la vie de ma voix intérieure

En totale reconstruction après deux années abominables passées en Lozère où j'ai appris que seuls les humains ne sont pas humains, je continue à partager ma passion de la lecture. Vous pouvez apprendre à me connaître à travers les citations.

Repose-toi sur moi

Repose-toi-sur-moi

 

 

Serge Joncour

ISBN : 2081393980

Éditeur : FLAMMARION (17/08/2016)





4ème de couverture :

 

Aurore est une styliste reconnue et Ludovic un agriculteur reconverti dans le recouvrement des dettes. Ils n’ont rien en commun si ce n’est un curieux problème : des corbeaux ont élu domicile dans la cour de leur immeuble parisien. Elle en a une peur bleue, alors que son inflammable voisin saurait, lui, comment s’en débarrasser. Pour cette jeune femme, qui tout à la fois l’intimide et le rebute, il va les tuer. Ce premier pas les conduira sur un chemin périlleux qui, de la complicité à l’égarement amoureux, les éloignera peu à peu de leur raisonnable quotidien.

Dans ce grand roman de l’amour et du désordre, Serge Joncour porte loin son regard : en faisant entrer en collision le monde contemporain et l’univers intime, il met en scène nos aspirations contraires, la ville et la campagne, la solidarité et l’égoïsme, dans un contexte de dérèglement général de la société où, finalement aimer semble être la dernière façon de résister.



Extraits :

 

“Pourtant, c'est rude parfois, c'est rude de tout comprendre des autres, de tout en ressentir immédiatement.”

“Parfois, à des carrefours inattendus de la vie, on découvre que depuis un bon bout de temps déjà on avance sur un fil, depuis des années on est parti sur sa lancée, sans l'assurance qu'il y ait vraiment quelque chose de solide en dessous, ni quelqu'un, pas uniquement du vide.”

“Ce n'est jamais facile de regarder les choses en face.”

“On est si petit au regard d'une peur qui ne finit pas de croître en nous.”

“Parfois on croit s'intéresser aux autres alors qu'on ne fait que s'en servir.”

“C’était cette même sensation qui l’assaillait, cette impression d’être surplombée, et ça l’affolait.”

“Son coup de sonnette eut l'effet d'une douche froide. C'est la jeune femme qui vint lui ouvrir. C'était souvent les femmes qui lui ouvraient, ce sont elles qui vont au-devant des choses, pas trop les hommes.”



Mon avis :

 

C’est une impression bizarre de lire des ressentis de deux personnages qui ressemblent aux tiens du moment. Tu as l’impression d’être avec eux dans leur histoire à moins que ce ne soit l’écriture raffinée de l’auteur  qui n’épargne aucun détail.

Ludovic vit à Paris dans la partie de l’immeuble qui n’est pas rénovée, celle des courants d’air dans l’escalier, celle des petits logements occupés par des gens vieillissants. Son physique est imposant, rassurant, lui, l’ancien joueur de rugby, qui se doit d’être toujours fort. Il vient de la campagne, est veuf, et descend régulièrement dans la ferme familiale qu’il a laissé à sa soeur et son beau-frère. Il constate l’étendue des dégâts des pesticides, sa femme en est morte, les absences de sa mère qu’on traîne comme un légume du fauteuil au lit. Il fait face Ludovic, dans sa famille, dans son boulot, quand il aide ses voisines âgées. Il est bienveillant Ludovic.

Aurore est l’opposé de Ludovic. Elle vit à Paris, dans la partie de l’immeuble rénovée, confortable, dans un grand appartement avec son mari et ses enfants. Elle est délicate, un peu bourgeoise, dans une vie agréable mais depuis quelques temps se sent bien seule. L’impression de marcher sur un fil, d’être au bout de tout, même de ses enfants, parfois. Aurore a des angoisses, des peurs, des phobies.

La rencontre de ces deux êtres est celle de deux mondes différents, opposés. La petite fragile parisienne et le grand bonhomme protecteur, la campagne et la ville, le clinquant et l’authentique.

Une brève histoire d’amour, de manipulation, de traumatismes.

Les deux mondes s’échangent voyant dans l’autre, dans un moment de clairvoyance, les ratés, les gentilles manigances aux conséquences désastreuses. Le grand protecteur, avec sa violence latente, est un être fragile, et la délicate angoissée un être manipulateur. Et si c’était un peu plus compliqué ?

L’épilogue est savoureux ! Je ne vous raconte que les personnages, je vous laisse découvrir cette histoire clairvoyante qui représente bien notre société.






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Nos vies

9782283029763

 

 

Marie-Hélène Lafon

ISBN : 2283030498

Éditeur : BUCHET-CHASTEL (17/05/2017)





 

 

4ème de couverture :

 

"J'ai l'oeil, je n'oublie à peu près rien, ce que j'ai oublié, je l'invente.J'ai toujours fait ça, comme ça, c'était mon rôle dans la famille, jusqu'à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d'autre pour lui raconter, elle disait qu'avec moi elle voyait mieux qu'avant son attaque." Le Franprix de la rue du Rendez-Vous, à Paris. Une femme, que l'on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L'homme encore jeune qui s'obstine à venir chaque vendredi matin... Silencieusement elle dévide l'écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.Nos vies est le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon. Il aurait pour sujet la ville et ses solitudes.Marie-Hélène Lafon est professeur de lettres classiques à Paris. Tous ses romans sont publiés chez Buchet/Chastel.



Extraits :

 

“On ne la voit pas sourire. On imagine. On reste au bord de ce que doit-être ailleurs, dans une autre vie.”



“J'ai tenu et j'ai continué et, pendant des années, j'ai sousvécu, juste au ras des gestes et des choses, à peine à la surface, à peine la tête hors de l'eau.”

“J'ai l'oeil, je n'oublie à peu près rien, ce que j'ai oublié, je l'invente.”

 

“C’est de la mort, de la maladie, de la perte,de la trahison, de l’absence qui commence pour toujours ou pour longtemps, on ne sait pas, on tient, on fait face, on attend et on s’arrange plus ou moins, on vieillit, on dure.”



Mon avis :

 

Jeanne est à la retraite et elle vit dans sa solitude comme dans une armure. Son amour est parti ou plutôt a disparu il y a bien longtemps. Son père n’a jamais accepté son compagnon de culture différente et elle était un peu isolée déjà. Elle va deux fois par semaine au franprix de son quartier. Elle observe les gens et leur invente une vie, comme elle l’a fait quarante ans durant, en prenant le métro.

Sa première victime est Gordana. Le mot est fort mais le prénom aussi est fort particulier. Gordana est caissière au Franprix. Elle a une poitrine généreuse que l’on ne peut éviter, du moins du regard, que l’on soit homme ou femme.

Et puis il y a Horacio qui passe toujours à la caisse de Gordana.

On découvre leur vie inventée par Jeanne en même temps que ses confidences sur sa propre vie, ses souvenirs, sa famille.

Elle les a voulus étrangers comme son compagnon et elle raconte aussi leur existence d’immigrés. Gordana a peut être un enfant laissé au pays.

Puis on découvre que Gordana au buste si généreux et au visage si beau a un pied bot. Les clients ne le voient pas et essaient souvent de charmer cette jeune personne qui les repousse d’un regard ou en les ignorant.

Le point commun entre ces trois personnages est la solitude ressentie dans une grande ville, loin de la famille, sans personne sur qui compter.

Les mots de l’auteure sont poétiques. Elle part dans son imagination, et c’est un plaisir de la lire.

 

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L'art de la quiétude - Ces chats qui nous apaisent

9782081416338

 

 

Véronique Aïache

ISBN : 2081416336

Éditeur : FLAMMARION (04/10/2017)




 

 

4ème de couverture :

 

Le chat fascine depuis la nuit des temps.

Élevé au rang de dieu protecteur par les Égyptiens,

professeur de méditation chez les disciples

de Bouddha, il conserve encore aujourd'hui

sa liberté instinctive et sa sagesse immémoriale.

Et si nous cessions de considérer les chats

comme des animaux de compagnie et commencions

à nous nourrir de leur spiritualité féline ?



Extraits :

 

“Le lâcher-prise. Celui qui apaise les angoisses de la conscience, enseigne l'art d'apprivoiser

l'inquiétude du temps qui passe et apprend à calmer le tourbillon des questions que soulève l'existence.”

 

“Tout le monde a vécu au moins une fois cette sensation oppressante qui s'installe quand les idées s'emballent.”

 

“À trop se renier, on finit par se perdre et laisser place à un conflit intérieur.”

 

“En un mot, vivre. Vivre ici et maintenant. Vivre le moment présent.”



Mon avis :

 

J’avoue avoir ricané en lisant le sous-titre : “ces chats qui nous apaisent”. J’ai cinq chats et ils me poussent à bout. Leur jeu préféré est de faire des glissades à travers la maison quand je lave les sols. Il suffit que je me dirige vers le réfrigérateur pour qu’ils arrivent au grand complet, style : nous aussi on a faim. Je ne parle pas des disputes et des bagarres. Bref, j’ai un gang de délinquants félins. J’étais curieuse de savoir comment mes monstres chéris pouvaient m’apaiser.

D'abord, un peu d'histoire. Indispensables, adulés ou détesté les chats tiennent une place forte à travers les siècles. Les humains ont bien compris, et très vite, le côté utile de ces petites bêtes, surtout les paysans.

Puis nous voilà dans la partie principale pour trouver une quiétude bienfaisante. Et là, j’ai compris que je devais vivre comme mes chats, c’est à dire faire ce que je veux quand je veux, m’étirer longuement au lieu de me lever d’un bond au réveil, observer, me poser. Je me demande pour les glissades ?

L’auteure est journaliste et le style est rapide et informatif. Le texte est concis et plaisant. Le livre est cartonné, idéal pour un cadeau.

Un grand miaou  merci à Babelio et aux éditions Flammarion

 

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Les yeux dans les arbres

9782744138560-us-300

 

 

 

Barbara Kingsolver

Guillemette Belleteste (Traducteur)

ISBN : 2744138568

Éditeur : FRANCE LOISIRS (30/11/-1)





4ème de couverture :

 

Nathan Price, pasteur baptiste américain au fanatisme redoutable, part en mission au Congo belge en 1959 avec sa femme et ses quatre filles. Ils arrivent de Géorgie dans un pays qui rêve d'autonomie, et de libertés. Tour à tour, la mère et les quatre filles racontent la ruine tragique de leur famille qui, même avec sa bonne volonté et ses croyances de fer, ne résiste à rien, ni à la détresse, ni aux fourmis, ni aux orages... ni aux Saintes Écritures.



Extraits :

 

"C'est vrai que je ne parle pas aussi bien que je ne pense. Mais c'est vrai de la plupart des gens, d'après ce que je vois."

 

"Il m'était déjà arrivé tant de fois dans ma vie de me croire sortie d'affaire, sans réaliser que je n'avais fait que marquer une pause au bord d'un autre étroit précipice au milieu d'une longue, longue chute."

 

"C'était comme si, comme à l'accoutumée, j'étais à la traîne dans ma propre vie."

 

"Il y a tant de réponses. Toutes sont parfaites mais aucune n'est suffisante."

 

"Oh, qu'elle est belle et inutile l'entreprise de vouloir fixer son destin."

 

"Il était effrayant de voir que ce que l'on aimait semblait soudain différent de ce que vous aviez toujours connu."

"Le malentendu est ma pierre angulaire. C'est celle de tout un chacun, si l'on y réfléchit. Des illusions prises pour la vérité pavent le chemin sous nos pieds. Elles sont ce que nous appelons la civilisation."

 

"Nous sommes faits de nos blessures autant que de nos réussites."



Mon avis :

 

Cette histoire pourrait être d’actualité. La religion ou plutôt les religieux extrémistes et fanatiques peuvent entraîner le chaos dans leurs familles mais aussi auprès de tous ceux qu’ils essaient de convaincre.

 

Nathan, époux et père violent voulait prêcher la bonne parole au Congo. Il décide de partir avec sa famille. Du confort américain, ils passent à la débrouillardise africaine. Vivre avec des serpents et autres animaux venimeux qui s’invitent dans la maison, pas facile pour les trois adolescentes dont une handicapée et une petite fille de cinq ans. Quant à leur mère, elle devra apprendre à dépecer les animaux pour manger, aller chercher de l’eau, tout faire bouillir.

 

Nathan n’a que faire de la survie des siens. Son but est de baptiser tout un village. Il se heurtera avec le chef du village, pendant que les habitants aident sans rien dire Orleanna et les quatre filles. L’histoire du pays change avec la déclaration d’indépendance du Congo belge qui deviendra le Zaïre par la suite. Les habitants votent, apprennent qu’ils ont des droits, des choix. Nathan et sa parole de Dieu peuvent aller se faire pendre. Son fanatisme, pourtant, ne va pas se calmer.

 

Dix-sept mois d’enfer dans une vie cela ne devrait pas faire le poids. Sauf, pour une mère qui devra choisir par deux fois entre ses filles, pour les sauver. La mort de la petite dernière, mordue par un serpent, va déclencher chez elle un réflexe de survie et elle part avec ses trois autres filles, laissant le père sur place. Elles vont parcourir, à pieds,  la moitié du pays avec la saison des pluies et Orleanna ne rentrera aux Etats-unis qu’avec une de ses filles, les deux autres, trop malades pour continuer le voyage, resteront sur place.

 

Orleanna, Rachel, Leah et Adah vont devoir apprendre à vivre avec leur culpabilité, leurs regrets, leurs envies, chacune à sa façon. Le reste de l‘histoire est aussi intense, mais je ne vous raconterai plus rien, à vous de lire ce roman passionnant, dépaysant, difficile parfois mais avec cette pointe d’humour qui est une seconde nature chez l’auteure.

 

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Sur les chemins noirs

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Sylvain Tesson

ISBN : 2070146375

Éditeur : GALLIMARD (13/10/2016)






4ème de couverture :

 

Il m'aura fallu courir le monde et tomber d'un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j'ignorais les replis, d'un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.

La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.

Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.

 

Sylvain Tesson.



Extraits :

 

“Vivre me semblait le synonyme de s'échapper.”

 

“En cette année du XXIème siècle, cela me semblait bon de pouvoir passer une heure sans rien faire.”

 

“Les citadins s'étaient aperçus qu'une vie sans issue était pire qu'une vie sans chauffage.”

 

“Il y avait ainsi des êtres, dans la France du siècle numéro vingt-et-un, qui vivaient sur la bande d'arrêt d'urgence.”

 

“La ruralité est un principe de vie fondé sur l'immobilité. On est rural parce que l'on reste fixé dans une unité de lieu d'où l'on accueille le monde.”

 

“Perdre du poids en marche, c'est laisser un peu de soi à la route.”

 

“Chaque aube est pour l'insomniaque un 6 juin personnel.”

 

“Comment la France pouvait-elle s’avancer vaillante dans l’époque mondialisée alors qu’elle se croyait encore un destin antique ?”



Mon avis :

 

Immobilisé pendant plusieurs mois sur un lit d’hôpital suite à un accident de toit, une belle chute un soir de beuverie, Sylvain tesson décide de se reconstruire sur les routes. Pas de départ pour la Russie,non, il se contentera des chemins noirs de la France, les chemins de campagne. Le coeur meurtri par le décès de sa mère, le corps abîmé, déformé, il part.

Son voyage se fera du sud-est au nord-ouest. Sylvain nous livre ses pensées profondes, sa sensibilité, ses colères. Finies les envolées littéraires arrosées de vodka, il carbure au viandox, regrettant la belle époque.

Il fera de belles rencontres, d’autres moins sympathiques, des copains le rejoindront pour faire un bout de marche avec lui. Pas si facile de bivouaquer en France et de se faire griller des saucisses sur un feu. La campagne fait du bruit, il y a beaucoup de routes, seuls les habitants ne changent pas malgré la modernité qui arrive sans mal chez eux et leur production qui n'a plus rien à voir avec la bienveillance d'avant envers les animaux et la terre. 

J’ai suivi ce parcours avec plaisir connaissant la plupart des régions traversées et j’ai, encore une fois, aimé cette liberté que s’octroie Sylvain Tesson. Il a raison : difficile d’apprécier un palace quand on connaît le délice d’un feu de bois et la joie de s’endormir en regardant les étoiles.

 

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Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une

 

Ta-deuxieme-vie-commence-quand-tu-comprends-que-tu-n-en-as-qu-une

 

 

 

Raphaëlle Giordano

ISBN : 2212561164

Éditeur : EYROLLES (17/09/2015)





4ème de couverture :

 

Camille, trente-huit ans et quart, a tout, semble-t-il, pour être heureuse. Alors pourquoi a-t-elle l'impression que le bonheur lui a glissé entre les doigts? Tout ce qu'elle veut, c'est retrouver le chemin de la joie et de l'épanouissement. Quand Claude, routinologue, lui propose un accompagnement original pour l'y aider, elle n'hésite pas longtemps: elle fonce. À travers des expériences étonnantes, créatives et riches de sens, elle va, pas à pas, transformer sa vie et repartir à la conquête de ses rêves...



Extraits :

 

“Un rêve d'enfant qui part aux oubliettes, c'est la scoliose du coeur assurée.”

 

“On ne peut vous atteindre que si vous êtes atteignable. Plus vous aurez confiance en qui vous êtes, moins vous serez susceptible d'être blessée par des atteintes extérieures.”

 

“Fini le temps perdu à ruminer le passé ou à me tourmenter pour l'avenir. Que c'était reposant !”

 

“J’avais passé mon temps à tout faire vite et mal, à vivre comme une mouche coincée dans son bocal, à m’exciter à tout-va, à me cogner la tête contre les vitres de l’existence, faute de m’accorder le temps de me poser et de prendre un recul salutaire.”



Mon avis :

 

Pour vous donner envie de découvrir ce livre il faut que je vous parle de ma situation actuelle. Je fais partie des gens de rien, des fainéants, des cyniques, des multirécidivistes, de ceux qui se payent des vacances aux frais de l’état… Bref, depuis deux ans, je suis une secrétaire chômeuse de plus de 50 ans, en plus…

Je suis contrôlée tous les quinze jours, humiliée souvent par des paroles blessantes, convoquée dans des ateliers-formations qui ne servent à rien.

Le dernier atelier m’a appris à me laver tous les jours et me mettre de la crème sous les pieds pour éviter les durillons, me demander d’abandonner mes animaux pour m’acheter une tenue correcte pour les entretiens d’embauche et harceler téléphoniquement tous les employeurs de la région.

J’ai craqué et dis ce que je pensais aux animatrices puis à ma conseillère, poliment, avec respect, mais fermement. J’ai failli être radiée de pôle-emploi. J’étais dans un état de stress permanent avec cette angoisse au dessus de la tête et mon corps à littéralement explosé pour s’indigner.

Et puis ma fille, qui travaille à l’hôpital en psy, me prête ce livre en me disant : “tu verras, il est différent des livres de développement personnel, mais on se sent bien dedans.

L’auteure ne rabâche pas pour nous faire rentrer dans notre cerveau de reptilien, les bases du bien- être. Elle a écrit une histoire, la vie de Camille.

Camille s’est oubliée dans sa vie : elle fait plaisir à sa mère, à son mari, à son fils mais ne prend plus soin d’elle. Une rencontre suite à un accident de la route va changer sa vie.

Elle pense rencontrer un professionnel qui lui donne les clés, petit à petit, pour reprendre sa vie en mains.

Respirer, vivre plus lentement, regarder la nature, ne plus se sentir blessée par les réactions des autres, prendre de l’assurance et vivre ses rêves.

Vivre dans le présent, ne plus passer son temps à ruminer, exprimer ses sentiments, même la colère, de façon à  passer à autre chose.

Je retrouvais Camille avec plaisir et mon cerveau notait tout le positif. Surtout qu’en même temps ma conseillère m’envoyait en atelier de gestion du stress. J’ai fait une rencontre apaisante, bienveillante et en une journée j’ai fait un superbe lâcher-prise.

Je vais bien, je vais mieux et je n’en demandais pas tant à ce livre !

 

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N'être personne

 

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Gaëlle Obiégly

ISBN : 207270670X

Éditeur : VERTICALES (03/01/2017)




 

 

4ème de couverture :

 

«Je m'utilise comme si j'étais un instrument. De toute façon, je suis une toute petite partie d'un être immense et souvent je dis des conneries. C'est pour ça que je cherche à n'être personne. Ça me permet d'en dire moins. Ou plus, mais sans craindre pour ma réputation.»

Hôtesse d'accueil accidentellement enfermée un week-end entier dans les wc de son entreprise, la narratrice de N'être personne va endurer cette épreuve avec les moyens du bord (de la sagesse, du papier hygiénique, un stylo bic) en improvisant un cabinet d'écriture. Au gré de remémorations, apparemment chaotiques, elle se trouve peu à peu traversée par tous les âges de la vie.



Extraits :

 

“On se fait soi-même, avec l'aide des autres, chaque jour on recommence. Et la nuit nous défait.”

 

“Des terreurs et en même temps je n'ai peur de rien. Le danger, il vient de moi-même. Je me fais tout un monde de rien et soudain je tombe dans le désespoir.”

 

“La pensée c'est inclassable, c'est imparfait, autonome, ça n'entre pas dans un genre.”

 

“Les gens que j'aime sincèrement, je ne veux pas les décevoir en réussissant trop ma vie.”

 

“Peut-être que le mal vous égare, mais le bien vous séquestre.”

 

“C’est comme ça, je ne peux pas aimer mes semblables. Le nous, c’est surchargé. Je préfère la gracilité du je.”

 

“J'ai fermé la porte brusquement et au moment où j'ai tourné le verrou, plus par réflexe que par nécessité vu que j'étais seule dans l'immeuble, j'ai regretté mon geste vigoureusement. “



Mon avis :

 

Ceux qui me connaissent vont comprendre la raison du choix de ce livre en lisant le résumé (vont rire et se moquer).

 

La narratrice enfermée un weekend dans les toilettes de l’entreprise où elle travaille comme réceptionniste va vite se résigner. Armée de papier wc et d’un stylo, elle se remémore des instants de sa vie avec des dates précises mais sans ordre cohérent. Ce livre pourrait aussi s’appeler : la voix de ma vie intérieure.

 

Et il faut dire qu’elle est riche cette vie intérieure. notre réceptionniste se pose des questions sur tout, nous raconte son enfance à la campagne, puis la vie à la ville, les voyages dans le monde, l’amitié, l’amour, la politique tout y passe. Malgré son don pour les langues, pour l’écriture, la littérature, son choix premier est de passer inaperçue : n’être personne prend toute sa dimension. Vaguement communiste, franchement en marge de la société, elle s’entoure de ses morts et de ses souvenirs. Son boulot est une planque, rien d’autre.

 

C’est une écriture différente, une construction hors norme, un récit savoureux mais déroutant. Des pensées jetées pêles-mêles, un questionnement sur le sens de la vie. Si vous aimez les romans classiques, passez votre chemin.

 

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Mo a dit

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James Kelman

ISBN : 1022607057

Éditeur : MÉTAILIÉ (14/09/2017)

Traductrice : Céline Schwaller




4ème de couverture :

 

Helen travaille de nuit dans un casino comme croupière, et vit dans un minuscule appartement de la banlieue londonienne, avec sa petite fille de six ans et son compagnon, Mo, anglo-pakistanais, qui trouve qu’elle est tordue. Plus que tordue, dit-elle.

Les pensées filent en roue libre – racisme ordinaire, sexisme à la petite semaine, résistance au quotidien –, Helen somnole, se souvient, rêve et s’obsède, comme une Molly Bloom de banlieue, en moins frivole. Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme, entre la bouilloire qui fuit et le sommeil qui ne vient pas, l’avalanche des problèmes matériels et une vie exiguë qui paraît sans issue.

Le monologue intérieur d’un personnage à la Ken Loach, dans la langue bouillonnante de James Kelman, toujours au plus près de ce qu’on n’appelle plus la classe ouvrière.



Extraits :

 

“L'amertume hante les gens.”

 

“L'époque censée être heureuse, quand la vie était censée être belle.”

 

“Lumière du matin mais des ombres persistaient. Des ombres de nos vies. Une ombre de notre vie. Ce que sont nos vies. Ces ombres, dans ces ombres.”

 

“Les gens possédaient des morceaux de vous.”

 

“Les gens sont pas toujours capables de sourire, c'était usant de devoir se forcer. Les sourires perpétuels. Souris, souris, pourquoi tu souris pas ?”

 

“Seulement attendre, ça représentait combien de temps de sa vie, attendre, et toujours les autres, c'est leur vie qui compte, la leur et pas la vôtre.”

 

“Plein de temps mais pas le temps. C’était donc ça la vie ? C’était ça la vie. La sienne en tout cas.”



Mon avis :

Nous entrons directement dans le cerveau d’une jeune femme Helen, perpétuelle angoissée qui ressasse et rumine ses pensées.

Helen, travaillant de nuit, partage un taxi avec quelques collègues et amies pour rentrer. Ce matin là une scène particulièrement violente, du moins pour elle, va déclencher ses mauvaises pensées. A un carrefour assez dangereux, elle voit, deux pauvres bougres, certainement sans domicile, traverser dangereusement devant les voitures. Elle seule remarque la scène, ses collègues papotant. Et c’est toujours comme ça. Elle seule voit ce genre de scène. Et traumatisme supplémentaire, elle pense reconnaître son frère Brian dans l’un des deux hommes.

Arrivée chez elle, sans faire de bruit car sa fille Sophie et son compagnon Mo dorment encore, elle sort de vieilles photos de sa famille pour vérifier. Les vieux souvenirs affluent, pas très agréables.

Attention le départ est imminent pour les pensées et la vie d’Helen :  son enfance, la mort de son père, le départ de son frère, l’indifférence de sa mère, le père de sa fille, la personnalité de sa fille, le taudis où ils vivent, son travail de nuit et Mo son compagnon pakistanais, si gentil et si bizarre. Puis la société, l’amitié, le racisme, le quartier, tout y passe pendant 24 heures, sans une pause, sans un ouf, le cerveau d’Helen fume, transpire et ça l’empêche de dormir, même de se reposer.

Deux particularités du style de l’auteur : on parle d’Helen ou d’elle, jamais de phrase à la première personne du singulier et pourtant je lisais et j’étais dans les pensées d’Helen. Et malgré sa vie difficile aux frontières de la précarité, son enfance loin d’être idyllique, il n’y a pas de négation dans ses phrases, comme si sa vie était presque belle, comme si elle essayait d’y croire.

Cette histoire est écrite d’un bloc sans chapitre, juste quelques paragraphes pour sauter d’une pensée à une autre.

Même la photo de la couverture du livre est parfaite : une femme assise, chez elle, avec son manteau encore sur le dos.

Un grand merci à Masse critique de Babelio et aux Éditions Métailié pour cette découverte particulière mais combien agréable !

 

 

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La mort de Santini

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Pat Conroy

ISBN : 295601210X

Éditeur : LE NOUVEAU PONT (12/09/2017)

Traductrice : Marie Bisseriex




4ème de couverture :

« J’ai détesté mon père bien avant de savoir qu’il existait un mot pour la haine. »

Ce livre en forme de mémoires se lit comme un roman. Pat Conroy, auteur acclamé du Prince des Marées, revient ici sur sa relation avec son père, pilote de chasse émérite chez les Marines mais patriarche maltraitant sous son propre toit.

Aîné d’une fratrie de sept enfants trimbalés de base aérienne en base aérienne à travers tout le Sud des États-Unis, Pat témoigne du lourd tribut payé par tous du fait de la cruauté du père. Mais La Mort de Santini est un livre de réconciliation. Père et fils avaient fini par trouver un terrain d’entente et ce père tant haï lui manqua terriblement après sa mort. Dans ce récit passionnant, c’est toute la destinée des Conroy que l’auteur passe au crible, y compris celle de sa mère Peg, la ligne de vie qui le reliait à un monde meilleur, celui des livres et de la culture.

De sa belle plume d’écrivain du Sud, parsemée d’humour, Pat Conroy nous emmène des Appalaches jusqu’à l’Irlande, en passant par Chicago et par sa bien-aimée Caroline du Sud.



Extraits :

“J'ai dû me battre pour être témoin de ma vie et pour l'enregistrer en mémoire. Je connais bien la douleur tapie derrière les pertes de mémoire nées du chaos.”

 

“Mon enfance ne fut que le prélude et le creuset du bazar que j'allais provoquer dans ma vie d'adulte.”

“Depuis ma toute jeune enfance, j'ai toujours été familier du désastre et de la catastrophe mais je me méfiais du triomphe, sous toutes ses formes. Les mauvaises nouvelles sont mon terrain de prédilection et c'est dans les bagarres que je me sens le plus chez moi.”

“Je ne crois pas aux familles heureuses. La famille est un vaisseau trop fragile pour parer aux risques de toutes les pulsions guerrières en action quand un tel groupe se retrouve sur un même terrain. Quand une famille se réunit dans l'harmonie, chacun sait bien que toutes les issues ont été minées avec des explosifs artisanaux.”

“Ma famille est ma ration d'enfer, ma flamme éternelle, mon destin et mon temps sur la croix.”

“Pour nous, l'amour était un cercle et un labyrinthe dont tous les passages et les culs-de-sacs étaient gardés par des monstres, créés par nous-mêmes.”

“Mais j’avais besoin de douceur dans la vie et d’une source infinie de compréhension.”



Mon avis :

Dans mon petit larousse en couleurs que je traine depuis mon enfance la définition de famille me fait plutôt rire : "Le père, la mère et les enfants", groupes d'êtres ou des choses présentant des caractères communs"

Cette phrase faisait partie de mon avis sur Beach Music, elle est valable pour cette autobiographie. Et cela m’étonne toujours autant : comment ces sept enfants peuvent avoir l’esprit de famille en ayant subi violence et maltraitances en sillonnant le pays en long en large selon les affectations du père militaire ?

Dans la fratrie un se suicidera, une aura des problèmes psychiatriques importants et Pat, le narrateur et l’aîné traînera sa vie d’adulte de dépressions en dépressions.

Malgré tout, ils resteront proches de leurs parents. Pat vouera un amour inconditionnel à sa mère, alors qu’elle est aussi responsable que son mari de la situation. Elle poussera le bouchon à demander le divorce,  alors que les enfants sont devenus des adultes.

Le grand Don qui a frappé et maltraité femme et enfants en sera tout penaud et malheureux ne comprenant pas les raisons de son épouse. Il arrivera même à devenir célèbre à travers les romans de son fils en niant la réalité.

Pourtant ce récit, loin d’être un conte de fée, est une déclaration d’amour, une réconciliation entre Pat et Don. Autour d’eux gravite la famille au sens large du terme.

Un style tendre et cynique, des situations cocasses, des souvenirs douloureux et une acceptation de ce qu’on ne peut pas changer. À lire !

Un grand merci à Babelio et aux Éditions Le Nouveau Pont pour cette lecture passionnante.

 

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Laurent Mauvignier

ISBN : 2707329835

Éditeur : EDITIONS DE MINUIT (01/09/2016)





4ème de couverture :

 

Sibylle, à qui la jeunesse promettait un avenir brillant, a vu sa vie se défaire sous ses yeux. Comment en est-elle arrivée là ? Comment a-t-elle pu laisser passer sa vie sans elle ? Si elle pense avoir tout raté jusqu’à aujourd’hui, elle est décidée à empêcher son fils, Samuel, de sombrer sans rien tenter.

Elle a ce projet fou de partir plusieurs mois avec lui à cheval dans les montagnes du Kirghizistan, afin de sauver ce fils qu’elle perd chaque jour davantage, et pour retrouver, peut-être, le fil de sa propre histoire.



Extraits :

 

“Les mots qui sont dits sont juste ceux qui ont assumé la vitesse de la pensée.” 

 

“Les mots sont ici comme tous ces poids morts dont on se débarrasse parce qu'ils ne servent qu'à alourdir les bagages.”

 

“Il regarde sa mère comme s'il ne le connaissait pas, et c'est vrai que, d'une certaine manière, il ne la connaît pas.”

 

“Quand le présent vous comble, pourquoi aller chercher demain ce qui s'accomplit pleinement chaque jour ?”

 

“Chacun a fait ce qu’il a pu pour que les choses continuent sans trop de problèmes, sans trop de heurts, pour éviter d’assumer la colère, la haine, le mépris d’un côté, ou le regret, le dépit, la honte de l’autre.”



Mon avis :

 

Sybille décide de vendre sa maison de famille pour partir faire du cheval dans les montagnes du Kirghizistan, afin de sauver son délinquant de fils.

Il faut dire qu’elle ne donne pas le bon exemple à la maison, le peu de temps qu’elle s’y trouve. Séparée du père de son fils, elle traîne en robe de chambre, le plus souvent attablée dans la cuisine, les cigarettes se succédant dans le grand cendrier. Son fils la déteste, il préfère son père qu’il ne voit que de temps en temps le weekend.

Sibylle, je l’aime et je la déteste, elle me ressemble trop. Elle donne l’impression de sombrer à chaque claque de la vie. Elle stagne un moment au fond du trou mais c’est pour mieux se relever et elle repart faire sa guerre, increvable (ah je l’ai bien choisi ce mot).

Elle est capable de tout, du pire comme du meilleur, mais surtout de se lancer des défis stupides et insurmontables.

Ce voyage pour faire comprendre à son fils qu’on est aussi responsable de se laisser entraîner dans une impasse que de s’y embarquer soi-même en est un bon exemple.

Pendant ce périple fait d’attaques, d’invitations chez les locaux et de rencontres improbables, Sibylle écrit sa vie, ses regrets, ses forces. Pendant ce temps, son fils l’ignore et continue à la détester, le casque vissé sur les oreilles pour écouter sa musique.

Un autre mauvais choix pendant leur séjour va les faire culbuter dans l’horreur. Pour le coup, Samuel va rentrer un peu plus vite dans le monde des adultes prenant enfin des décisions.

L’auteur écrit des histoires qui ne peuvent laisser indifférent, il va chercher les failles de ses personnages et ensuite il creuse jusqu’au point de non retour.

 

 

 

 

 

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