la vie de ma voix intérieure

En totale reconstruction après deux années abominables passées en Lozère où j'ai appris que seuls les humains ne sont pas humains, je continue à partager ma passion de la lecture. Vous pouvez apprendre à me connaître à travers les citations.

Leurs enfants après eux

 

Leurs enfants après eux par Mathieu

Nicolas Mathieu

ISBN : 2330108710

Éditeur : ACTES SUD (22/08/2018)

 

4ème de couverture :

 

Août 1992. Une vallée perdue quelque part à l’Est, des hauts fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a 14 ans, et avec son cousin, ils s’emmerdent comme c’est pas permis. C’est là qu’ils décident de voler un canoë pour aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence.

Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt.



Extraits :

 

"Pour tout le monde, cette patience avait quelque chose de révoltant."

"Les hommes parlaient peu et mouraient tôt. Les femmes se faisaient des couleurs et regardaient la vie avec un optimisme qui allait en s'atténuant. Une fois vieilles elles conservaient le souvenir de leurs hommes crevés au boulot, au bistrot, silicosés, de fils tués sur la route, sans compter ceux qui s'étaient fait la malle."

"Ils menaient ensuite des vies marginales, d'allocations et de menus larcins, familles tuyaux de poêle qui faisaient le coup de poing et accouchaient de temps en temps d'une force de la nature qui foutait la frousse à tout le canton."

"Puisque dans la vie, tout allait en s'amenuisant, vous échappait, finissait en poussière, il résolut de s'enrichir."

"Il lisait sa vie à voix haute, de crainte que les choses ne se réalisent qu'à demi."

"C'était au fond une incroyable leçon. Si vous sortiez des clous, la société disposait de tout l'outillage pour vous mettre définitivement hors jeu."

"Il avait le sentiment d'habiter sa vie en passager clandestin."

 

 

Mon avis :

 

Si Anthony était resté ferme et avait refusé d’emprunter la moto de son père pour se rendre à une fête avec le cousin, peut-être que l’avenir aurait été différent ou du moins différé.

Mais voilà, son père, un brin alcoolique, qui violente sa mère, ne fait plus de moto mais il tient à cette vieillerie et personne n’a le droit d’y toucher.

Hacine, un jeune de la cité, lui volera la moto pendant la fête.

Ce groupe d’adolescents vit les premiers moments de liberté, les premiers émois sexuels. Il se cherchent et dans cette période de la vie bien particulière, les barrières tombent, le niveau social n’existe pas. Le tri se fera après, au moment du bac. Certains fuient leur ville natale, d’autres y reviennent, quelque uns restent cloués sur place.

Les parents sont désespérants ou désespérés, peu ont encore un niveau de vie correct, mais il n’y a plus de travail dans cette ville où toutes les usines ferment les unes après les autres. Le décor est sinistre, l'humeur des gens aussi. L’horizon est bloqué, fermé.

Les pères vont noyer leur existence sordide au bistrot, pendant que leurs femmes tentent de rester féminines et désirables. Le travail en intérim crée la précarité, l’individualisme, des espaces divisés. La société explique aux gens rebelles que leur désir de vivre correctement est déraisonnable..

Tous sont en survie et n’ont pas d’autres choix que d’accepter leur sort.

Les pères meurent tôt après avoir emmerder le monde des années durant avec leurs têtes d’enterrement et leurs coeurs broyés, parfois les enfants aussi et les femmes vivent avec leurs souvenirs et les voyages organisés.

Nous sommes dans les années 90.

J’ai mis du temps à lire cet ouvrage qui fait écho à la révolte des gilets jaunes. Je l’avais réservé avant son prix mérité.

La résilience d’une vie ou une vie résignée ?

 

Posté par pyrouette à 08:39 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

Commentaires

  • Ce livre me semble bien triste. .. j'en lis, beaucoup même ! Mais je suis en ce moment dans ma "période rose". ☺.Merci Pyrouette pour ta chronique !

    Posté par Christine /Marma, 30 décembre 2018 à 09:41
  • le contexte "Gilets jaunes" m'a fait repousser cette lecture, j'ai envie de thèmes différents ou d'époques différentes... je n'aime pas trop ce qui colle trop à la réalité actuelle (en général)

    Posté par Eve-Yeshe, 30 décembre 2018 à 14:30

Poster un commentaire