absence de paroles était devenue l’une des denrées les plus rares sur terre, l’arme ultime de résistance passive face aux dérives du monde moderne."

 

 

Mon avis :

 

Les confidences de Serge qui pourtant souffre d’aphasie sont succulentes. Hypocondriaque, vivant chez sa soeur à 43 ans, travaillant dans des sociétés pourries grâce à son frère ministre, Serge n’attend rien de la vie. Il ne comprend pas les causes de sa perte de mots quand il est en public ou dans une situation où il doit se justifier. Par contre quand il doit se taire, il dit un peu trop de mots, un peu trop de choses dénonçant les magouilles de son entreprise, de son frère ou déclarant à un éventuel client qu’il ferait bien de s’abstenir de signer le contrat à ce prix. Il est honnête le Serge, ne voulant surtout pas tremper dans les combines de son frère.

 

Sa vie aurait pu continuer comme ça jusqu’à la fin, mais voilà, la vie est pleine de surprises, de remises en questions, de rencontres, d’amour.

 

Son frère, sa soeur, Laura son amoureuse et collègue, ses patrons, tous, vont obliger Serge à sortir de sa coquille. Il fera de belles rencontres et s’apercevra que le silence fait du bien aux autres, qu’il est capable d’apporter quelque choses aux autres.

 

C’est une histoire basée sur les rapports humains. Nous sommes souvent muselés par la société et pourtant si bavards. Beaucoup d’humour, de dérision pour un sujet grave.

 

Un grand merci aux Éditions Gallimard et à Masse critique de Babelio. 

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Partir

Partir

 

Tina Seskis

ISBN : 2266250906

Éditeur : POCKET (03/03/2016)

Traductrice : Florianne Vidal



4ème de couverture :

 

Un mari apparemment charmant. Un fils adorable. Une maison ravissante. Emily Coleman est une femme comblée. Pourtant, un beau matin, elle prend le train pour Londres, bien décidée à tout laisser derrière elle. C’est désormais sous l’identité de Catherine Brown qu’elle partage un appartement miteux avec des colocataires et occupe un travail sans avenir.

Elle n’aspire désormais qu’à une seconde chance. Mais qu’est-ce qui a pu la pousser à abandonner une vie qui semblait si parfaite ? Quel est le secret qu’elle protège avec tant de force ?



Extraits :

 

“Je suis détachée de la réalité, absente au monde.”

“C'est drôle comme, finalement, il n'est pas si difficile de changer de vie. Il suffit d'avoir assez d'argent pour redémarrer et de détermination pour éviter de penser aux êtres qu'on laisse derrière soi.”

“Les bonnes personnes, le bon endroit, et tout ira pour le mieux.”

“La chaleur est si agréable, l'air si pur que soudain je me dis que le monde est peut-être habitable, finalement.”

“J'ignore pourquoi je me sens à ce point à côté de mes pompes. D'habitude mon apparence ne me pose guère de problèmes, mais aujourd'hui j'ai l'impression de passer une audition pour un rôle de composition.”

“C’est drôle comme il est beaucoup plus facile, une fois qu’on a réussi à regarder une chose en face, de s’en éloigner.”



Mon avis :

 

Partir, je pense que toutes les femmes à un moment de leur vie en rêvent. Tout quitter, effacer les traces, retrouver sa liberté, piétiner le passé et recommencer. Le rêve.

Emily le fait. Nous faisons sa connaissance alors qu’elle part. Elle est dans le train, ça y est, elle a osé. Emily n’a rien d’une aventurière, ses vêtements ne sont pas adaptés à la situation, mais elle part. Elle essaie de repousser les pensées des êtres aimés, elle va y arriver, elle en est certaine.

Assez rapidement Emily se trouve une chambre dans une colocation, puis un travail et un an après elle partage un appartement avec une amie, savoure son avancement dans son travail, bref tout roule !

En parallèle, nous remontons le passé d’Emily, sa naissance, sa jumelle, ses parents puis la rencontre avec Ben et la naissance de leur enfant.

Emily, la sérieuse et douce fille, responsable qui se drogue et boit dans sa nouvelle vie. Emily qui ne sait pas profiter de cette seconde chance que la vie lui offre.

L’épilogue est rude et  inattendu.

C’est une histoire sur le poids de la famille, cette famille qu’on ne choisit pas, qu’on se traîne comme un boulet et qui peut nous gâcher une vie.

Lecture addictive.

 

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La mémoire des embruns

 

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Karen Viggers

ISBN : 2253066214

Éditeur : LE LIVRE DE POCHE (30/03/2016)

Traductrice : Isabelle Chapman




 

 

4ème de couverture :

 

Mary est âgée, sa santé se dégrade. Elle décide de passer ses derniers jours à Bruny, île de Tasmanie balayée par les vents où elle a vécu ses plus belles années auprès de son mari, le gardien du phare. Les retrouvailles avec la terre aimée prennent des allures de pèlerinage. Entre souvenirs et regrets, Mary retourne sur les lieux de son ancienne vie pour tenter de réparer ses erreurs.

Entourée de Tom, le seul de ses enfants à comprendre sa démarche, un homme solitaire depuis son retour d'Antarctique et le divorce qui l'a détruit, elle veut trouver la paix avant de mourir. Mais le secret qui l'a hantée durant des décennies menace d'être révélé et de mettre en péril son fragile équilibre.

Une femme au crépuscule de sa vie. Un homme incapable de savourer pleinement la sienne. La Mémoire des embruns est une émouvante histoire d'amour, de perte et de non-dits sur fond de nature sauvage et mystérieuse. Un roman envoûtant, promesse d'évasion et d'émotion.



Extraits :

 

“C'est ce que nous sommes, des animaux. Même si nous nous donnons beaucoup de mal pour le cacher. Il s'agit d'un fait biologique ; une force supérieure à la volonté individuelle.”

“On ressent une telle solitude lorsqu'on perd un parent alors qu'on est loin.”

 

“Jeune, on pense que l'existence n'a pas de fin. Et, quand la vie vous rattrape au tournant, on regrette de ne pas avoir mieux utilisé son temps.”

“On ne pouvait pas épargner aux autres le chagrin. Il était inscrit dans la destinée de chacun.”

 

“Je n'ai fait qu'attendre. Je n'ai pas eu le courage de vivre, par crainte de nouvelles blessures.”

 

“Comment peut-on être détruit sans le savoir ? Cela me surprend encore.”

 

“En perdant ses racines, on se libère.”



Mon avis :

 

L’intrigue commence dès les premières pages. Mary, âgée et très malade, pratiquement en fin de vie, reçoit la visite d’un mystérieux homme de son âge, qui lui fait du chantage et lui remet une lettre. Pour lui c’est le moment de déterrer un secret et surtout le révéler.

Mary décide alors de partir sur l’île où elle a vécu de nombreuses années avec son mari et ses enfants. Elle part en catimini accompagnée de sa petite fille, pour échapper aussi à la maison de retraite que lui propose sa fille aînée.

Il fait froid, il y a beaucoup de vent et Mary se retrouve seule, dans un cottage, avec ses problèmes cardiaques, oubliant de prendre ses médicaments, de manger, mais avec un projet : revoir tous les lieux où elle a été heureuse sur cette île. Elle doit convaincre le garde-forestier, jeune homme bougon et sauvage, de l’emmener en voiture.

En parallèle nous suivons la vie de Tom, son troisième fils, qui n’a rien à envier à la vie difficile de sa mère. Les mauvaises personnes, les mauvais choix et il continue, encore et encore. Attiré par les missions en Antarctique, Tom a du mal à se décider. Une nouvelle mauvaise rencontre féminine le mettra à terre. Pour certaines personnes les expériences ne servent à rien.

La lecture est agréable, les paysages grandioses mais il ne faut pas être déprimé pour lire ce roman. Il n’y a aucun espoir, pas une lueur de positif. Les personnages sont englués dans leur malheur et ne font pas grand chose pour s’en sortir. Pourtant les thèmes sont intéressants.

 

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Les bottes suédoises

Les-bottes-suedoises

 

 

Henning Mankell

ISBN : 2757866559

Éditeur : POINTS (01/06/2017)





4ème de couverture :

 

Par une nuit d’automne, sa maison a brûlé. Il a soixante-dix ans et plus grand chose à quoi se raccrocher : une vieille caravane, un petit bateau et une seule botte suédoise en caoutchouc. Reclus sur son île, a-t-il encore une raison de vivre ? L’hiver de la Baltique lui en offrira deux : sa fille, porteuse d’un secret, et une belle et énigmatique journaliste qui ranime sa soif d’amour...



Extraits :

 

“Quelqu'un qui a tout perdu n'a pas beaucoup de temps. À moins que ce soit l'inverse.”

“Cette scène m'a fait comprendre une fois pour toutes que les gens ne sont pas vraiment ce que nous croyons. Ça vaut pour tout le monde. Ça vaut pour ceux qu'on croit connaître le mieux. Ça vaut pour moi.”

“Comme si une maison pouvait se saborder elle-même à force de vieillesse, de fatigue, d'ennui.”

“Voilà à quoi ressemble le monde. Partout des gens qui se détournent.”

“La vérité était qu'en quelques heures ma vie avait tellement changé que j'avais soudain besoin de tout.”

“Même quand on vit simplement, comme c’est mon cas, il semble que le grand enjeu de l’existence soit malgré tout d’accumuler des quantités invraisemblables d’objets sans valeur.”



Mon avis :

 

Sur son île de la Baltique la maison de Fredrik brûle. Il a le temps de sortir, pas très habillé avec deux bottes dépareillées et deux pieds gauches. En quelques minutes cet homme de soixante-dix ans a tout perdu. Son voisin le plus proche va le dépanner de vêtements, Fredrik pourra se loger dans la caravane de sa fille qui est sur l’île.

Qui prévenir, à qui demander de l’aide et Fredrik a t-il vraiment besoin d’aide ? Pas facile tout ça. Il va prévenir sa fille qu’il ne connaît pas très bien, va faire des courses sur le continent et puis fait le tour de son île. C’est l’automne  de sa vie et sur son île.

Les autorités le soupçonnent d’avoir mis le feu délibérément, sa fille fantasque mais rêche va le brusquer dans sa vie d’ermite, son voisin est un peu trop présent, des gens meurent sur le continent et Fredrik s’embarque dans une drôle d’histoire avec une journaliste de trente ans sa cadette.

C’est une histoire tendre et drôle, une acceptation des autres avec leurs différences et leurs failles, sans se poser de question, naturellement. La peur de la mort est présente mais légère, juste un ressenti.

Et ce réveillon du nouvel an à trois dans une caravane avec plats du traiteur et vaisselle fine est un délice à lire, à vivre. Le luxe dans l’essentiel, c’est peut être ça la vie.

Les paysages toujours grandioses, la mer, la tempête, le froid, la pluie, la neige et l’île et cette vie qui continue malgré tout. Sublime !

 

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