la vie de ma voix intérieure

En totale reconstruction après deux années abominables passées en Lozère où j'ai appris que seuls les humains ne sont pas humains, je continue à partager ma passion de la lecture. Vous pouvez apprendre à me connaître à travers les citations.

Best love Rosie

 

Best love Rosie par O'Faolain

Nuala O'Faolain

Judith Roze (Traducteur)

ISBN : 2848050675

Éditeur : SABINE WESPIESER (25/08/2008)




4ème de couverture :

Dans ce roman lumineux, Nuala O'Faolain met en scène une femme généreuse, tourmentée et attachante, qui fait siennes toutes les interrogations de l'écrivain. Best love Rosie est un grand livre sur l'âge, la solitude, l'exil, le sentiment maternel et les chimères de l'amour.

Après avoir vécu et travaillé dans le monde entier, Rosie décide de rentrer à Dublin pour s'occuper de Min, la vieille tante qui l'a élevée. Rien n'a changé dans le quartier populaire où elle a grandi, et la cohabitation avec Min, dépressive et alcoolique, n'a rien d'exaltant. En feuilletant pour sa tante des ouvrages de développement personnel, l'idée vient à Rosie de s'occuper utilement en rédigeant un manuel pour les plus de cinquante ans. Sa seule relation dans l'édition vivant aux États-Unis, elle se frottera, non sans heurts, au marché américain...

Le roman s'emballe quand Rosie voit débarquer à New York la tante Min, qu'elle avait laissée, le temps d'un aller-retour, dans une maison de repos. La vieille dame est galvanisée par sa découverte de l'Amérique: elle se fait des amies, trouve un travail, et pour rien au monde ne voudrait renouer avec son ancienne vie. Encore moins pour reprendre possession de la maison de son enfance, que l'armée veut lui restituer. Rosie, elle, tombe amoureuse de ce lieu magique de la côte irlandaise, et va, dans une osmose avec la nature enchanteresse et les animaux qu'elle adopte, s'y laisser pousser des racines.

La lucidité de Nuala O'Faolain, sa tendresse pour ses personnages, font merveille une fois de plus dans ce livre, où l'on suit avec jubilation souvent, le cœur serré parfois, les tribulations de ces deux femmes que lie toute la complexité d'un amour maternel qui ne dit pas son nom.

 

Extraits :

“Mais il y a de la cruauté dans la haine de soi si elle vous gâche l'existence.”

 

“Puis je songeais avec angoisse, que de toute façon, personne ne vous regardait jamais.”

“Les gens meurent de solitude tous les jours.”

 

“Tenir bon est en soi une source de satisfaction.”

 

“C'est ton opinion de toi-même qui rend ta vie grande ou petite.”

 

“Ne vous lamentez pas si la vie est injuste envers vous. Il n'y a pas de justice.”



Mon avis :

J’ai lu cette histoire, une première fois,  il y a huit ans et c’était devenu mon livre préféré. Je l’avais rangé au fond de la bibliothèque pour ne pas le prêter. Je savais qu’un jour je reviendrais vers ce livre. J’ai maintenant l’âge de Rosie (il faut lire ce livre pour le connaître !) et J’ai retrouvé le même bonheur en sa compagnie. L'introspection, l’autodérision, l’amitié fidèle et sincère et une certaine acceptation de son destin tout en essayant de l’améliorer. Voici mon avis de 2011 :

 

C'est une histoire tendre, émouvante, sensible et drôle. Merci Nuala, Rosie est devenue ma meilleure amie et le restera longtemps ! On se ressemble tellement. Tout quitter pour aller s'occuper d'un être avec qui on ne s'entend pas forcément, se retrouver seule, rester là où on a trouvé un animal abandonné....Respecter et aider ses amis ou du moins essayer... Et cette introspection féroce et drôle qui amène la sérénité et l'acceptation du bonheur ! J'ai retenu, Rosie, si, si, il faut être tolérant, attraper les moments de bonheur et prendre la vie comme elle est, merci !

 

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Le berceau

 

 

Le berceau par Chesnel

 

Fanny Chesnel

ISBN : 2081451158

Éditeur : FLAMMARION (06/02/2019)

 

Note moyenne : 4/5 (sur 7 notes)




4ème de couverture :

 

Joseph fabrique le berceau de sa première petite-fille, lorsqu’un coup de téléphone l’interrompt. Un crash d’avion : son fils dedans, son gendre aussi. Et la petite alors ? Sauve, bien vivante ! Prête à naître, car grandissant dans le ventre d’une mère porteuse canadienne choisie par le couple homosexuel. Joseph n’a jamais foutu les pieds hors de sa Normandie natale , il a passé sa vie dans une ferme, vendu ses vaches, enterré sa femme : il n’a plus que cette enfant en tête. Alors, il part. A la rencontre de la minuscule promesse qui prolonge l’existence de son fils. A la rencontre de la jeune étrangère, farouche et indomptable, qui la couve. Rien n’est simple dans cette histoire, mais il se lance à plein régime, dans une réinvention audacieuse et poignante de la famille contemporaine.



Extraits :

 

“Il y a un silence. On ignore pourquoi. Cette hésitation mesquine. Un rond de jambe au malheur. Alors qu'à ce moment précis, on a déjà compris que ce temps mort pue le drame, inutile de languir.”

 

“C'est étrange comme la réalité se tord parfois.”

 

“Quelle que soit la région où l'on se débat, on dispose d'un arsenal de formules pour s'assurer que personne ne restera sans se revoir, que le coeur ne lâchera pas en route et que l'avenir est aussi prédictible que nous le décrétons.”

 

“L’accepter prend du temps. Mais l’admettre est essentiel.”



Mon avis :

 

Joseph n’a pas hésité une seconde malgré la perte de son fils et son deuil en cours. Paysan normand, profondément attaché à sa terre et n’ayant jamais voyagé, il ira coûte que coûte, rejoindre cette petite fille en cours de fabrication dans le ventre d’une mère porteuse. Les autres grands-parents ne sont pas intéressés par cette vie future.

Joseph se remémore l’enfance d’emmanuel ce fils tant aimé qu’il ne comprenait pas mais admirait tellement. Ce gars qui lui ressemblait tant physiquement et si peu moralement. Il pense aussi à Marie-France sa moitié, qui est morte.

Joseph agit et pense, l’un n’empêche pas l’autre. Sa rencontre avec la mère porteuse commence mal. Heureusement cette dernière parle français.

Je suis rentrée immédiatement dans la vie de Joseph, ce bonhomme bien dans sa peau, qui ne juge pas, acceptant les choix des autres. Aude sa fille est comme lui, elle pardonne aux faibles et surnage dans le chaos. Ils font une équipe de choc, ces deux-là et heureusement.

C’est une histoire qui paraît facile mais attention à l'ascenseur des émotions. Je ne peux dévoiler plus de cette belle histoire de résilience. Laissez-vous emporter dans la vie de Joseph, elle est loin d’être monotone.

Merci à Babelio et son masse critique et les Éditions Flammarion

 

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État d’ivresse

 

État d'ivresse par Michelis

 

 

 

Denis Michelis

ISBN : 2882505507

Éditeur : NOIR SUR BLANC (03/01/2019)

 

4ème de couverture :

La mère d’un adolescent, en état d’ivresse du matin au soir, se trouve en permanence en errance et dans un décalage absolu avec la réalité qui l’entoure. Épouse d’un homme absent, incapable d’admettre sa déchéance et plus encore de se confronter au monde réel, elle s’enferme dans sa bulle qui pourtant menace de lui éclater au nez. État d’ivresse brosse le portrait d’une femme brisée qui, en s’abîmant dans l’alcool, se fait violence à elle-même.

 

Extraits :

“C'est important l'ironie, ça vous permet de tenir debout.”

“Peu à peu, je me laisse envahir par une exquise  fraîcheur, la rumeur du dehors a cessé, les reproches, les critiques, les regards en coin à chacun de mes gestes, à chacune de mes paroles, tout cela disparaît dans le grand tourbillon.”

“Je continue ma course même si cette course me semble perdue d’avance.”

 

Mon avis :

Dès la première page je suis rentrée dans la vie de cette femme, ou plutôt dans son cerveau embrumé par l’alcool. Désorientée dès le matin, ses journées passent dans la recherche d’équilibre pour la recherche des bouteilles d’alcool et une petite voix qui lui parle. Elle se raconte des histoires, nie son état et ne cherche absolument pas à s’en sortir. Sa vie, pourtant tourne autour de son fils, cet adolescent inquiet pour sa mère. Il lui demande des comptes, en vain, essaie de la raisonner, fait les courses et prépare à manger. Mais surtout il fuit la maison, il fuit sa mère, dort chez ses amis et en l’absence de son père, la responsabilité de surveiller et veiller sur sa mère est bien trop lourde pour lui. Cette mère qui passe ses journées en robe de chambre, sans se laver, devant son verre tulipe ou sa bouteille de lait remplie d’alcool. Elle surveille sa voisine aussi, son ancienne amie, presque du harcèlement. Elle lui emprunte sa voiture, pourtant, mentant au sujet de son fils et partant s’acheter des munitions, pardon je voulais dire de l’alcool au supermarché. Pourtant elle n’a plus de permis de conduire. Son mari lui a pris la voiture. Elle ment, s’enfonce encore plus au fond du gouffre, se fâche quand on lui parle de sa dépendance et je pense volontiers qu’elle pourrait devenir violente. Elle se noie dans l’alcool comme elle essaye de se noyer dans sa baignoire, les rares fois où son fils lui donne l’ordre de se laver.

Que s’est-il passé dans la vie de cette femme qui avait tout pour être heureuse ? Est-ce une farce de la vie de devenir alcoolique alors que son métier est de rédiger des articles sur le bien-être dans un magazine de psychologie ?

Entre deux pensées avinées, cette femmes nous donne des pistes, pense que son mari va habiter chez la voisine avec son fils, nous parle du jour où tout a basculé et pense que nos existences ne basculent pas mais se délitent peu à peu, qu’il n’y a ni avant ni après. Elle se dit aussi que l’espoir épuise, qu’il nous ronge de l’intérieur.

L’auteur brouille les pistes brillamment , attaque la maternité, la filiation, la famille, le couple, la femme, impossible de démêler le vrai du faux, les pensées de cette femme et la réalité.

J’ai manqué d’air et d’équilibre avec cette femme et malgré tous les mensonges et les horreurs de sa vie, j’ai compatis. Il ya l’alcoolisme pour arrêter le temps et le réel, il y a l’alcoolisme comme une fin, un suicide. L’alcoolisme est reconnue comme une maladie. La vision de l’intérieur est terrible. À lire d’une traite.


Merci à Babelio Masse Critique et les Editions Noir sur Blanc pour cet état d'exaltation où l'être est comme transporté hors de lui et du monde.

 

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Le bruit du dégel

 

Le bruit du dégel par Burnside

 

John Burnside

ISBN : 1022607979

Éditeur : MÉTAILIÉ (23/08/2018)




4ème de couverture :

 

Kate, étudiante à la dérive, fait des « enquêtes » cinématographiques dans les rues désertées des banlieues pavillonnaires. Son père vient de mourir brutalement et elle noie son chagrin dans la défonce. Au cours d’une de ses déambulations, elle rencontre Jean, une vieille dame en pleine forme qui coupe son bois et prépare des thés délicats. Jean propose un étrange marché : elle veut bien raconter ses histoires, mais à condition que Kate cesse de boire.

Tandis que Jean déroule le mirage du rêve américain et règle ses comptes avec quelques fantômes, Viêtnam, guerre froide, mouvements contestataires, Kate affronte enfin son deuil impossible et retrouve une place dans le monde.

Avec sa prose magnétique et tendre, John Burnside rend le monde aux vivants et rappelle que seules les histoires nous sauvent.



Extraits :

 

“On a tous intérêt à se rappeler quels enfants on a été.”

 

“Aujourd'hui, je sais qu'en réalité, on ne perd qu'une ou deux choses au cours d'une vie, peut-être même rien qu'une, dont tout le reste n'est que l'écho.”

 

“Quand on est connu comme quelqu’un qui ne plie pas, les gens trouvent des moyens de nous contourner. Ils nous en veulent de compliquer les choses, mais ils acceptent qu’on soit ainsi fait et cessent de nous considérer comme un individu pour ne plus nous traiter qu’en obstacle malencontreux.”

 

“C'était ça. Rien de plus.Le bruit du dégel. Une sorte de musique. Une fin, et un commencement. ici, et ailleurs.”



Mon avis :

 

Je ne sais pas comment je fais pour choisir mes lectures qui font un parfait écho à ma vie du moment. Ma critique va être brouillon, je le sais, pour cause de fatigue et de ressentis nombreux et contradictoires. Il y a quelques mois j’ai eu la chance d’être embauchée à un poste où je me sens à ma place. Mais voilà, même si je suis en jeans, baskets, très peu maquillée, pas très sophistiquée tout en étant propre et nette, j’ai 54 ans et demi. Et les conversations de mes très jeunes collègues étaient : ahhh elle est vieille, on aurait préféré une jeune…” Ouais...Le rapport avec ce récit ? Une rencontre entre deux femmes, belle mais improbable dans notre société où l’individualisme est une star, où la vieillesse est un dégoût.

 

Kate boit pour oublier, pour arrêter le temps, pour faire son deuil, mais surtout à cause d’une mauvaise rencontre avec un jeune cinéaste qui a besoin d’excès pour créer ses oeuvres.

Jean vit en solitaire et c’est un choix pour ne pas faire de concession, pour vivre avec ses souvenirs. Jean a choisi une autre façon d’arrêter le temps.

La rencontre de ces deux femmes, différentes et pourtant si semblables va leur permettre de se réparer, l’une et l’autre.

À travers le récit des souvenirs de Jean et de sa façon de vivre  son quotidien pour survivre à un traumatisme et la vie actuelle de Kate et ses ressentis, John Burnside arrête le temps, nous permet de nous poser, de reprendre notre souffle, de nous attabler avec ces deux femmes autour d’un thé et de beignets aux pommes. Parce que la vie, le bonheur après lequel nous courons tous est là dans les gestes quotidiens et répétés : couper le bois, faire un gâteau, regarder la nature, le ciel et écouter.

Écouter les histoires des autres et ne plus s’en raconter. Écouter la vérité de l’autre qui n’est peut être pas la réalité mais la sienne avant de devenir un secret. Écouter et ne pas entendre simplement.

Se régénérer au contact d’une amitié sincère, authentique sans jugement, en prenant le temps.

Vous connaissez le bruit que fait le dégel ?

 

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Leurs enfants après eux

 

Leurs enfants après eux par Mathieu

Nicolas Mathieu

ISBN : 2330108710

Éditeur : ACTES SUD (22/08/2018)

 

4ème de couverture :

 

Août 1992. Une vallée perdue quelque part à l’Est, des hauts fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a 14 ans, et avec son cousin, ils s’emmerdent comme c’est pas permis. C’est là qu’ils décident de voler un canoë pour aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence.

Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt.



Extraits :

 

"Pour tout le monde, cette patience avait quelque chose de révoltant."

"Les hommes parlaient peu et mouraient tôt. Les femmes se faisaient des couleurs et regardaient la vie avec un optimisme qui allait en s'atténuant. Une fois vieilles elles conservaient le souvenir de leurs hommes crevés au boulot, au bistrot, silicosés, de fils tués sur la route, sans compter ceux qui s'étaient fait la malle."

"Ils menaient ensuite des vies marginales, d'allocations et de menus larcins, familles tuyaux de poêle qui faisaient le coup de poing et accouchaient de temps en temps d'une force de la nature qui foutait la frousse à tout le canton."

"Puisque dans la vie, tout allait en s'amenuisant, vous échappait, finissait en poussière, il résolut de s'enrichir."

"Il lisait sa vie à voix haute, de crainte que les choses ne se réalisent qu'à demi."

"C'était au fond une incroyable leçon. Si vous sortiez des clous, la société disposait de tout l'outillage pour vous mettre définitivement hors jeu."

"Il avait le sentiment d'habiter sa vie en passager clandestin."

 

 

Mon avis :

 

Si Anthony était resté ferme et avait refusé d’emprunter la moto de son père pour se rendre à une fête avec le cousin, peut-être que l’avenir aurait été différent ou du moins différé.

Mais voilà, son père, un brin alcoolique, qui violente sa mère, ne fait plus de moto mais il tient à cette vieillerie et personne n’a le droit d’y toucher.

Hacine, un jeune de la cité, lui volera la moto pendant la fête.

Ce groupe d’adolescents vit les premiers moments de liberté, les premiers émois sexuels. Il se cherchent et dans cette période de la vie bien particulière, les barrières tombent, le niveau social n’existe pas. Le tri se fera après, au moment du bac. Certains fuient leur ville natale, d’autres y reviennent, quelque uns restent cloués sur place.

Les parents sont désespérants ou désespérés, peu ont encore un niveau de vie correct, mais il n’y a plus de travail dans cette ville où toutes les usines ferment les unes après les autres. Le décor est sinistre, l'humeur des gens aussi. L’horizon est bloqué, fermé.

Les pères vont noyer leur existence sordide au bistrot, pendant que leurs femmes tentent de rester féminines et désirables. Le travail en intérim crée la précarité, l’individualisme, des espaces divisés. La société explique aux gens rebelles que leur désir de vivre correctement est déraisonnable..

Tous sont en survie et n’ont pas d’autres choix que d’accepter leur sort.

Les pères meurent tôt après avoir emmerder le monde des années durant avec leurs têtes d’enterrement et leurs coeurs broyés, parfois les enfants aussi et les femmes vivent avec leurs souvenirs et les voyages organisés.

Nous sommes dans les années 90.

J’ai mis du temps à lire cet ouvrage qui fait écho à la révolte des gilets jaunes. Je l’avais réservé avant son prix mérité.

La résilience d’une vie ou une vie résignée ?

 

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Quand Dieu boxait en amateur

 

Quand Dieu boxait en amateur par Boley

 

Guy Boley

ISBN : 2246818168

Éditeur : GRASSET (29/08/2018)




4ème de couverture :

 

Dans une France rurale aujourd'hui oubliée, deux gamins passionnés par les lettres nouent, dans le secret des livres, une amitié solide.

Le premier, orphelin de père, travaille comme forgeron depuis ses quatorze ans et vit avec une mère qui la littérature effraie et qui, pour cette raison, le met tôt à la boxe. Le second se tourne vers les écritures plus saintes et devient abbé. Mais jamais les deux anciens gamins ne se quittent. Aussi, lorsque l'abbé propose à son ami d'enfance d'interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de la passion de Notre seigneur Jésus-Christ, celui-ci accepte pour sacrer, sur la scène du théâtre paroissial, leur fraternité.

Ce boxeur narrateur atypique et forgeron flamboyant était le père du narrateur. Après sa mort, ce dernier décide de prendre la plume pour lui rendre sa couronne de gloire, tressée de phrases splendides, en lui écrivant le grand roman qu'il mérite.

Un uppercut littéraire.



Extraits :

 

“Ce quartier fut toute sa vie, sa seule mappemonde, sa scène de théâtre, son unique opéra.”

 

“Il faut que les gens meurent pour que leur linceul devienne ce palimpseste où leur vie fut écrite avec leur destinée, et non avec celle qu'on leur avait, de leur vivant, forgée.”

 

“Quand un monde s'écroule, tous ceux qui vivent dedans, au loin ou à côté, s'en trouvent affectés. Et s'ils ne meurent pas, toujours ils perdent pied.”

 

“On ne choisit pas son enfance, on s’acclimate aux pièces du puzzle, on bricole son destin avec les outils qu’on a sous la main.”



Mon avis :

 

Le père du narrateur est mort dans l’hôpital où il est né. L’histoire de cet homme est finie. Son fils nous raconte cette vie simple, passée dans cette petite ville de province. René, le père est élevé par sa mère, veuve. Une mère femme de ménage, sans espoir que celui de faire de son fils, un homme. Mais René a toujours le nez dans les livres. Il fera de la boxe, cela le forgera. Il n’a qu’un ami Pierrot qui deviendra abbé. Lui deviendra forgeron. L’un se marie, l’autre se met au service de Dieu et notre petit narrateur naît. Une vie simple qui pourrait être un peu fade sans l’attirance de René pour la culture. L’abbé va lui proposer le rôle de sa vie : Jésus ! Des années de spectacles, d’apprentissage, de belle vie. Partager, jouer, ils sont heureux.  

René, son épouse, son fils le narrateur et par ricochet l’abbé vont subir un drame et plus rien ne sera pareil. Ce père si lumineux aura une tendance à boire un peu trop, sa femme est déjà sans vie. Le fils s’éloignera de ses parents jusqu’à mépriser son père et boira à son tour.

C’est un récit écrit avec les larmes de sang de ce drame, un récit tour à tour lumineux et désespérant. La vie, simplement, comme un match de boxe avec ses victoires et ses défaites, dans un quartier d’une petite ville, comme une gloire des humbles. Une histoire d’amour dont on ne disait rien.

 

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La mère parfaite

 

La mère parfaite par Molloy

 

Aimee Molloy

ISBN : 2365693601

Éditeur : EDITIONS LES ESCALES (11/10/2018)

Traductrice : Emmanuelle Aronson




4ème de couverture :

 

Nell, Francie et Colette font partie d’un groupe de jeunes mères de Brooklyn qui ont fait connaissance  pendant leur grossesse. Le soir du 4 Juillet, pour échapper quelques heures à leur quotidien, elles décident d’organiser une virée dans un bar : un répit bienvenu en ce premier mois d’été caniculaire. Elles parviennent même à convaincre Winnie, la mère célibataire du groupe, de confier son nouveau-né  à une baby-sitter. Mais lorsque Winnie rentre chez elle et découvre que son fils a disparu, la soirée tourne au drame.

Dans un Brooklyn étouffant, alors que l’enquête piétine et que la police accumule les erreurs, Nell, Francie et Colette se lancent dans une course effrénée pour retrouver l’enfant. Jusqu’à ce que les médias s’emparent de l’affaire et fassent de leurs vies, en apparence si parfaites, le centre de toutes les attentions…

En faisant exploser le vernis d’existences bien ordonnées, Aimee Molloy livre une critique grinçante des pressions subies par les mères dans notre société. Un roman rare, à la fois captivant et pertinent.



Extraits :

 

"Pas étonnant que j'ai commencé à les détester. Franchement, qui peut endurer un tel niveau de certitude ? Encaisser sans broncher des opinions aussi tranchées ?"

"Je n'ai jamais aimé ce terme. Maman. C'est tellement chargé, tellement politique. Nous n'étions pas des mamans. Nous étions des mères. Des personnes."

 

"C'est ça le problème avec ceux des campagnes. Ils fourrent leur nez partout."

 

"Percevoir les ratés dans ma logique, mon incapacité à comprendre les choses les plus simples."

 

 

Mon avis :

 

De jeunes mères devenues amies, car inscrites sur un site de jeunes mamans, décident de se réunir le soir du 4 juillet sans les bébés et les maris. Winnie est célibataire et n’a pas très envie de laisser son bébé à une baby-sitter qu’elle ne connaît pas. Nelle, Francie et Colette arrivent à la convaincre et lui trouvent la nounou.

Il y a du monde ce soir là, dans le bar, et les jeunes mères sont souvent séparées, certaines boivent un verre d’alcool, et la fatigue aidant, le tout se passe un peu dans le flou.

Winnie disparaît un long moment en laissant ses clés et son portable dans le bar. Ses amies se rendent compte qu’elle a une application lui permettant de surveiller son bébé à distance et lui suppriment cette application.

Ce qui n’est qu’une mauvaise blague, tourne au cauchemar. Le bébé de Winnie disparaît, la nounou s’est endormie dans le canapé, n’a rien vu, rien entendu.

Francie, Nell, Colette s’introduisent dans la maison de Francie malgré la présence de la Police qui les refoule dehors. Elles vont porter le fardeau de la culpabilité jusqu’au bout de cette enquête.

On suit leurs vies différentes, le passé que certaines préfèrent oublier, le niveau de vie très différent aussi d’une famille à l’autre, et surtout leurs pensées et sentiments dans une chaleur caniculaire qui s’abat sur la ville. Tout devient compliqué.

Elles sont de jeunes femmes modernes et doivent être des mères parfaites selon le modèle de la société. Ce n’est pas si simple. Une chose est certaine, elles vont tout mettre en oeuvre pour aider Winnie et retrouver le bébé et elles sont très douées pour pirater des sites, voler des dossiers et interpréter des faits.

Les médias s’emparent de l’affaire et ces jeunes mères vont payer le prix fort pour cette petite soirée anodine dans un bar.

Plus qu’un thriller, une étude sociétale sur l’image de la mère parfaite.

Un grand merci à Masse critique mauvais genre de Babelio et les Éditions Les escales pour cette découverte

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En attendant Bojangles

 

En attendant Bojangles par Bourdeaut

 

Olivier Bourdeaut

ISBN : 2363390679

Éditeur : FINITUDE (07/01/2016)



4ème de couverture :

 

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.

Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mlle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.

Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.

L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.



Extraits :

 

“La vérité est mal payée, pour une fois qu'elle était drôle comme un mensonge.”

 

“Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel.”

 

“Son allure parfaite aussi était un mensonge, mais quel splendide mensonge.”



Mon avis :

 

C’est une magnifique histoire d’amour. Lui, Georges, menteur invétéré, rencontre l’amour lors d’une soirée. Légère, fantasque, danseuse, elle l’ensorcelle, celle qui tutoie les étoiles.

Elle va donner un sens à la vie de Georges, en la transformant en un bordel perpétuel. La vie est faite de fêtes, d’alcool et de danse. La naissance de leur fils ne changera rien, et le petit découvre la vie à travers celle de ses parents.

L’apprentissage en société, c’est à dire l’école ne sera pas simple et les parents préfèrent le retirer du cursus ordinaire.

Leur vie fantasque continue jusqu’au jour où la fantaisie de la mère devient une pathologie lourde et encombrante.  Georges et son fils raconte chacun leur tour, leurs illusions, leurs espoirs, la réalité.

Je vous ai dit que les histoires d’amour finissent toujours mal, en général ?

Les mots sont magiques sous la plume de l’auteur, un roman écrit en conte. Le sujet est difficile et pourtant cette histoire est légère.

 

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Le bon fils

 

Le bon fils par Michelis

Denis Michelis

ISBN : 288250425X

Éditeur : NOIR SUR BLANC (25/08/2016)





4ème de couverture :

 

Un père et son fils cherchent à se faire une place l’un auprès de l’autre dans une nouvelle vie à la campagne. Mais comment peuvent-ils espérer en leur avenir si le fils refuse de bien travailler au lycée et si le père néglige son rôle de parent ? L’arrivée inopinée d’un dénommé Hans, un ami de longue date, personnage équivoque aux méthodes étranges, bouscule leur vie et lui donne un sens insoupçonné.

 

Le roman entrelace obsessions et métaphores sur le mythe d'oedipe et nous donne à mesure à quel point le passage à l’âge adulte transfigure la réalité.

 

 

Extraits :

 

"Le voici qui recommence à geindre, on dirait un vieil âne que l'on presse de monter au sommet d'une colline."

 

"C'est si simple de remplacer une personne par une autre."

 

"Les images de la veille s'affadissent, pareilles à des éclats de rêves qu'on tente de recoller au réveil mais dont l'assemblage se révèle trop fastidieux."

 

"Dans la vie, les choses évoluent. Les rôles aussi."



Mon avis :

 

Albertin est en voiture avec son père. Ils traversent une partie du pays pour habiter dans la campagne. C’est mieux pour la santé du père. C’est mieux pour qu’Albertin devienne un bon fils. Le père se lamente, geint, se plaint, tout le temps. Albertin, ado, déjà conditionné en prisonnier, souffle. Sa mère est partie à cause de ce petit. Elle a essayé pourtant.

Dans ce nouvel environnement, le seul ami d’Albertin est un frêne à qui il se confie. Il ne travaille pas trop au Lycée et son père continue de gémir et de se plaindre.

Et puis Hans, ami de longue date du père, arrive. Le père va pouvoir se reposer, Hans prend tout en charge. Il change le prénom de cet ado : Constant, désormais. Hans prépare à manger, aménage la maison, range, nettoie et s’occupe de Constant. Il l’amène au lycée en voiture, le ramène à la maison et fait en sorte qu’il soit un bon fils. Les quelques coups qui pleuvent sur Constant ne sont que des accidents. Hans est un artiste, il peint dans le sous-sol de la maison.

Le père vit dans son fauteuil à côté de la cheminée, dans ce salon-salle à manger traversant, sans regarder vraiment ce qui se passe dans la maison, soulagé de ne plus s’occuper de son fils.

Albertin devenu Constant deviendra t-il un bon fils ?

Une histoire insaisissable racontée avec subtilité.

 

 

 

 

 

 

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Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?

 

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? par Winterson

 

Jeanette Winterson

ISBN : 2757835955

Éditeur : POINTS (22/08/2013



4ème de couverture :

 

Pourquoi être heureux quand on peut être normal? Etrange question, à laquelle Jeanette Winterson répond en menant une existence en forme de combat. Dès l'enfance, il faut lutter: contre une mère adoptive sévère, qui s'aime peu et ne sait pas aimer. Contre les diktats religieux ou sociaux. Et pour trouver sa voie. Ce livre est une autobiographie guidée par la fantaisie et la férocité, mais c'est surtout l'histoire d'une quête, celle du bonheur. "La vie est faite de couches, elle est fluide, mouvante, fragmentaire", dit Jeanette Winterson. Pour cette petite fille surdouée issue du prolétariat de Manchester,

l'écriture est d'abord ce qui sauve. En racontant son histoire, Jeanette Winterson adresse un signe fraternel à toutes celles - et à tous ceux - pour qui la liberté est à conquérir.



Extraits :

 

"En écrivant, on offre le silence autant que l'histoire. Les mots sont la part du silence qui peut être exprimée."

 

"J'ai lutté à mains nues quasiment toute ma vie."

 

"C'est un paysage de peu de mots, taciturne, réticent. Il n'a pas la beauté évidente. Mais il est beau."

 

"J'ai remarqué qu'agir censément n'est une bonne idée que lorsque la décision est sans conséquence. Pour ce qui bouleverse l'existence, il faut prendre un risque."

 

"On ne ressent jamais trop, même si nous sommes nombreux à nous efforcer de ressentir le moins possible.

Les émotions sont effrayantes.

Du moins pour moi."

 

"Sa propre solitude, impossible à percer, avait commencé à tous nous enfermer."

“J’étais une solitaire. Je m’étais inventée. Je ne croyais ni à la biologie ni à la biographie. Je croyais en moi.”

 

Mon avis :

 

Le titre est une phrase prononcée par la mère de Jeannette quand celle-ci lui confirme son homosexualité. Jeannette doit partir, elle est mise à la porte de la maison familiale, elle a seize ans.

Jeannette est une enfant adoptée par un couple, ou plutôt par Mme W, femme autoritaire, imposante, complexée, asociale, exaltée par Dieu et redoutant les péchés. Cette petite fille est le mauvais berceau, Mme W attendait un petit garçon, elle a reçu Jeannette comme une punition. Le père est inexistant, donne des raclées à la petite sur ordre de sa femme.

Face à cette femme, mentalement instable, mais persuadée de prendre le bon chemin dans la vie, une petite fille qui tire le bonheur vers elle. Malgré les coups, les interdictions, la pauvreté, Jeannette a déjà beaucoup d’humour et détourne l’éducation de sa mère pour faire ce qu’elle veut. Sa mère l’envoie à la médiathèque pour ses propres livres mais lui interdit la lecture. Jeannette passionnée par la littérature, va cacher pendant des années ses livres sous son matelas. Enfermée dans la cave, interdite de rentrer dans la maison, le tout en guise de punition, Jeannette positive malgré sa peur.

Jeannette fera les études qu’elle veut grâce à une main tendue, essaiera  une dernière fois de revenir voir sa mère, comprendra que cette dernière ne changera jamais et ne la reverra jamais. Jeannette avance dans sa vie, avec sa bonne humeur et son appétit de vivre. De ses failles elle a fait une force de vie.

Pourtant Jeannette passera par la dépression, ce qu’elle appelle sa folie. Un moment indispensable pour faire le deuil de son enfance, de ses parents. Elle fera des recherches sur sa mère biologique et apprendra qu’elle était désirée et que son abandon était surtout un geste d’amour.

Le bonheur féroce, vous connaissez ?

 

Posté par pyrouette à 07:10 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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