la vie de ma voix intérieure

En totale reconstruction après deux années abominables passées en Lozère où j'ai appris que seuls les humains ne sont pas humains, je continue à partager ma passion de la lecture. Vous pouvez apprendre à me connaître à travers les citations.

Les brutes en blanc

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Martin Winckler

ISBN : 2081390337

Éditeur : FLAMMARION (05/10/2016)



4ème de couverture :

 

On attend d’un médecin qu’il écoute, rassure, explique et s’efforce de « Guérir parfois. Soulager souvent. Consoler toujours ». On attend d’un médecin qu’il soigne.

En France, la réalité est autre : de la violence verbale aux jugements de valeurs, de la discrimination au refus de prescription, des épisiotomies arbitraires à la chimiothérapie imposée, bon nombre de médecins brutalisent les patients, à commencer par les femmes. Ces brutes en blanc trahissent la déontologie et enfreignent les lois.

Ce n’est pas un hasard : la caste hospitalière, profondément sexiste, ne se consacre pas aux soins, mais à ses luttes de pouvoir ; dans les facultés, la formation éthique et psychologique est absente, le savoir sous la coupe de mandarins aux valeurs archaïques et l’esprit scientifique parasité par les industriels. Comment s’étonner, alors, que tant de médecins se comportent en aristocrates hautains, et non en professionnels au service du public ?

Le temps est venu de dire non à cette maltraitance d’un autre âge. La santé des citoyens vaut bien une révolte. Ou une révolution.



Extraits :

 

"Même quand on a choisi de s'engager dans une profession de santé, le fait d'avoir été formé au soin ne confère aucune supériorité morale sur le commun des mortels."

"La douleur et la peur sont intimement liées : la douleur accentue la peur, et la peur accentue la perception et l'intensité de la douleur."

"Parfois, le respect consiste à ne rien dire. Ainsi, on est sûr de ne pas blesser."

"On n'aide pas les patients à prendre des décisions en tamisant les lumières ou en les poussant dans le brouillard."

"Un soignant n'est pas un sauveur de vie, mais quelqu'un qui aide la plupart des patients à vivre le moins mal possible."

"Le pouvoir est incompatible avec le soin. A fortiori, avec l'enseignement du soin."

“Le “c’est dans votre tête !” que trop de praticiens décochent aux patients invoquant un symptôme “non répertorié” est l’une des expressions les plus manifestes de l’obscurantisme médical français.”

 

Mon avis :

 

Il est très difficile de partager sur ce livre. Nous avons tous  fait l’expérience d’une maltraitance médicale qu’elle soit voulue ou non.

L’auteur nous informe sur une spécialité qu’il connaît et pratique : la gynécologie. Le domaine des femmes. Mais aussi sur  la psychiatrie, les soins de fin de vie, la gériatrie, la médecine en général.

Le système français donne le pouvoir aux médecins ; savez-vous que votre médecin traitant déclaré peut être un spécialiste et non un médecin généraliste ?

Votre déclaration est faite auprès de la cpam et vous dépendez maintenant du bon vouloir de ce médecin. S’il ne vous coupe pas la parole quand vous exposerez votre souffrance, c’est un bon médecin et c’est rare. Savez-vous que quand on vous laisse la parole sans vous interrompre, en moins de deux minutes, votre cas sera exposé ? Alors qu’après maintes questions, interruptions, à force de reprendre à chaque fois un récit déjà difficile, il sera remis en cause par le praticien : c’est dans votre tête.

Dans votre dossier il y aura les comptes rendus médicaux mais aussi des réflexions personnelles du médecin : est venu avec son mari/sa femme/sa mère/sa fille. Il faut savoir qu’un médecin a horreur de voir son patient accompagné. Il se sent déjà en faute, il doit justifier et garder pour lui toutes ces petites phrases assassines qui démontent un malade. Il propose un parcours de soins tenant compte des visiteurs de laboratoires qu’il a reçus.

Si vous osez vous rebeller, il sera noté dans ce fameux dossier : est agressif.

Parfois des annotations sur votre vie personnelle et intime.

Vous comprenez la rétention de votre dossier médical quand vous le demandez ? Votre dossier vous appartient selon la loi. Seulement en théorie.

Vous n’avez pas le droit d’arriver en retard alors que le médecin ne se gêne pas.

Il est temps de dire non et stop, de remettre un médecin à sa place, de refuser des examens coûteux et inutiles la plupart du temps. Il est temps de refuser une opération, de demander des précisions, des explications.

Nous sommes tellement conditionnés par ce système médical que la description des faits de cet auteur et médecin ne nous surprend pas, c’est une évidence !

J’ai vécu cette maltraitance pendant des années. Il y a deux ans, une gynécologue bretonne a jeté son spéculum qu’elle n’arrivait pas à installer car énervée, il est passé à deux centimètres de mon visage. Passant sa rage sur mon corps l’examen a été très douloureux, les propos désagréables et aucun soin proposé. Quelques semaines plus tard j’ai frôlé la catastrophe. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

J’avais acheté ce livre aussi pour ma fille qui souffre de deux pathologies graves. Je ne lui donnerai pas. Je n’en parlerai pas ou plus. Il sera rangé dans ma bibliothèque dans la rangée du fond. J’ai eu le tort de l'accompagner chez le spécialiste et chez son médecin traitant étant alertée par son état. C’était dans sa tête, elle n’avait rien ou presque et les deux médecins hommes qui regardaient plus ma fille dans les seins qu’ailleurs étaient presque moqueurs et cyniques la détruisant un peu plus. Il a fallu du temps, faire des recherches pour trouver des médecins bienveillants. Le diagnostic est tombé : deux pathologies graves. Sa souffrance est réelle, une première opération nécessaire et utile est programmée.

Mais de toute façon, le rôle du médecin est de soulager quelque soit la souffrance. Et c’est toute la démonstration de l’auteur dans ce livre.






 

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Petit pays

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Gaël Faye

ISBN : 2246857333

Éditeur : GRASSET (24/08/2016)

 

 

4ème de couverture :

 

«Au temps d'avant, avant tout ça, avant ce que je vais raconter et le reste, c'était le bonheur, la vie sans se l'expliquer. Si l'on me demandait “Comment ça va ?” je répondais toujours “Ça va !”. du tac au tac. Le bonheur, ça t'évite de réfléchir. C'est par la suite que je me suis mis à considérer la question. À esquiver, à opiner vaguement du chef. D'ailleurs, tout le pays s'y était mis. Les gens ne répondaient plus que par “Ça va un peu”. Parce que la vie ne pouvait plus aller complètement bien après tout ce qui nous était arrivé.»

G.F.

 

Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l'harmonie familiale s'est disloquée en même temps que son «petit pays», le Burundi, ce bout d'Afrique centrale brutalement malmené par l'Histoire.

Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d'orage, les jacarandas en fleur ... L'enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.



Extraits :

 

"Le bonheur, ça t'évite de réfléchir."

 

"L'enfance m'a laissé des marques dont je ne sais que faire."

 

"Ma vie ressemble à une longue divagation.Tout m'intéresse, rien ne me passionne."

 

"La colère me disait de braver ma peur pour qu'elle arrête de grandir. Cette peur qui me faisait renoncer à trop de choses."

 

"Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j'ai compris que je l'étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore."


"J’avais beau espérer, le réel s’obstinait à entraver mes rêves. Le monde et sa violence se rapprochaient chaque jour un peu plus."



Mon avis :

 

Gabriel, sa petite soeur Ana, sa mère rwandaise, son père français, vivent au Burundi, dans un petit coin tranquille qui ressemble au paradis. Une grande maison au fond d’une impasse, des copains, des domestiques, la belle vie pour des enfants. Le bonheur sans réfléchir.

Pourtant sa mère, fille de réfugiés rwandais, vit déjà avec ses blessures et ses failles. Son mari n’est pas très diplomate et le couple se sépare. La vie continue malgré tout pour Gabriel et Ana. Avec ses copains ils volent des mangues dans l’impasse qu’ils revendent. Une vieille voiture dans un terrain leur sert de lieu de rassemblement. Le paysage est idyllique.

Les désaccords politiques, l’assassinat du premier Président élu démocratiquement dans ce pays perturbé vont provoquer de nouveau une guerre et un génocide. Le petit coin de paradis de Gabriel s’effrite et s’écaille. Au début trois fois rien, juste les matelas mis dans le couloir pour éviter les balles perdues. Puis la haine prend de l’ampleur, les gangs de rues s’affrontent. La famille de la mère réagit, se sentant concernée. Au Rwanda les batailles et le génocide sont pires. Gabriel voit des cadavres dans la rue, l’école est souvent fermée. Grâce à une voisine il découvre l’évasion de la lecture pendant que la guerre continue dehors.

Sa mère au retour d’un voyage au Rwanda où elle découvre ses nièces et son neveu morts, perd la tête et s’en prend souvent à Ana. Il est temps de fuir, sans un au revoir, sans un mot sans la tête tournée en arrière, les enfants partent en France dans des familles d’accueil. Le choc est terrible et ces deux gamins sauvés de la guerre, sans leurs parents, vont devoir se construire malgré tout.

Gabriel reviendra dans le pays de son enfance qui a bien changé. Dans l’impasse un seul de ses copains est resté. Les maisons sont maintenant entourées de très hauts murs. Chacun chez soi. Cela ne change pas, en dehors du climat, des cages à poules de la région parisienne. Mais Gabriel  va faire une découverte grâce à son copain qui l'emmène dans le cabaret de leur enfance. La suite ? C’est l’épilogue, à vous de le découvrir !

 

Je ne voulais pas lire ce livre, trop de prix, trop de critiques, excellentes, trop, trop. Et puis ce texte écrit par un chanteur de rap, non merci. Et puis un beau jour, dans la médiathèque de mon village, je tourne, je vire, pas d’inspiration et Petit Pays me fait de l’oeil.

Je ne regrette pas. Le récit est sublime, la prose poétique malgré la violence des faits.

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Une famille délicieuse

 

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Willa Marsh

ISBN : 2746738724

Éditeur : AUTREMENT (05/03/2014)

Traducteur : Éric McComber




4ème de couverture :

 

« - Je connais un secret. Elle se mit à sourire légèrement, d'un air malin. Sa voix était plus forte, maintenant, et elle avait pris cette vieille intonation chantante. La peur piqua Nest au ventre. »

 

Mina et Nest vivent à Ottercombe House, imposante demeure familiale plantée au coeur de la lande, entourées de leurs chiens et unies par le souvenir d'une enfance idyllique. L'arrivée de Georgie, la soeur aînée atteinte de démence sénile, fait ressurgir un passé douloureux qu'elles auraient préféré oublier. Pire, Georgie s'apprête à révéler des secrets au pouvoir destructeur... Les deux cadettes sont prêtes à tout pour empêcher que la vérité n'éclate au grand jour. Qui aurait cru que ces respectables vieilles dames avaient tant de choses à dissimuler ?



Extraits :

 

"Le désespoir - l'ennemi de l'intérieur - était toujours là, prêt à foncer pour se tailler une place en un moment joyeux, à plaquer au sol un instant de fragile contentement."

 

"Il régnait chez elle une sérénité qui demeurait inchangée, même lorsqu'elle était mise à mal par la peine ou le désespoir."

 

"Cette impression d'irréalité permet à une personne de se comporter tout à fait hors de son caractère."

"Devoir vivre et aimer sera pour toi tout aussi douloureux que pourrait l'être cet isolement auquel tu te forces."

 

"On se demande comment l'esprit des gens fonctionne vraiment. On dirait que chez certains, il manque un petit bout, ou qu'ils pensent sincèrement disposer d'un droit divin pour opérer hors des règles usuelles, celles qui balisent la conduite de la plupart des gens."

 

"C’est inouï comme les gens ont la faculté d’oublier et comme tout est très différent dans leur mémoire. Le temps embellit les souvenirs."



Mon avis :

 

Mina, la seconde de la fratrie et Nest la dernière, ayant atteint un âge respectable toutes les deux, vivent dans la maison familiale avec trois chiens. Mina a toujours vécu là s’occupant de sa mère malade. Au décès de cette dernière elle a continué en s’occupant de Nest victime d’un accident de la route qui se déplace en fauteuil roulant et rumine sa culpabilité. Les deux soeurs ont leurs petites habitudes bien ancrées et le cérémonial du thé, signe de quiétude, est très important.

 

Je ne peux en dire plus sur cette famille nombreuse et complexe. Ah, si l’arrivé de la soeur aînée Georgie pour un séjour temporaire et souffrant de sénilité. Elle n’arrête pas de répéter qu’elle connaît un secret. Hors, des secrets il y en a beaucoup dans cette famille.


C’est une ambiance anglaise, une lecture différente et appréciée. Mina a une personnalité sereine que rien ne peut atteindre. Une résilience qui a déteint jusqu’à Nest et les autres membres de la famille au fur et à mesure que nous en faisons connaissance. Nous remontons dans le passé pour mieux revenir dans le présent et malgré les nombreux coups durs de la vie, une sorte de bien être règne dans cette histoire et ça fait un bien fou. J’ai tourné les pages avec avidité, pressée de retrouver les deux soeurs, le soir après des journées assez désagréables et intenses en émotion.

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New York pour le meilleur & pour le pire

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John Freeman

ISBN : 2330056710

Éditeur : ACTES SUD (11/11/2015)




4ème de couverture :

 

À l’invitation de John Freeman, ex-rédacteur en chef de la revue littéraire britannique Granta, une trentaine d’auteurs (Dave Eggers, Zadie Smith, Edmund White, David Byrne, Taiye Selasi…) abordent, en toute liberté, la notion d’inégalité et l’élargissement du fossé entre les riches et les pauvres à New York, en particulier à travers le problème du logement commun à toutes les grandes villes du monde.  La diversité et l’acuité de leurs approches et de leurs visions composent un recueil d’histoires et d’expériences exaltant, combatif et rageusement vivant.

David Byrne - Victor Lavalle - Garnette Cadogan Valeria Luiselli - Bill Cheng Colum McCann - Teju Cole Dinaw Mengestu

Lydia Davis Téa Obreht - Jonathan Dee Patrick Ryan - Junot Díaz Michael Salu - Mark Doty Rosie Schaap - Dave Eggers

Taiye Selasi - Jonathan Safran Foer Arkhil Sharma - Tim Freeman Zadie Smith - Dw Gibson Jeanne Thornton

Chaasadahyah Jackson Hannah Tinti - Sarah Jaffe Maria Venegas - Lawrence Joseph Edmund White



Extraits :

 

"Le silence, une certaine forme de silence, s'apparente à un lent incendie. Si on ne l'arrête pas, il s'étend et calcine tout autour de lui." Valeria Luiselli (Zapata boulevard)

"La façon dont un espace devient un lieu où l'on se sent chez soi n'est jamais claire." Valeria Luiselli (Zapata boulevard)

 

"C'est à ce moment là que j'ai compris que, alors qu'il n'était pas difficile de partir de rien et de gagner beaucoup, prendre le chemin inverse pouvait faire des ravages." Akhil Sharma (Aller-retour)

"Une de mes qualités est d'être capable d'affronter ce qui me fait peur." (Akhil Sharma - Aller-retour)

"Chaque être vivant méritait d'être considéré d'un même regard impartial. Voilà une évidence trop souvent oubliée." John Freeman

"Le monde auquel on a accès suffit amplement. C’est l’image qui a trouvé sa place en moi, un espace vide où l’imagination choisit de s’attarder." Colum McCann (Aux abords des ténèbres)



Mon avis :

 

Comme dans toutes les grandes villes il vaut mieux ne pas être pauvre pour habiter à New York. Il y a les beaux quartiers et les autres, le tout à un prix hors d’atteinte de tout un chacun.

Certes, certains pauvres y habitent mais dans des appartements détruits partiellement par des promoteurs avides de nouveaux bâtiments qui rapporteraient plus d’argent.

Il y a les réfugiés vivant dans des quartiers communautaires délabrés. Les jeunes ayant la chance d’avoir trouvé un job dans cette ville et la durée de leur contrat détermine la durée de leur présence dans cette ville. Ensuite ils seront obligés de repartir dans des régions moins onéreuses.

Puis il y a les gens aisés qui côtoient malgré eux la misère ou qui la regardent d’en haut, une tasse de café à la main. Il y a les solidaires, les militants, les co-locataires, les sans-abris, tous aiment leur ville.

Entraînés par John Freeman, une trentaine d’écrivains décrivent cette ville avec leur vécu, leur imagination, leur sensibilité, leur implication.

Les nouvelles peuvent être émouvantes ou hilarantes mais de toute façon ne laissent pas indifférent. Les villes n’aiment pas la misère, certains se battent pour réduire les inégalités.




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Dans les forêts de Sibérie

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Sylvain Tesson

ISBN : 9782070129256

Éditeur : GALLIMARD (01/09/2011)




4ème de couverture :

 

Sylvain Tesson, pour rassasier son besoin de liberté, a vécu seul dans une cabane en pleine taïga sibérienne, sur les bords du lac Baïkal, pendant six mois. De février à juillet 2010, il a choisi de faire l’expérience du silence, de la solitude, et du froid. Sa cabane est à six jours de marche du premier village. En cas de dégoût de soi, nulle épaule où s’appuyer.

La solitude finira par se révéler fertile : quand on n’a personne à qui exposer ses pensées, la feuille de papier est un confident précieux ; le carnet de note, un compagnon poli. C’est ce journal que nous offre à lire Sylvain Tesson.



Extraits :

 

"Cette envie de faire demi-tour lorsqu'on est au bord de saisir ce que l'on désire."

 

"Il est bon de n'avoir pas à alimenter une conversation. D'où vient la difficulté de la vie en société ? De cet impératif de trouver quelque chose à dire."

 

"Pour parvenir au sentiment de liberté intérieure, il faut de l'espace à profusion et de la solitude. Il faut ajouter la maîtrise du temps, le silence total, l'âpreté de la vie et le côtoiement de la splendeur géographique."

 

"Entre l'envie et le regret, il y a un point qui s'appelle le présent."

 

"Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu'un à qui l'expliquer."

 

"Vivre, c'est continuer, et il y a une défaite dans le retour sur ses pas."

 

"Cette force triste qu’est le vent : elle s’acharne en vain."



Mon avis :

 

Sylvain Tesson avait déjà vu cette cabane au bord du lac Baïkal en pleine pampa sibérienne, pardon taïga sibérienne. Il s’était promis d’y revenir avant ses quarante ans. C’est fait, il a trente-huit ans et il va passer six mois dans un isolement complet, dans un paysage sauvage et sublime où il fait -40°degrés en plein hiver et les seuls voisins sont des animaux pas vraiment domestiques. IL voulait du silence, ne plus répondre à son courrier, vivre nu , ne plus répondre à son téléphone et vivre comme Robinson. Elle est superbe la théorie du futur ermite, mais l’histoire est un peu différente.

 

Il arrive dans sa petite cabane de 9m2 avec ses provisions, des vivres, de la vodka et des dolipranes pour lutter contre les effets de la vodka, une petite centaine de livres et tout le nécessaire à sa survie. Il s’installe et commence la corvée qui revient le plus souvent : couper du bois en quantité suffisante pour se chauffer et s’alimenter. Il ne pense pas à chasser et pêcher puisqu’il a des provisions.

 

La Sibérie n’est pas si inhabitée que ça et les visites sont quand même assez nombreuses et quand la solitude est trop pesante Sylvain n’hésite pas à faire plusieurs jours de marche pour rendre une visite de courtoisie à ses plus proches voisins. Bref, il n’est pas si seul. Entre deux livres et une bouteille de vodka, il nous livre ses pensées sur cette vie hors norme.

 

J’avoue : j’ai beaucoup ri au fil de cette aventure. Imaginer Sylvain patiner sur le lac en guise de loisir était source de gaieté pour moi, mais il faut être honnête, j’ai ri car j’ai eu la même envie que Sylvain à un moment de ma vie et j’ai vécu dix-sept mois au fin fond de la pampa lozérienne avec des températures à -30° l’hiver, le vent glacial, le bois à couper, les alentours de la maison à déneiger. Je suis même certaine que j’avais moins de visites de courtoisie que Sylvain.

 

Vu que Sylvain Tesson a une vision de la vie aussi compliquée que la mienne je vais continuer à explorer son univers, sans la vodka.


J’ai adoré ce récit.

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Fallen angel

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Stéphanie Janicot

ISBN : 2226396365

Éditeur : ALBIN MICHEL (01/03/2017)




Résumé :

 

Le soir du réveillon, Sibylle, une jeune journaliste, est réquisitionnée pour couvrir le concert du prestigieux Fersen Orchestra. Lors du final, Lucie Fersen, géniale compositrice et chef d'orchestre de 36 ans, est tuée d'une balle tirée depuis la régie. Sibylle et son amie commissaire de police entendent bien trouver le mobile et le coupable du meurtre de cette ex-enfant prodige et rock star.



Extraits :

 

"C'est ce désespoir qui le touche mais il ne l'analyse pas, il le ressent."

"Nos parents nous avaient tant fait croire que nous serions éternellement des enfants, le temps nous avait surpris. Nous vieillissions en marge sans parvenir à prendre des places d'adultes."

"Pour la première fois de son existence, elle a cessé de penser, de lier les choses entre elles, de tenter de les maîtriser ou de peser sur elles."

"On est donc face à une personne avec un ego démesuré dont la haine est supérieure à toute autre forme de sentiment."



Mon avis :

 

Sibylle est une jeune femme trentenaire ou presque qui travaille comme journaliste. Elle n’a pas encore sa place d’adulte dans ce monde car chouchoutée par ses parents, pistonnée par un ami de ses parents pour ce travail, elle vit encore en marge d’une certaine société. Son appartement ressemble à une chambre d’adolescente, elle n’est pas certaine de son orientation sexuelle, elle se nourrit de fast food et de pizza en compagnie de Benjamin et Anouk ses amis.

Elle doit assurer la permanence au journal en cette fin d’année et a l’obligation, le soir du réveillon, d’aller écouter le Fersen Orchestra et écrire un article.

Rien ne va se passer comme prévu, lucie Fersen étant abattue en plein spectacle. C’est une amie d’enfance Anouk, jeune commissaire de police qui est chargée de l’enquête. Elle se trouve un peu dans la même situation que Sibylle, elle assure la permanence de fin d’année.

Elles décident de travailler en collaboration, échangeant leurs informations. L’enquête démarre. Elles vont fouiller le passé de Lucie Fersen et découvrir que malgré son talent, son argent, son niveau de vie, c’était une enfant malheureuse.

En parallèle, on a le ressenti et le parcours du tueur.

Je suis vite rentrée dans l’enquête qui ne laisse aucun temps mort, elle est passionnante.



Un grand merci aux Éditions Albin Michel et à Babelio pour cette découverte.

 

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Un paquebot dans les arbres

 

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Valentine Goby

ISBN : 2330066481

Éditeur : ACTES SUD (17/08/2016)





 

 

4ème de couverture :

 

Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le coeur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l'entrainant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine.

À l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 –, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres.

 

 

Extraits :

 

“L'ennui est pire que la douleur, il n'existe pas de remède chimique à l'ennui.”

 

“Elle essaie de les voir eux, ceux qui sont là, de ne pas compter les absents.”

 

“La maladie les a banni, la misère les ramène. Ils reviennent en perdants. Ils vont d'une solitude à l'autre.”



“Des mois de volonté pour se hisser au-dessus du sort à défaut de le vaincre, pour tenir. Et maintenant un voeu d'immobilité. Ou plutôt, un non-vouloir.”


“ À ceux qui lui diront, plus tard, quand tout sera fini, tu aurais dû demander, petite, elle rétorquera : vous auriez dû voir.”



Mon avis :

 

Odile et Paulot, les parents irresponsables et immatures. Les enfants, Annie l'aînée, Mathilde née quelques années après la mort de leur petit garçon, mauvaise place dans la fratrie et Jacques le cadet presque invisible. Paulot tient un café-bar-guinguette, est généreux avec tous, fait beaucoup la fête le samedi soir, tout va bien. Odile supporte tout par amour pour son Paulot. Annie la princesse de ses parents, danse le samedi soir avec son père. Mathilde arrivée par erreur alors que ses parents ne voulaient plus d’enfant, en plus une fille que Paulot appellera son p’tit gars, n’aura de cesse de gagner en vain l’amour de son père. Jacques le petit, l’invisible.

 

Dans le monde de ces gens, il n’y a que le présent qui compte. Alors quand la maladie fait son apparition et touche Paulot, c’est le drame. Il part au sana, les clients désertent le café à cause de la contagion, Odile doit cumuler les petits boulots et se décharge  largement sur Mathilde.

 

Mathilde encore enfant fait face prenant la place petit à petit de sa mère.

 

Paulot sort du sana, continue à fumer comme un pompier, continue à faire la fête quand il peut. Mais la misère est là. de déménagement en déménagement, de boulot raté en boulot raté, aucun des deux ne voudra redevenir salarié, pourtant la sécurité sociale aurait pû prendre en charge les frais médicaux. La faim est là aussi et partager une boite de sardine à quatre un soir de Noël, dans un plat d’argent n’est guère réjouissant.

 

Annie, l'aînée a déjà fui le domicile familial, profitant de son âge pour rencontrer l’élu de son coeur, son futur mari. Tous les prétextes seront bons pour éviter d’aider ses parents et sa fratrie.

 

Paulot retombe malade, Odile est malade à son tour. Les deux partent au sana en laissant leurs enfants comme ça, sans regrets, sans remords, sans inquiétude. Loin du tracas de la vie courante Odile va revivre une lune de miel avec son Paulot tout à elle au sana.

 

Mathilde et Jacques sont placés séparément dans des familles d’accueil.

 

Commence le combat le plus violent, le plus épuisant pour Mathilde. Sortir de sa famille d’accueil, revivre dans la maison familiale pourtant placée sous scellés, faire en sorte que Jacques puisse venir vivre avec elle, rendre visite à ses parents le samedi dans une indifférence parentale assez choquante, étudier pour avoir son diplôme de comptable, travailler pour faire vivre sa famille, sans aucune aide de sa soeur évidemment, sans aucune aide des anciens amis des parents qui ont déserté le navire eux aussi pour cause de contagion. Anciens amis, élus à la mairie qui refuseront d’aider financièrement les enfants.

 

On dira plus tard à Mathilde : “mais tu arranges tout à chaque fois.” Ce sont ces mots que je retiendrai dans cette histoire, Mathilde vaillant petit soldat qui pourtant n’a pas le choix, elle est bien obligée de tout arranger pour survivre.

 

Le style de l’auteure est percutant et émouvant. J’ai suivi le combat de Mathilde le coeur serré, l’irresponsabilité des parents avec colère et la fuite d’Annie avec rage.



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Le garçon

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Marcus Malte

ISBN : 2843047609

Éditeur : ZULMA (18/08/2016)




4ème de couverture :

 

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct.

Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.

Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.



Extraits :

 

“Il est des aubes grises qui n'en finissent pas, des trajets qui frisent l'immobile et s'éternisent.”

 

“Il faut du temps, parfois, pour assimiler.”

 

“Qu'importe, souvent compte davantage l'idée qu'on se fait des choses que les choses elles-mêmes.”

 

“On a les rêves qu'on peut.”

 

“Mais ça passe si vite. C’est déjà presque passé. Temps du bonheur et temps du malheur, ne sont ni d’égale mesure ni d’égale valeur.”

 

 

Mon avis :

 

Le garçon a 14 ans quand sa mère meurt. Il l’a portée pendant des heures sur son dos, elle voulait voir la mer. Elle est morte et il est là, sans nom, sans prénom, sans rien. Il fait ce que sa mère lui a demandé, mettre le feu, ne rien laisser de ses affaires personnelles, et il part. On est en 1908. Le garçon ne connaît rien, ni personne. Tout sera apprentissage. Les gens vont l’exploiter, l’aider, l’aimer, selon les rencontres.

 

Quand Emma le percute avec sa voiture, il rencontre la chance de sa  vie, l’amour, plus tard, mais surtout une véritable famille de coeur avec Emma et son père Gustave. L’éducation commence et va durer jusqu’à la première guerre mondiale. Le garçon s’engage malgré Emma, malgré Gustave. Il sera un excellent soldat, la vie de sauvage qu’il a connu avec sa mère l’aide.

 

Emma l’attend, et ils reprendront leur vie sans Gustave qui est mort. L’épilogue est un retour à la nature pour une fin prévisible.

 

En fond de ce récit, tous les faits historiques de ce siècle, une parallèle à un destin hors du commun.


Le style de l’auteur est brillant, il vous emporte malgré vous, dans la vie de ce garçon et dans ce siècle si riche en évènements.

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Un clafoutis aux tomates cerise

 

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Véronique de Bure

ISBN : 2081389061

Éditeur : FLAMMARION (22/02/2017)




4ème de couverture :

 

Lorsque Véronique de Bure prête sa voix de romancière à sa mère, Jeanne, 92 ans, cela donne Un clafoutis aux tomates cerise, le plus joli roman sur le grand âge qui soit.

Ce roman est le journal de Jeanne tenu au fil de quatre saisons : printemps, été, automne, hiver. De jour en jour elle y consigne ses humeurs, ses souvenirs, des événements minuscules et des réflexions désopilante. Jeanne vit seule dans une grande maison à la campagne et elle aime commenter les mots croisés, conduire sa petite voiture, observer Fernand et Marcelle ses voisins, les apéritifs au vin blanc avec ses amies, regarder pousser ses fleurs, remplir son congélateur, ne pas trop subir ses enfants et petits-enfants.

Plus que tout Jeanne aime la vie. Dans un va-et-vient permanent entre humour et tendresse, Un clafoutis aux tomates cerise dessine le portrait de la mère ou de la grand-mère que nous rêverions tous d’avoir et donne un sacré coup de vieux au Journal de Bridgets Jones.



Extraits :

 

"On ne s'ennuie qu'avec les autres, jamais avec soi-même."

 

"Je me rends compte que beaucoup de choses me deviennent indifférentes. On dirait qu'à mesure que la vie se rétrécit, le coeur se dessèche. Comme le reste les sentiments s'usent. Le bruit du monde ne nous parvient plus que de très loin, vague écho d'une vie qui ne nous concerne plus."

 

"Je crois qu'il y a un âge où l'on n'est plus fait pour la vie de famille."

 

"On vit au ralenti. Nos existences commencent à nous peser, nos têtes s'alourdissent de pensées sombres. Alors on laisse entrer les courants d'air, pour oublier. Peu à peu, on lâche prise."

 

"À la campagne, ne plus conduire, c’est un peu mourir. Au début, les gens se déplacent, ils viennent vous voir, et puis, peu à peu, comme ils ne vous voient plus nulle part, ils vous oublient. Alors le vide s’installe, que l’on partage avec une solitude à laquelle il va falloir s’habituer. Et la vie commence à finir."

 

Mon avis :

 

Se mettre à la place de Jeanne 92 ans et découvrir sa petite vie paisible et sereine, n’était pas difficile, plutôt plaisant.

 

Jeanne vit seule à la campagne, alors qu’elle aime la ville. Elle est arrivé là par amour pour son mari, enfin plutôt suite au décès de son beau-père. Elle ne souffre pas de la solitude, elle ne s’ennuie pas non plus quand elle est seule. Jeanne conduit, va faire ses courses dans les différents bourgs et même à la grande ville à plus de quarante kilomètres de la maison. Elle aime bien boire un apéro et jouer aux cartes avec ses amies, elle reçoit et cuisine, continue à ramasser ses légumes dans son potager. Fernand et Marcelle ses voisins la rassurent par leur présence amicale. Souvent ses enfants et petits-enfants viennent la voir pour les différentes fêtes de famille et certains weekend selon les disponibilités des uns et des autres. Ils en profitent pour faire quelque réparations et réglages des différents appareils dont Jeanne a du mal à se servir. La petite Angèle vient faire le ménage une fois par semaine le jeudi.

 

Mais voilà, les saisons passent et Jeanne fatigue. Elle aime ses enfants mais se passerait bien de leurs visites, trop de bruit, trop de monde, d’un coup. Marcelle, la voisine perd la tête et après quelques scènes drôles et bizarres aux yeux de jeanne, elle sera hospitalisée laissant Fernand désemparé. Une amie a un cancer, l’autre doit partir en maison de retraite.

Jeanne tient bon, s’accroche à ses habitudes, sa promenade, ses mots croisés, mais que l’hiver est long et froid !

 

Un excellent moment passé avec Jeanne que je retrouvais avec plaisir matin et soir. J’aimerais tellement que ma mère ressemble à Jeanne !

Un grand merci à Masse critique de Babelio et aux Éditions Flammarion pour cette découverte.

 

Ce roman sera mis en vente à partir du 22 février 2017

 

 

 

 

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Mudwoman

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Joyce Carol Oates

ISBN : 2757840630

Éditeur : POINTS (02/10/2014)

Traduit par Claude Seban



 

4ème de couverture :

 

Abandonnée par sa mère à demi-folle au milieu des marais de l’Adirondacks, Mudgirl, l’enfant de la boue, est sauvée on ne sait trop comment, puis adoptée par un brave couple de Quakers qui l’élèvera avec tendresse en s’efforçant toujours de la protéger des conséquences de son horrible histoire. Devenue Meredith "M.R" Neukirchen, première femme présidente d’une université de grand renom, Mudgirl, brillante et irréprochable, fait preuve d’un dévouement total à l’égard de sa carrière et d’une ferveur morale intense quant à son rôle. Mais précisément épuisée par la conception d’une rigidité excessive qu’elle a des devoirs de sa charge, tourmentée par ses relations mal définies avec un amant secret et fuyant, inquiète de la crise grandissante que traverse les États-Unis à la veille d’une guerre avec l’Irak, confrontée à la malveillance sournoise des milieux académiques, en bref, rongée par trop de défis imprévisibles, M.R. vacille.

Un voyage sur les lieux qui l’ont vue naître va la jeter dans une terrifiante collision psychique avec son enfance.



Extraits :

 

“Elle était très douée pour le pardon. Elle était aussi très douée pour l'oubli. l'oubli est le principe même du pardon.”

 

“Quelle impression lui faisait cet endroit ! La lumière - les lumières scintillantes qui dansaient à la surface de l'eau semblaient pénétrer son coeur. Elle se sentait à la fois euphorique et pleine d'appréhension, comme si un danger la menaçait. Un danger invisible, peut-être. ET cependant il lui fallait aller de l'avant.”

 

“Les plus pitoyables des supplications sont celles que nous faisons dans une totale solitude, sans personne pour nous entendre.”

 

“Il devient nécessaire de croire à l'impossible. Parce que le simplement possible est insuffisant.”

“Il vient un jour, une heure où vous comprenez que la rivière ne court que dans une direction et que rien ne peut inverser son cours.”

 

“L'effort pour parvenir à la civilisation. Pour résister aux illusions. Alors que la boue sale sous le plancher de la civilisation est-elle même illusion.”

 

“Car qu'est-ce que le courage sinon du désespoir ?”

 

“Tu n'as pas à comprendre pourquoi ce qui t'est arrivé est arrivé, tu n'as même pas à comprendre ce qui est arrivé. Il suffit que tu vives avec ce qui reste.”



Mon avis :

 

Sa mère voulait la tuer en le précipitant dans un marais environnant, après lui avoir rasé la tête puis l’avoir vêtue d’une chemise de nuit. Cette petite fille a déjà vécu des horreurs avec cette mère folle et son compagnon qui profite de la situation sur sa soeur et elle, pourtant seuls moments de douceur, aussi effroyables soient-ils. Qui de Jewell, cinq ans ou Jedina, trois ans a survécu ?

 

C’est un trappeur qui a découvert cette petite fille dans les marais, couverte de boue. Elle ira vivre dans une famille d’accueil où les nombreux enfants placés ne seront pas tendres avec elle. Elle sera adoptée par un couple dont la petite fille est décédée. Ils lui donneront le même prénom, beaucoup d’amour et pourtant…

 

Mérédith grandit, étudie, et va devenir M.R., elle obtient une bourse qui lui permet de s’éloigner de ses parents adoptifs. Brillante, elle sera nommée Présidente d’une université. M.R. a 41 ans et revient dans sa région à l’occasion d’un séminaire. La vision du marais lui fait remonter les sensations de son enfance d’un bloc. Incapable de résister, elle ne sera pas présente au séminaire. Elle est au coeur du marais, retrouvant la misère, l’odeur, la déchéance des habitants du marais.

 

M.R. va perdre ses repères, faisant des cauchemars, mettant sa vie professionnelle en danger. Elle ne peut résister mêlant passé et présent.

 

L’auteure nous fait vivre la descente aux enfers de cette femme alternant passé et présent, failles et cauchemars, réalité et visions, jusqu’à cette dépression inexorable et profonde.

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